Des dirigeants européens et américains ont conseillé à la Russie de ne pas reconnaître les régions sécessionnistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, et de ne pas suspendre ses relations avec l’OTAN. Malgré cet avertissement, la Russie poursuit ses provocations dans le cadre du conflit verbal grandissant suite au conflit en Géorgie.
Le président américain George Bush, la chancelière allemande Angela Merkel ainsi que d’autres dirigeants européens ont vivement conseillé à la Russie de ne pas reconnaître l’indépendance des deux régions sécessionnistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud.
Ces appels ont été lancés lundi 25 août après que le Parlement russe a passé une motion non contraignante invitant le président Dmitri Medvedev à soutenir les aspirations indépendantistes des deux enclaves (EURACTIV 25/08/08).
« Je m’attends à ce que le président russe ne signe pas la résolution », a déclaré Mme Merkel lors d’une conférence de presse à Stockholm, où elle s’est également entretenue avec le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt. La chancelière allemande, qui doit aussi se rendre en Estonie et en Lituanie (deux Etats particulièrement critiques à l’égard de la Russie) a ajouté que la signature de la résolution ne ferait qu’attiser les tensions dans une situation déjà difficile.
Le président américain George Bush a également indiqué que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie devaient rester des régions du territoire géorgien. Selon lui, les dirigeants russes ne doivent « pas reconnaître ces régions séparatistes ». M. Bush a déclaré que les frontières de la Géorgie devaient être autant respectées que n’importe quelles autres, notamment les frontières russes.
La Russie prête à rompre toute relation avec l’OTAN
Mais les tensions se sont ravivées suite aux déclarations du président russe Dmitri Medvedev, qui a indiqué qu’il était prêt à faire face à toute sanction éventuelle de l’OTAN, notamment la rupture des relations de l’alliance avec Moscou.
« L’Otan a plus intérêt à une coopération que la Russie », a fait savoir M. Medvedev lors d’une visite à la station balnéaire de Sotchi, sur la mer Noire. « S’ils ne veulent pas d’une coopération, cela n’aura rien de terrible pour nous. Nous prendrons les décisions qui s’imposent, jusqu’à la rupture s’il le faut des relations dans leur ensemble ».
M. Medvedev a également reproché à l’OTAN de s’étendre plus près des frontières russes. Les observateurs étrangers pensent que l’incursion militaire de la Russie en Géorgie a pour objectif de mettre en garde l’OTAN contre une progression plus avancée dans la périphérie russe.
D’après le gouvernement britannique, la suspension des relations entre l’OTAN et la Russie est une mauvaise idée, malgré l’inquiétude générale au sein de l’alliance concernant l’action militaire russe en Géorgie.
Un porte-parole du gouvernement a déclaré que les relations entre l’OTAN et la Russie devaient prendre en compte les conséquences des actions militaires en Géorgie. Selon ce porte-parole, le gouvernement considère qu’une rupture des relations entre l’OTAN et la Russie serait une erreur à un moment où elles sont essentielles.
Un sommet européen en préparation
A la veille du sommet européen extraordinaire sur la Russie et la Géorgie, qui se tiendra le 1er septembre à Bruxelles (EURACTIV 25/08/08), l’UE a pris soin de ne pas transmettre le message qu’elle était en train d’explorer des options pour punir l’offensive russe en Géorgie.
Sur les ondes de France Inter, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré que l’UE n’envisage pas d’imposer des sanctions sur la Russie.
Les dirigeants européens ont exprimé leur inquiétude, craignant que Moscou ne cherche en fin de compte à paralyser l’économie géorgienne et le gouvernement pro-occidental de Mikhaïl Saakachvili. Ils redoutent également les incidences à long terme de l’escalade des tensions entre la Russie et l’Occident sur le climat international depuis le début de la crise géorgienne.
Selon les analystes, l’Occident ne disposent que d’un nombre limité de moyens de pression efficaces pour influencer Moscou. Dans le même ordre d’idées, Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’Union soviétique, a rejetté les débats visant à exclure la Russie du G8, de l’OMC et du Conseil OTAN-Russie, les qualifiant de « menaces vides de sens ».
S’exprimant dans le New York Times, M. Gorbatchev a écrit que les Russes se demandent depuis quelques temps déjà s’ils ont besoin de ces institutions qui n’écoutent pas leur opinion : vaut-il la peine de s’asseoir à une table joliment arrangée pour simplement écouter ce qui se dit ?
Une bourde à propos du bouclier anti-missiles
Mais la Russie n’est pas le seul pays à envenimer la guerre des mots. Lors d’un débat au Congrès américain au sujet du financement du plan de défense anti-missiles en Europe de l’Est, certains législateurs ont cité la menace russe comme un argument justifiant cet effort défensif.
Le député républicain Mark Kirk a déclaré que les Etats-Unis devraient tenir leur engagement envers leurs alliés en Pologne et en République tchèque. Cette déclaration intervient en dépit des efforts consentis par l’administration américaine, qui affirme que le plan de défense balistique vise les Etats voyous comme l’Iran plutôt que la Russie.
Comment punir la Russie ?
Toutefois, certains analystes relèvent au moins une différence de taille entre la Russie actuelle et l’URSS. Il est en effet bien connu que les dirigeants russes gardent leur argent en Occident ; ils y achètent des maisons et y envoient leurs enfants pour étudier. La Russie ne devrait dès lors pas vouloir de nouvelle guerre froide.
A la question de savoir s’il plaidait pour des sanctions à l’encontre de la Russie, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a indiqué au quotidien français Libération que « ce serait très efficace. Imaginer que [les dirigeants russes] ne puissent plus aller à Courchevel l’hiver, pour eux c’est absolument impossible ».

