Géorgie : les ministres des Affaires étrangères se mettent d’accord sur les détails de la mission [F

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Lors d’une réunion hier 15 septembre à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se sont mis d’accord sur l’envoi de 200 observateurs avant le 1er octobre afin de surveiller le cessez-le-feu en Géorgie. Ils ont en outre nominé l’ambassadeur français Pierre Morel au poste de représentant spécial de l’UE pour la Géorgie.

Pierre Morel sera chargé de la supervision de la « Mission de surveillance de l’Union européenne (EUMM) ». Le budget de cette mission s’élève à 31 millions d’euros sur une période initiale d’un an. Les quartiers généraux de la mission seront implantés à Tbilissi, et des bureaux régionaux ouvriront également dans le reste du pays.

L’EUMM ne se trouvera pas sous l’autorité de l’ONU ou de l’OSCE. Elle sera en effet une mission autonome conduite par les Européens selon la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

Agé de 64 ans, M. Morel a été ambassadeur auprès de la Russie entre 1992 et 1996. Il est l’actuel représentant de l’UE en Asie centrale. Il devrait travailler sous l’autorité de Javier Solana, le chef de la politique étrangère de l’UE, et son mandat sera convenu prochainement. 

Il semble que la France tient le rôle principal dans la définition de la mission de l’EUMM. Paris fournira en effet plus d’un tiers des observateurs. Par ailleurs, le chef de l’EUMM n’a pas encore été choisi.

Les ministres européens se sont également mis d’accord sur l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur le conflit en Géorgie. Les détails de cette enquête doivent encore être définis. 

Entre-temps, la commissaire aux Affaires extérieures Benita Ferrero-Waldner a annoncé l’octroi d’un paquet de 500 millions d’euros, qu’elle présentera à l’occasion d’une conférence de donateurs pour la Géorgie qui aura lieu en octobre.

Une partie de cette somme sera allouée à l’énergie et aux infrastructures en Géorgie. C’est ce qu’a fait savoir la commissaire, qui a également fait part de ses craintes quant au projet européen de gazoduc Nabucco, remis en question suite à l’invasion russe de la Géorgie. Ce gazoduc a pour objectif d’alimenter l’Europe en gaz autre que russe, en passant notamment par la Géorgie (EURACTIV 25/08/08).  

La commissaire Ferrero Waldner a indiqué que son intention était de travailler à « un paquet de stabilité et de croissance pour la Géorgie » dans quatre domaines, à savoir l’assistance aux personnes déplacées, la réhabilitation et la relance économique, la stabilisation macro-économique et macro-financière, ainsi que les infrastructures et l’énergie.

Suite à la réunion, Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française, a défendu avec ferveur le plan de paix négocié par le président français Nicolas Sarkozy.
M. Koucher, semblant répondre au chef de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer, qui avait déclaré dans un entretien récent au Financial Times que le plan cédait trop de terrain à Moscou (EURACTIV 15/09/08), a souligné le fait que l’UE a été la seule à réagir lors du déclenchement de la crise. M. Koucher, omettant le renforcement militaire de l’OTAN en mer Noire, a indiqué qu’à l’exception de l’UE, personne n’est présent en Géorgie.

D’après M. Kouchner, les négociations n’ont pas été faciles à Tbilissi, et encore moins à Moscou. Il a en outre reconnu que le document signé par le président Sarkozy avec les président Medvedev et Saakashvili n’est pas parfait. « Aucune négociation de paix n'est jamais parfaite, ce n'est qu'une première étape », a-t-il indiqué. 

D’après M. Kouchner, un plan de paix était nécessaire le 12 août, et la présidence française de l’UE a fait son possible pour que les troupes russes s’arrêtent avant Tbilissi et que le président [Saakashvili] ne soit pas contraint de démissionner. M. Kouchner a indiqué que le calendrier du retrait des troupes devait alors être négocié et que c’est ce qui avait été fait la semaine dernière. Il a reconnu que tout était loin d’être parfait et que des désaccords sur l’interprétation étaient inévitables. Cependant, il a indiqué qu’à présent, tout le monde se réjouit du retrait des troupes russes autour de Poti et des postes de contrôle dans cette zone.

M. Kouchner espère que l’arrivée d’au moins 200 observateurs européens dans les régions géorgiennes adjacentes à l’Ossétie du Sud et à l’Abkhazie entraînera le départ des troupes russes de ces régions. Il a ajouté qu’un nouveau cycle de négociations devrait avoir lieu les 16 et 17 octobre à Genève. La réunion de Genève avait initialement été prévue le 15 octobre, mais il s’agissait d’une erreur selon M. Kouchner car cette date coïncide avec le prochain sommet européen. Il a reconnu que les détails de cette réunion n’ont pas encore été définis. 

Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (l’autre province disputée) font officiellement partie du territoire géorgien, mais sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie et suscitant des inquiétudes en Occident. En effet, certains craignaient que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique.

Le mois dernier, la France a négocié un accord pour mettre fin à la guerre en Ossétie du Sud, mais depuis lors, Moscou défie l’Occident en maintenant ses troupes dans des « zones de sécurité » le long des frontières séparant la Géorgie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, une autre région rebelle. La décision russe de reconnaître l’indépendance de ces deux régions a encore desserré les liens avec l’Occident.  

Lors d’un sommet extraordinaire le 1er septembre, les dirigeants européens ont décidé de geler les négociations sur un nouveau traité fondamental UE-Russie jusqu’à ce que Moscou se soumette complètement au plan de paix. Pour cette raison, ils ont également décidé d’envoyer des surveillants en Géorgie.

Le 15 septembre, les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis afin de trouver un accord sur les modalités de la mission d’observation en Géorgie. Dans un entretien, le chef de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer a critiqué le plan de paix de l’UE, qui cède à son avis trop de terrain à Moscou.

  • 16 ou 17 oct. 2008: un nouveau cycle de négociations internationales avec la Géorgie et la Russie devrait avoir lieu à Genève.

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