Entretien : la décision turque préserve les espoirs d’adhésion à l’UE [FR]

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Le mois dernier, la justice turque a finalement décidé de ne pas interdire le parti au pouvoir (AKP), préservant ainsi la demande d’adhésion du pays à l’UE. Cependant, les tensions entre groupes laïcs et musulmans modérés modernes restent fortes et doivent être contrôlées par l’UE. C’est ce que le professeur Kevin Featherstone de la London School of Economics a déclaré dans un entretien à EURACTIV Turquie.

Malgré le « sauvetage théâtral, à une voix près » du parti pro-islamique (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan par la Cour constitutionnelle du pays, « les tensions entre les plaques tectoniques de la laïcité et de l’islam moderne et modéré persistent et doivent être surveillées », a prévenu M. Featherstone.

Alors que l’arrêt rendu le 30 juillet considérait l’AKP coupable de mener des activités anti-laïques, la justice turque n’est pas allée jusqu’à interdire le parti (EURACTIV 31/07/08). M. Featherstone a indiqué qu’il faudrait tirer profit de la récente nomination du général Basbug au poste de chef d’état major de la Turquie pour « calmer la situation dans le pays ».  

A propos de l’attitude de plus en plus critique de l’opinion publique européenne à l’égard de la Turquie, M. Featherstone a estimé qu’il fallait améliorer le système judicaire turc en le restructurant en profondeur. Il a mentionné en particulier l’article 301 du code pénal, tristement célèbre, qui interdit toute critique de l’identité turque. Selon les spécialistes, cet article reflète une mentalité anti-européenne et doit dès lors être abrogé. 

Le gouvernement turc a récemment déployé des efforts pour avancer sur cette question. L’UE a fait de l’assouplissement de cette loi une condition clé de l’accession de la Turquie à l’Union (EURACTIV 30/04/08). De nouveaux amendements constitutionnels sont prévus par la nouvelle feuille de route européenne, dont l’avant-projet a été révélé par le gouvernement le mardi 18 août.

En tout, 131 nouvelles lois sont au programme. Leur objectif premier est de renforcer le fonctionnement du système judiciaire et des autres institutions. Il s’agit également d’adopter les normes écologiques européennes. Le gouvernement y a d’ailleurs alloué 20,4 milliards d’euros sur un budget total prévu de 21,8 milliards d’euros. La nouvelle feuille de route peut être vue comme une réponse du gouvernement face à la critique grandissante de l’UE à propos du ralentissement du processus de réforme. 

Mais M. Featherstone a indiqué que la Turquie doit également s’ouvrir à l’Europe sur le plan culturel si elle veut gagner le cœur des Européens. Il a proposé le lancement d’initiatives culturelles et pédagogiques en Europe afin de changer la conception que les gens se font de la Turquie. « La Turquie s’est trop tournée vers les Etats-Unis. Elle doit désormais s’investir en Europe », a-t-il souligné. Il a insisté sur le fait que « les arguments de la Turquie sont sous-estimés ». 

M. Featherstone a en outre suggéré que la Turquie se montre plus audacieuse dans le domaine des affaires étrangères, notamment sur la question chypriote, où le gouvernement doit se montrer plus attentif aux efforts consentis par le nouveau président Christofias pour unifier l’île.

Selon M. Featherstone, l’élection de M. Christofias est la meilleure nouvelle qui soit venue de Chypre depuis 2004. Il estime qu’il s’agit de saisir cette nouvelle occasion.

« Christofias’ election is the best news to come from Cyprus since 2004. There is a new window of opportunity and it must be seized, » Featherstone urges.

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici

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