La Russie a récemment réclamé certaines zones de l’Arctique. Cette ambition fait partie d’une stratégie plus vaste du pays, qui se sent cerné et est déterminé à tirer profit de son influence recouvrée pour s’affirmer dans le monde. C’est ce que l’eurodéputé français Bernard Poignant a déclaré dans un entretien à EURACTIV.
Mercredi 17 septembre, le président russe Dmitri Medvedev a annoncé l’intention de son pays de fixer ses frontières arctiques le long du plateau continental. L’objectif est de faire de cette région une zone de ressources pour Moscou au cours du XXIe siècle.
La Russie a indiqué que le plateau continental s’étire le long de la dorsale de Lomonosov, une chaîne montagneuse s’élevant au-dessous de l’Arctique. Cette revendication a été rejetée par les pays occidentaux.
Les cinq Etats qui bordent l’Arctique – la Russie, le Canada, les Etats-Unis, la Norvège et le Danemark – ont promis de résoudre leurs contentieux devant les Nations unies. Ils ont jusqu’en mai 2009 pour les soumettre.
Mais l’approche récente de la Russie est une politique du « fait accompli », selon M. Poignant. « Ca ne me plaît pas, ce drapeau », a-t-il indiqué en référence au drapeau russe en titane planté symboliquement sur le fond marin du Pôle Nord par un mini sous-marin russe.
M. Poignant, qui estime que l’UE a un rôle à jouer dans la région arctique, a également indiqué que l’Union devra agir avec un nombre limité de pays en raison de la capacité de Moscou à mener des politiques semant la discorde entre les 27 pays européens.
Autrement dit, le format des 27 Etats membres n’arrivera à rien, indique M. Poignant, qui est aussi membre de la commission de coopération parlementaire UE-Russie.
Le socialiste français met en outre les politiques russes dans le contexte d’un pays qui se sent encerclé en raison des politiques néo-conservatrices de l’actuelle administration américaine.
« Les Russes n’ont pas envie d’avoir, en Géorgie, l’armée américaine. Ils n’ont pas envie de l’avoir trop proche d’eux. Quand on fait le tour de la Mer Noire, on voit que la Turquie est membre de l’OTAN et contrôle les détroits, que la Bulgarie et la Roumanie sont membres de l’OTAN, que l’Ukraine et la Géorgie veulent faire partie de l’OTAN. Il suffit ensuite de regarder ce qui reste à la Russie comme littoral de Mer Noire », a-t-il indiqué, mettant en garde contre la possibilité d’une guerre en Crimée similaire au récent conflit en Géorgie.
M. Poignant, historien de formation, rappelle que le dirigeant russe Nikita Khrouchtchev a fait l’erreur historique de donner la Crimée à l’Ukraine. Maintenant, la Russie loue la base navale de Sébastopol à ce pays, mais le contrat de bail expire en 2017 et les Russes ne veulent rien laisser au hasard, surtout si l’Ukraine adhère à l’OTAN.
D’après M. Poignant, « les Ukrainiens peuvent d’ailleurs d’une certaine façon continuer à demander l’appartenance à l’Union Européenne, et être moins allant sur l’OTAN ».
Si l’eurodéputé français voit la possibilité d’une amélioration du climat international après l’élection américaine, il ne s’attend cependant pas à des améliorations rapides. Selon ses propres mots, « le président change, mais la politique structurelle du pays [des Etats-Unies] n’évolue pas aussi vite que ça ».
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