Le Parti socialiste européen (PSE) a présenté des propositions destinées à influencer les préparatifs de la Commission pour le sommet euroméditerranéen prévu à Paris le 13 juillet dans le cadre de la présidence française de l’UE.
Les eurodéputés du PSE ont déclaré à EURACTIV que la proposition, dévoilée hier 14 mai, était survenue en réponse à l’ « Union de la Méditerranée » du président français Nicolas Sarkozy, soutenu par les dirigeants européens lors d’un sommet en mars – bien que dans une version « édulcorée ».
Pasqualina Napoletano, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, a qualifié les propositions de M. Sarkozy de « volontaristes » estimant qu’elles ne sont « pas très claires ». Elle a également mis en garde contre l’hégémonie nationale et les tentatives visant à réinventer la Méditerranée, ajoutant que Nicolas Sarkozy n’avait probablement pas entendu parler du « processus de Barcelone » en présentant ses propositions.
Cependant, Mme Napoletano a adopté un ton plus positif concernant le développement des relations méditerranéennes en s’appuyant sur l’expérience actuelle, un processus qui a commencé avec la déclaration de Barcelone de 1995.
Le document qu’elle a présenté souligne la nécessité de surmonter les « peurs hystériques » sur l’immigration, selon ses propres termes. Elle estime que l’Europe devrait plutôt se concentrer sur des stratégies à long terme pour ses projets, en stimulant l’emploi dans ses pays partenaires du sud et en réduisant le fossé social entre le Nord et le Sud.
Elle a également insisté sur la nécessité d’aider la société civile et les forces politiques démocratiques dans le sud de la Méditerranée. Les socialistes sont également enthousiastes à l’idée d’ajouter la perspective de la candidature turque à l’UE et ne souhaitent pas qu’elle soit remplacée par un partenariat méditerranéen. Mme Napoletano a déclaré que le PSE avait en fait des liens politiques très étroits avec l’AKP au pouvoir, le parti du Premier ministre turc Erdogan.
Le PSE réclame également à ce que le Parlement européen soit consulté concernant la création d’organes permanents pour la coopération euro-méditerranéenne. Il a également insisté sur la nécessité de trouver un lieu digne de la dimension parlementaire, en se basant sur l’assemblée parlementaire euro-méditerranéenne actuelle, l’APEM.
Réactions
Dans un document non officiel, la Commission européenne propose une coprésidence (renouvelable tous les deux ans) et des sommets biannuels. Du côté de l’UE, la présidence coïnciderait avec le mandat du président permanent du Conseil, dans l’éventualité où le traité de Lisbonne est approuvé.
La Commission propose également de mettre en place un secrétariat permanent, laissant aux Etats membres le choix de décider si ce secrétariat s’occuperait uniquement de la gestion du projet ou également de la préparation des sommets et des rencontres ministérielles. Dans les propositions de la Commission, il reste également à établir l’emplacement géographique du secrétariat (dans l’UE ou dans les pays partenaires).
Les partenaires méditerranéens éliraient leurs coprésidents par consensus. Cette procédure vise sans doute à empêcher les chefs d’Etat controversés –actuels et futurs- de s’emparer de la fonction élevée.
L’eurodéputé (PSE) Carnero Gonzalez Carlos, également coordinateur à l’APEM, a demandé à ce que le sommet du 13 juillet à Paris soit plus qu’un « feu d’artifice ». Il a ajouté que seul le Parlement européen est capable de formuler des positions critiques à l’égard de la nouvelle présidence française à présent.
Contexte
M. Sarkozy a été le premier à émettre l’idée d’une Union méditerranéenne pendant sa campagne électorale en 2007, en proposant que cinq pays de l’Afrique du Nord (le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye) et cinq Etats membres (la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et Malte) devraient s’unir (EURACTIV 16/07/07).
L’initiative a reçu le soutien de l’Italie, de l’Espagne et de la Grèce mais a été lourdement critiquée par l’Allemagne, qui tient à s’assurer que la nouvelle union ne concurrence pas l’UE ou le partenariat euro-méditerranéen (dans le cadre du « processus de Barcelone »).
Néanmoins, en mars 2008, la chancelière allemande Angela Merkel a apporté son soutien au projet de M. Sarkozy, celui-ci lui assurant en échange que le projet concernait les 27 Etats membres. Le projet final, appelé « Union pour la Méditerranée », a été soutenu par les dirigeants de l’UE lors du sommet en mars dernier – bien que la version ait été assouplie (EURACTIV 05/03/08).
Le « processus de Barcelone » a un champ d’application plus large mais n’est jusqu’à présent pas parvenu à répondre aux grandes attentes en raison du manque de volonté dont font preuve les voisins du sud de l’UE pour collaborer les uns avec les autres.
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