Le président français Nicolas Sarkozy, qui occupe également la présidence de l’UE, a insisté pour que la Russie se plie « sans délai » au plan de paix négocié entre Moscou et Tbilissi il y a deux semaines.
Après des entretiens téléphoniques avec ses homologues russe et géorgien Dmitri Medvedev et Mikhaïl Saakashvili mercredi 27 août, M. Sarkozy a mis la crise géorgienne au cœur de son discours devant l’assemblée annuelle des ambassadeurs français à Paris.
Il a souligné « l’urgente nécessité de faire baisser la tension et d’appliquer pleinement les six points de l’accord de cessez-le-feu » signé par les présidents russe, géorgien et français.
Il a également appelé à remplacer les troupes russes déployées dans les zones de sécurité autour de la région rebelle d’Ossétie du Sud par des observateurs internationaux dès que possible. « Les discussions internationales […] sur les modalités de la sécurité et de la stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud doivent s’ouvrir dès que possible », a-t-il déclaré.
Des concessions de la France à l’égard de la Russie ?
Mais les critiques ont accusé le président français de céder aux demandes russes de mettre en place des « zones de sécurité » à l’intérieur du territoire géorgien. M. Sarkozy avait en effet donné son accord à des opérations spéciales menées par les troupes russes en Géorgie après le cessez-le-feu.
M. Sarkozy est également critiqué pour son ton conciliant, notamment le fait qu’il n’a mentionné aucune sanction à l’encontre de la Russie. Il s’est contenté d’affirmer que selon lui, la décision russe de reconnaître les provinces géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, « qui vise à un changement unilatéral des frontières de la Géorgie, est tout simplement inacceptable ».
Devant ses ambassadeurs, le dirigeant français a insisté sur le fait que « personne ne souhaite en revenir au temps de la guerre froide ». « L’OTAN n’est pas un adversaire mais un partenaire de la Russie », a-t-il affirmé : l’UE « a la volonté de construire avec ce pays une relation dense et positive ». Nicolas Sarkozy a en outre indiqué qu’il espérait que le Conseil européen qui se tiendra lundi prochain à Bruxelles (EURACTIV 25/08/08) permettra à l’Union de « définir une ligne commune sur ce dossier essentiel ».
Le président a également affirmé que la crise en Géorgie a montré pour la première fois que l’Europe peut, si elle le veut, être en première ligne au début d’un conflit afin de chercher « une solution pacifique ». Cette déclaration a toutefois été accueillie avec circonspection par la presse britannique.
Kouchner : davantage de menaces de la part de la Russie
Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner s’est empressé de défendre les concessions octroyées à la Russie en les qualifiant de moindre mal. Il a ajouté que sans ces concessions, les tanks russes auraient écrasé Tbilissi. Sur les ondes d’Europe 1 et dans un style plutôt inhabituel pour un ministre des Affaires étrangères, M. Kouchner s’est montré très franc concernant les peurs de l’Occident par rapport aux intentions russes.
Selon M. Kouchner, il n’est pas impossible que la Russie privilégie désormais la confrontation à la coopération avec l’Occident.
Mettant en avant la dangerosité d’une telle attitude, il a indiqué que la Russie pourrait avoir « d’autres objectifs que l’on peut supposer, en particulier la Crimée, l’Ukraine et la Moldavie ».
Intensification des activités en mer Noire
Mercredi, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a invectivé les Etats-Unis, qui recourent à des navires de l’armée pour la livraison de l’aide humanitaire en Géorgie. Dans un scénario qui s’apparente à un roman de l’époque de la guerre froide, les bâtiments militaires russes suivaient de près les navires de l’OTAN. De leur côté, les commandants russes ont annoncé que l’alliance disposait d’un plus grand nombre de navires de guerre en mer Noire que la flotte russe.
Dans un entretien à la BBC, M. Medvedev est allé jusqu’à déclarer que les « chargements humanitaires » dont font mention les Américains sont en fait « des armes ». La déclaration a immédiatement été reprise et exagérée par la presse russe, qui a indiqué que les Etats-Unis apportaient des missiles Tomahawk en Géorgie. La Maison Blanche a rejeté ses allégations, les qualifiant de « ridicules ».

