Approvisionnement en gaz : Piebalgs en route pour une « tournée Nabucco » [FR]

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Le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs se rendra en Turquie et en Azerbaïdjan à partir du mercredi 5 novembre. Il s’agira des deux premières étapes d’une importante tournée dans les pays d’Asie centrale impliqués dans le gazoduc Nabucco, un projet phare de l’UE.

La visite, qui était initialement prévue pour un grand nombre de pays fournisseurs et de transit, a finalement été limitée à la Turquie et à l’Azerbaijan pour des raisons de délais, a indiqué Ferran Tarradellas, le porte-parole de M. Piebalgs. Le commissaire souhaite également effectuer une visite au Kazakhstan et en Egypte dans le court terme, a déclaré M. Tarradella à EURACTIV. 

Toutefois, le commissaire ne se rendra pas au Turkmenistan lors de cette visite officielle, a ajouté M. Tarradellas. Ce pays, qui recèle le plus grande réserve de gaz du Caucase, a été courtisé avec insistance par la Russie, afin qu’il vende son gaz à Gazprom au prix du marché mondial. Selon la stratégie, Moscou pourrait ensuite le revendre à l’Europe en tant que gaz « russe »

Le projet d’un gazoduc qui acheminerait le gaz du Caucase vers les pays d’Europe de l’Ouest a été baptisé « Nabucco » d’après l’opéra de Verdi, qui a pour décor Babylone, une ancienne ville de Mésopotamie située dans l’Irak actuel. La Commission considère qu’il est « très important » qu’à l’avenir, le gazoduc passe également par l’Irak, qui détient la dixième réserve de gaz mondiale. 

M. Tarradellas a indiqué que l’Irak semble vouloir vendre son gaz à Nabucco, ajoutant que les discussions ont déjà eu lieu sur la question du transfert des montants substantiels liés au gaz irakien par le biais des gazoducs syriens et transarabes, ou directement via une liaison réalisée entre l’Irak et la Turquie. 

Récemment, l’ambassadeur russe auprès de l’UE Vladimir Chizhov a écarté le potentiel du projet Nabucco, en particulier les plans pour acheminer le gaz du Turkménistan ou de l’Azerbaïdjan, affirmant que les ressources de ces deux pays d’Asie centrale étaient insuffisantes. Selon lui, seul le gaz iranien permettra de remplir le gazoduc Nabucco (EURACTIV 30/04/08).

L’Iran, qui détient 15 % des réserves mondiales estimées de gaz, ne figure pas sur la liste du commissaire en raison de la dispute entre les pays occidentaux et Téhéran au sujet de l’enrichissement de l’uranium, qui empêche l’UE de développer le projet. 

Le coordinateur de la commission Nabucco, Jozias van Aartsen, un ancien ministre néerlandais des Affaires étrangères, a été très actif dans la région, a indiqué M. Tarradellas, mais les efforts sont désormais décidés dans les hautes sphères. En effet, le président de la Commission Jose Manuel Barroso pense effectuer une visite dans la région dans un avenir proche. 

M.Tarradellas a confirmé que Nabucco est un projet que l’UE désire fonder sur des hypothèses du marché, autrement dit il doit être rentable. Son rival South Stream, promu par Gazprom, devrait selon les spécialistes être un projet plus politique, et de ce fait il ne sera pas forcément rentable. Mais le porte-parole de la Commission a été clair sur le fait que l’UE ne s’oppose pas au projet South Stream étant donné que sa réalisation permettrait d’acheminer plus de gaz vers l’UE et pourrait dans le meilleur des cas faire baisser les prix.

Lors d’une récente séance plénière du Parlement, des eurodéputés ont critiqué la Commission, qui tarde selon eux à démarrer le projet Nabucco. M. Tarradellas a affirmé que la visite du commissaire ne devrait pas être considérée comme une réaction face aux critiques, mais plutôt comme une démarche tout à fait traditionnelle dans la mise en œuvre d’un projet de haute priorité. 

La Libye stimule ses relations avec la Russie

En parallèle, Gazprom poursuit ses propres efforts diplomatiques. Lors d’une réunion récente avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui s’est rendu à Moscou le week-end dernier, le monopole d’Etat russe aurait proposé à la Libye de racheter toute la production de gaz du pays dans un accord similaire à ceux que Gazprom tente de décrocher dans le Caucase. « Nous avons des approches communes en matière de politique de pétrole et de gaz », a indiqué M. Kadhafi. 

A la question de savoir si cet accord desservirait Nabucco, M. Tarradallas a indiqué que la Libye fournissait déjà du gaz à l’Italie, directement ou en passant par la Tunisie. Selon lui, la Libye ne procède pas à « l’initiative la plus intelligente » en vendant son gaz à la Russie. 

La Libye a également acheté pour deux milliards de dollars d’avions de combat, d’hélicoptères, de missiles antiaériens et de tanks russes. Par ailleurs, la presse russe a indiqué que la Libye pourrait proposer de permettre aux navires russes d’utiliser la port méditerranéen de Benghazi comme base navale. 

Le commissaire européen à l’Elargissement Olli Rehn a appelé la Turquie à négocier ses conditions pour faire du gazoduc Nabucco une réalité, selon Forbes. Dans un discours à Istanbul, il a amicalement encouragé la Turquie à s’engager sérieusement dans les discussions afin de rendre Nabucco opérationnel dès 2013, estimant que tout le temps perdu aurait pu servir à réaliser des projets. Selon Forbes, certains observateurs estiment que les espoirs de construction s’estompent rapidement, surtout après le conflit en Géorgie, qui a suscité un regain d’incertitudes quant à la sécurité de la région. 

L’analyste Pavel K. Baev a écrit dans la publication américaine Eurasia Daily Monitor que M. Kadhafi a peut-être dupé ses hôtes russes, comme il l’a déjà fait à maintes reprises par le passé. Il a rappelé que lors d’une visite en Libye au cours des dernières semaines de sa présidence en avril dernier, Vladimir Poutine croyait avoir découvert un filon. En effet, la Russie avait accepté d’annuler l’ancienne dette soviétique de la Libye, estimée à 4,5 milliards de dollars (mais en réalité sans valeur), en échange de nouveaux contrats pour construire la ligne de chemin de fer Syrte-Benghazi, de vente d’armes et du développement commun de champs de gaz et de pétrole. 

Ces derniers mois pourtant, Alexeï Miller (le PDG de Gazprom) et Vladimir Yakounine (le directeur des chemins de fer russe), qui courtisent tous deux M. Poutine, ont découvert que les documents signés étaient des déclarations d’intention et non des contrats obligatoires. Le seul élément authentique était l’annulation de la dette, a indiqué M. Baev, signalant que M. Kadhafi réclame désormais de nouveaux crédits pour acheter des armements russes. Selon l’analyste, l’offre d’une base navale à Benghazi peut sembler alléchante, mais en réalité, la marine russe ne disposera d’aucun navire de combat qu’elle pourra déployer en Méditerranée dans l’immédiat. 

La dépendance de l’UE aux importations de gaz russe est actuellement de 40 % et devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies, à moins d’une diversification des sources d’approvisionnement et/ou en insistant davantage sur les sources renouvelables d’énergie produites au niveau local.

L’UE, qui dépend aussi en grande partie du gaz russe, a déjà dû faire les frais de « la politique du pipeline » de Moscou lorsque le pays a coupé l’approvisionnement en gaz vers l’Ukraine en 2006 et en 2008. En 2006, la Russie avait également décidé de fermer les vannes de gaz vers la Biélorussie. Ces évènements avaient laissé plusieurs pays européens sans gaz (EURACTIV 11/01/07).

Les Etats-Unis ont longtemps appuyé la construction d’oléoducs et de gazoducs depuis le bassin caspien afin de contourner la Russie en passant notamment par la Géorgie. Le projet Nabucco, un gazoduc de 3 000 km doté d’une capacité qui devrait atteindre 31 milliards de mètres cubes par année, a été lancé pour acheminer le gaz de la mer Caspienne vers l’Europe de l’Ouest en contournant le territoire russe. Une partie du gazoduc Nabucco devrait servir à acheminer le gaz des pays d’Afrique du Nord comme l’Egypte et la Lybie. 

Mais le président russe Vladimir Poutine a terminé son mandat en concluant un accord sur le gazoduc South Stream, un projet considéré comme le rival du gazoduc européen Nabucco (EURACTIV 30/04/08). En même temps, la Russie offre des accords aux pays du bassin caspien pour acheter leur gaz « au prix du marché mondial ».

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