Entretien : le « fossé de crédibilité » de l’UE sur le respect des droits de l’homme en Russie [FR]

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Lors des négociations d’un nouvel accord de partenariat avec la Russie, l’UE ne devrait pas négliger que les conditions des droits de l’homme du pays se sont gravement empirées à l’époque du président sortant, Vladimir Poutine, comme l’explique Tanya Lokshina de Human Rights Watch dans un entretien à EURACTIV.

«  Les huit dernières années ont été une période très décevante dans la mesure où les droits civils et politiques en Russie ont subi un revers considérable – avec la destruction effective de la liberté des médias, la sérieuse mise en péril de l’indépendance du système judiciaire, la perte d’indépendance du Parlement et le système d’équilibre des pouvoirs devenant une simple formalité », a-t-elle déclaré.

Elle a accusé l’UE de porter violer ses propres principes et valeurs en ne faisant pas suffisamment preuve d’assurance sur ces questions, affirmant qu’il existe un « fossé de crédibilité » entre les mots et les actions. « La coopération et l’engagement ne devraient pas exclure le fait d’avoir une position très forte concernant les droits de l’homme. […] Faire des compromis sur le respect des droits de l’homme est totalement inacceptable », a-t-elle déclaré.

Mme Lokshina a dénoncé la position de ces Etats membres européens qui affirment qu’ils n’ont aucune marge de manoeuvre étant donné leur dépendance à l’énergie. « Ce raisonnement est profondément erroné. Il est tout a fait possible de coopérer sérieusement avec la Russie sans faire de compromis concernant les atteintes aux droits de l’homme », a-t-elle fait remarquer.

Sous la présidence allemande de l’UE, la chancelière Angela Merkel avait présenté une approche beaucoup plus équilibrée vis-à-vis de la Russie, a déclaré Mme Lokshina, déplorant le fait que d’autres dirigeants n’aient pas suivi le même chemin.

Interrogée sur l’avenir de la relation UE-Russie après la reprise des fonctions de M. Poutine par le nouveau président Dmitry Medvedev le 7 mai, Mme Lokshina a déclaré que ce nouveau cycle politique offrira une « nouvelle fenêtre d’opportunité », qui doit être exploitée par l’UE « au maximum, quel qu’en soit l’issue ».

Sa principale préoccupation était que les dirigeants européens pourraient laisser la Tchétchénie à l’écart de l’agenda, étant donné l’apaisement des conflits. « La Tchétchénie a eu des répercussions sur tous les aspects de la vie sociale et politique de la Russie, elle a joué un rôle central dans la transformation de la Russie en un état autoritaire. Ceci étant dit, j’aimerais souligner une fois encore que la Tchétchénie doit rester sur l’agenda de l’UE dans ses négociations avec la Russie ».

Les nombreuses victimes des atrocités russes méritent « que l’on mette fin à l’impunité en Tchétchénie car sans la prise de responsabilité des auteurs de ces crimes, il ne peut y avoir aucune fin au conflit », a expliqué Mme Lokshina.

Elle a également souhaité faire prendre conscience de la détérioration des conditions de travail des ONG et des journalistes indépendants, affirmant que les donateurs des gouvernements étrangers se retirent déjà de la Russie, l’environnement des donateurs étrangers devenant « très hostile » avec la richesse grandissante du pays.
« L’affaire Yukos et l’emprisonnement du célèbre magnat du pétrole Mikhail Khodorkovski, qui a osé soutenir à la fois l’opposition politique et les ONG actives dans les droits de l’homme, ont certainement contribué au fait que le milieu d’affaires de la Russie ne veut plus prendre de risques », a-t-elle expliqué.

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici.

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