Si la Géorgie et la Russie sont les premiers responsables du récent conflit, les Etats-Unis et l’Europe doivent eux aussi partager certaines responsabilités. C’est ce qu’a déclaré Thomas Gomart, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans un entretien à EURACTIV.
Selon l’expert de la Russie et du Caucase auprès de l’IFRI , le soutien militaire américain à la Géorgie a fait croire au président Saakashvili qu’il bénéficiait « d’une sorte de carte blanche » par rapport aux régions sécessionnistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie.
Quand M. Saakashvili a utilisé les forces armées pour tenter de regagner le contrôle de la région pro-Russe d’Ossétie du Sud, la Russie a répliqué avec une écrasante puissance, menant une profonde incursion dans le territoire géorgien et portant un coup, quoique indirect, aux Américains.
« On touche là aux limites des stratégies d’expansion de l’OTAN et notamment à la « do it strategy » promue par de nombreux experts Européens et Américains selon laquelle on pourrait élargir l’OTAN sans que les Russes ne fassent quoi que ce soit », a déclaré M. Gomart, prenant en outre pour cible « l’attitude générale des Etats-Unis de croire qu’on peut modifier ou transformer des régions entières par l’intermédiaire de leaders qui lui sont proches ».
« Je crois que là, on a une part de responsabilité idéologique importante de la part des Etats-Unis ».
Selon M. Gomart, il faut également que les Européens se rendent compte que leur stratégie qui cherche à promouvoir la règle de droit en Russie et dans le Caucase s’avère insuffisante sans soutien militaire. « Si l’Europe pense qu’elle s’en sortira uniquement en faisant la promotion de la « rule of law » (règle de droit), elle se trompe », a-t-il affirmé. « Tant que l’UE ne sera pas prise au sérieux au plan de la sécurité, elle aura beaucoup de mal à faire passer son discours à Moscou sur les normes et les valeurs ».
A son avis, un des « effets paradoxaux » possible du conflit géorgien pourrait être une accélération de la prise de conscience des Européens sur la nécessité de s’occuper de leur propre sécurité sans les Etats-Unis. Mais il doute que cela puisse se faire du jour au lendemain puisque seuls le Royaume-Uni et la France ont actuellement les capacités militaires nécessaires.
M. Gomart estime en outre que l’UE aurait pu communiquer plus efficacement sur ses intentions déclarées de diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie en écartant la Russie. « En terme de communication politique, ils ont eu tendance – volontairement ou involontairement – de présenter cette diversification comme une volonté d’isolement de la Russie. En tout cas, c’est comme ça que Moscou l’a interprété », a-t-il indiqué.
En termes d’approvisionnement énergétique et de tracé des pipelines – un des facteurs essentiels de la guerre, selon certains analystes –, M. Gomart a affirmé que le message du Kremlin est clair : rien ne se fera sans eux dans le Caucase. Selon lui, le message s’adresse encore plus directement à l’Azerbaïdjan, qui est tenté de suivre la Géorgie et de chercher à construire des relations plus proches avec l’Europe et les Etats-Unis en élaborant des accords d’approvisionnement en gaz et en développant sa capacité militaire.
Se référant à la région de Karabagh, une zone disputée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, M. Gomart a averti que le message délivré par Moscou est « extrêmement explicite ». « Il ne faut pas écarter l’option militaire ».
Toutefois, M. Gomart estime que la stratégie européenne de diversification énergétique ne doit pas nécessairement irriter Moscou. « Nabucco [un gazoduc] ne pourrait fonctionner à plein qu’avec du gaz Iranien ou Russe », a-t-il signalé. « Ceci n’est pas incompatible avec une intensification de ses relations énergétiques avec la Russie ».
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