Un journaliste grièvement blessé par balles à Amsterdam, « crime contre la liberté de la presse »

L’attaque a suscité de nombreuses réactions de journalistes et de personnalités politiques au-delà des frontières, tandis que des habitants choqués déposaient fleurs et bougies sur le lieu de l’attaque. [EPA-EFE/KOEN VAN WEEL]

Un journaliste néerlandais spécialisé dans les affaires criminelles se trouvait mercredi (7 juillet) toujours à l’hôpital, grièvement blessé par balles la veille au soir à Amsterdam lors d’une attaque qui a choqué le pays et a été qualifiée de crime contre la liberté de la presse par le gouvernement et l’Union européenne.

Selon les dernières informations officielles, le journaliste, Peter R. de Vries, très connu aux Pays-Bas, se trouvait toujours entre la vie et la mort.

L’attaque a suscité de nombreuses réactions de journalistes et de personnalités politiques au-delà des frontières, tandis que des habitants choqués déposaient fleurs et bougies sur le lieu de l’attaque.

« Il s’agit d’un crime contre le journalisme et d’une attaque contre nos valeurs de démocratie et d’État de droit. Nous continuerons sans relâche à défendre la liberté de la presse », a tweeté le président du Conseil européen Charles Michel.

« Les journalistes qui enquêtent sur les abus de pouvoir présumés ne sont pas une menace mais un atout pour nos démocraties et nos sociétés. Et nos pensées et notre solidarité vont au journaliste Peter de Vries », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen.

« L’attaque contre Peter R. de Vries est choquante et inconcevable, c’est une attaque contre un journaliste courageux et par conséquent une attaque contre la liberté de la presse qui est si essentielle pour notre démocratie et notre État de droit », a déclaré mardi soir le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Menaces de mort

Peter R. de Vries, journaliste et présentateur de télévision âgé de 64 ans, est connu aux Pays-Bas pour son rôle dans plusieurs affaires criminelles. Il est régulièrement apparu en tant que témoin, porte-parole de victimes ou figure dans le cercle proche de témoins-clé. Il a reçu plusieurs menaces de mort au cour de sa carrière.

Depuis l’année dernière, il est le conseiller et confident du principal témoin à charge dans le procès contre Ridouan Taghi, qualifié avant son arrestation, en 2019 à Dubaï, de criminel le plus recherché des Pays-Bas notamment pour une importante affaire de drogue. Taghi était, selon l’accusation, à la tête d’un réseau comparé à une machine à tuer bien huilée.

En 2019, M. De Vries déclare dans un tweet que selon des informations de la police, il figure sur la liste des personnes menacées de mort par Ridouan Taghi. En septembre de cette même année, l’avocat de ce témoin à charge, le repenti Nabil B., a été abattu à Amsterdam.

La police a arrêté trois personnes mardi soir. Deux hommes, interpellés dans une voiture sur une autoroute près de La Haye, sont soupçonnés d’être directement impliqués dans l’attaque et ont été placés en détention. La troisième personne, arrêtée à Amsterdam, a été relachée mercredi.

Les suspects, un ressortissant polonais de 35 ans résidant à Maurik (centre) et un homme de 21 ans de Rotterdam, seront présentés vendredi au juge d’instruction, a indiqué la police, qui a trouvé des munitions lors de perquisitions.

Parmi les personnes arrêtées se trouve probablement le tireur, avait déclaré le chef de la police amstellodamoise mardi soir.

« Coup à la liberté de la presse »

Peter R. de Vries, qualifié de « héros national » par la maire d’Amsterdam, s’est fait tirer dessus dans une rue du centre d’Amsterdam mardi vers 19h30 alors qu’il sortait du studio d’un talk-show dont il était l’invité.

Des témoins ont entendu cinq coups de feu et vu que le journaliste avait reçu une balle dans la tête, a rapporté la télévision publique NOS.

De nombreux Néerlandais « ont grandi avec lui, il est une sorte de figure nationale », remarquait Daniel van Duijn, un habitant d’Amsterdam âgé de 29 ans, venu déposer des fleurs sur le lieu du crime.

Une telle attaque « ne devrait jamais arriver », lâche Suzanne Mensen, journaliste à Amsterdam.

« C’est très grave que nous soyons ainsi entravés dans notre travail », ajoute-t-elle.

Les organisations de journalistes et de défense de la liberté de la presse ont condamné unanimement l’attaque. Dans un communiqué commun, la Fédération internationale et la Fédération européenne des journalistes (FIJ/FEJ) ont dénoncé « un nouveau coup tragique porté à la liberté de la presse en Europe ».

Le dernier classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières place les Pays-Bas en 6e position sur 180 pays en 2021, derrière la Norvège, la Finlande, la Suède, le Danemark et le Costa Rica.

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