Même si l’UE doit prendre garde à ne pas isoler la Russie suite à la reconnaissance unilatérale des deux provinces sécessionnistes de Géorgie par le Kremlin, les dirigeants européens devront tout de même montrer à Moscou que « ce type de comportement entraîne des conséquences » lors de leur sommet de crise du 1er septembre. C’est ce qu’a déclaré Andrew Stroehlein, de l’International Crisis Group, dans un entretien à EURACTIV.
M. Stroehlein estime que les actions « unilatérales » et « agressives » de la Russie ont amélioré les chances de parvenir à un accord au niveau européen par rapport à une réponse commune face à la situation. Selon lui, ce n’est pas du tout ce à quoi Moscou s’attend. « Les dirigeants russes s’attendaient à ce que l’UE se divise. Ils s’attendaient à ce que l’OTAN se divise. [Ils s’attendaient] à ce que tout le monde se divise».
M. Stroehlein indique qu’au contraire, en l’absence de consultation préalable avec la communauté internationale, l’action russe « poussera les capitales occidentales à se rapprocher de plus en plus. En effet, toutes les voix de la modération sont simplement réduites au silence en Occident».
D’après M. Stroehlein, cela pourrait impliquer l’adoption de sanctions européennes concrètes, comme la suspension des négociations sur un nouvel accord de partenariat bilatéral. « Jusqu’à la semaine dernière, nous ne pensions pas que tous les pays européens parviendraient à se mettre d’accord sur la suspension des négociations, mais suite aux dernières actions russes, la suspension est devenue plus qu’une possibilité ».
Mais il a averti que les Etats membres de l’UE devaient parvenir à « un équilibre délicat », ajoutant que personne ne gagnerait à voir surgir une nouvelle guerre froide, une mentalité « œil pour œil, dent pour dent ». « Il est essentiel de montrer aux Russes les risques éventuels de leur attitude mais aussi les avantages potentiels d’une coopération avec la communauté internationale ». Il a ajouté que l’isolement de la Russie serait le « pire des scénarios ». En effet, une telle situation ne profiterait à personne et pourrait même « encourager la Russie à entreprendre de nouvelles actions encore plus agressives ».
Néanmoins, M. Stroehlein a indiqué que la promptitude avec laquelle M. Medvedev a accepté la recommandation de la Douma, qui l’invitait à reconnaître l’indépendance de la province sécessionniste, pourrait constituer pour l’Occident un signe que « la Russie n’est de toute manière pas vraiment intéressée à négocier ».
« Je pense que la plupart des observateurs s’attendaient au moins à un ralentissement, à une pause après la décision de la Douma. Ils croyaient que les Russes profiteraient de cette attente pour disposer d’atouts dans les négociations », a-t-il affirmé.
Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en février (EURACTIV 18/02/08). A la question de savoir si les Russes allaient essayer de lier la reconnaissance de l’Ossétie du Sud au cas du Kosovo, M. Stroehlein a répondu que « La situation n’a absolument rien à voir avec celle du Kosovo. […] Je ne comprends pas vraiment comment ils souhaitent utiliser le Kosovo comme un précédent puisqu’ils sont eux-mêmes opposés à l’indépendance du Kosovo. Leur logique est très bancale ».
Contrairement au Kosovo, qui a déjà été reconnu par 46 pays, l’Ossétie ne devrait pas obtenir la reconnaissance de nombreux pays, selon M. Stroehlein. « Seuls un ou deux Etats ainsi qu’au moins un Etat de la CEI [la Communauté des Etats indépendants, qui se compose de neuf pays de l’ex-Union soviétique ; la Géorgie a quitté le bloc dans le sillage de la guerre avec la Russie], à savoir la Biélorussie, pourraient prendre le train en marche, mais je doute qu’ils obtiennent un grand succès très rapidement ».
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