Géorgie : Sarkozy, Solana et Barroso se rendent en Russie pour clarifier le cessez-le-feu [FR]

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Accompagné du responsable européen de la politique étrangère Javier Solana et du président de la Commission José Manuel Barroso, le président français Nicolas Sarkozy se rend aujourd’hui 8 septembre à Moscou et sera à Tbilisi dans la soirée afin de discuter de la mise en œuvre du plan de paix qu’il avait négocié il y a un mois, au début du conflit opposant la Russie et la Géorgie.

Selon les médias russes, c’est en raison de la pression américaine que M. Sarkozy sera cette fois-ci accompagné d’autres représentants de l’UE, contrairement lors de sa première visite le 12 août. En effet, Washington ne tiendrait pas vraiment à ce que le président français soit le principal artisan de la paix dans le Caucase. Mais d’autres observateurs considèrent que l’élargissement de la délégation européenne est une réaction face aux critiques qui jugent que le plan de paix de M. Sarkozy est trop vague et qu’il a donné lieu à des interprétations russes en contradiction avec l’opinion de l’UE (EURACTIV 29/08/08). 

Un problème de traduction

Devant la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères qui s’est tenue à Avignon (EURACTIV 05/09/08http://www.euractiv.com/fr/elargissement/ue-lancer-mission-surveillance-georgie/article-175136), le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a affirmé qu’un « problème de traduction » était à l’origine des divergences d’interprétation à propos du plan de paix en six points, notamment en ce qui concerne ce que Moscou dénomme les « zones de sécurité » autour de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. 

C’est la traduction, comme toujours, s’est plaint M. Kouchner, se référant au fait que le document avait été signé en français avant d’être traduit en anglais et en russe.

Le problème principal implique un passage de la version russe qui se réfère à la sécurité « de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud » alors que la version anglaise mentionne la sécurité « en Abkhazie et en Ossétie du Sud ». 

La formulation est importante car elle se réfère aux « zones tampons » créées par la Russie sur territoire incontestablement géorgien. Selon Moscou, ces zones sont nécessaires pour empêcher les forces géorgiennes de menacer les provinces séparatistes. 

Les émissaires européens tenteront de convaincre la Russie d’annuler la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Mais la tâche sera ardue alors même que certains diplomates européens se mettent à utiliser des termes tels que « la Géorgie même » pour se référer aux territoires géorgiens sans les deux régions séparatistes dont la Russie a récemment reconnu l’indépendance. 

Ce « problème de traduction » constitue un exemple du type de difficultés que l’UE risque de rencontrer au cours des négociations à Moscou. 

Un mandat peu clair pour les observateurs

Au cours de la réunion à Moscou, l’UE compte discuter de l’envoi de quelque 200 observateurs européens dans les zones de conflit. L’objectif principal serait de remplacer les forces russes dans la « zone tampon » autour de l’Ossétie du Sud. Mais le mandat de ces observateurs ainsi que leur zone de responsabilité restent peu clairs. M. Solana lui-même a d’ailleurs reconnu que les nouveaux observateurs ne pourraient se rendre dans la région qu’avec l’assentiment des autorités russes. A l’heure actuelle, 20 observateurs européens officient sous la bannière de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une organisation dont la Russie constitue un acteur important. 

Les émissaires européens projettent également de discuter de la possibilité de créer une commission internationale pour enquêter sur les crimes et les atrocités de guerre dont s’accusent mutuellement les deux camps.

Lors de la réunion d’Avignon, la Pologne, le Royaume-Uni, la Suède et les pays baltes ont fait pression pour l’adoption d’une position plus ferme à l’encontre de la Russie (EURACTIV 02/09/08), mais les officiels de ces pays ont indiqué qu’aucune sanction spécifique n’avait été discutée. M. Kouchner a également refusé de discuter des modalités de la réaction de l’UE si la Russie continuait à retarder l’exécution de ses engagements.

Le président de la Commission José Manuel Barroso a déclaré à Avignon qu’il souhaitait une relation constructive avec la Russie. Il a ajouté qu’il fallait garder la tête froide et non amorcer une guerre froide.

Le président russe Dmitri Medvedev a condamné la livraison d’aide humanitaire par la marine américaine à la Géorgie, accusant les Etats-Unis de réarmer le pays suite à la guerre de cinq jours entre les deux anciennes nations soviétiques. Le 6 septembre à Moscou, M. Medvedev a indiqué à des gouverneurs régionaux russes : « Le réarmement du régime géorgien continue, y compris sous couvert d'assistance humanitaire ». En référence à la crise des Caraïbes de 1962, qui avait presque déclenché une guerre nucléaire, il a ajouté : « Je me demande comment ils (les Etats-Unis) réagiraient si nous envoyions de l'aide humanitaire en utilisant notre marine dans des pays des Caraïbes, qui ont été touchés par les récents ouragans ». 

Sergei Mikheyev, un expert des questions de sécurité au Centre for Political Technologies, a fait part de son scepticisme concernant le plan européen de remplacer les troupes de maintien de la paix russes par une présence internationale. Selon lui, les dirigeants russes sont convaincus que la Géorgie, soutenue par Washington, est capable d’organiser une nouvelle offensive militaire contre les républiques sécessionnistes, du moins tant que Mikheil Saakashvili sera président. M. Mikheyev a ajouté que dans ce contexte, le retrait militaire sera extrêmement lent et progressif.

Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (l’autre province disputée) font officiellement partie du territoire géorgien, mais sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie et suscitant des inquiétudes en Occident. En effet, certains craignaient que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique.

Le mois dernier, la France a négocié un accord pour mettre fin à la guerre en Ossétie du Sud, mais depuis lors, Moscou défie l’Occident en maintenant ses troupes dans des « zones de sécurité » le long des frontières séparant la Géorgie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, une autre région rebelle. La décision russe de reconnaître l’indépendance de ces deux régions a encore desserré les liens avec l’Occident. 

Lors d’un sommet extraordinaire le 1er septembre, les dirigeants européens ont décidé de geler les négociations sur un nouveau traité fondamental UE-Russie jusqu’à ce que Moscou se soumette complètement au plan de paix. Pour cette raison, ils ont également décidé d’envoyer des surveillants en Géorgie, étant entendu que la présence accrue de surveillants internationaux signifierait que Moscou ne pourrait plus justifier la présence de ses troupes dans ces zones. La Russie accepterait ainsi les négociations internationales sur un nouveau schéma directeur pour les régions rebelles.

Mais les responsables reconnaissent que la réponse de la Russie est incertaine et que le succès du plan pourrait dépendre de la visite de M. Sarkozy le 8 septembre en vue d’appeler Moscou à retirer ses troupes à leurs positions d’avant-guerre. 

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