La mission de l’UE au Kosovo enfin sur la bonne voie avec la participation américaine [FR]

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EULEX, la mission « d’Etat de droit » de l’Union européenne au Kosovo, semble être enfin sur la bonne voie suite aux concessions faites par la Serbie et les alliés occidentaux et à une décision historique des Etats-Unis de prendre part à la mission européenne en matière de sécurité et de défense (PESD).

Le chef de la diplomatie européenne Javier Solana a déclaré hier 27 octobre à Bruxelles qu’il espérait un déploiement complet de la mission européenne au Kosovo – à laquelle la Serbie s’opposait encore récemment – d’ici décembre. 

M. Solana a indiqué qu’il soutenait les négociations actuelles entre la Serbie et l’ONU à propos de la « reconfiguration » de la MINUK plutôt que son « remplacement » par l’EULEX, une mission entièrement contrôlée par l’UE. 

Selon les propos de diplomates à EURACTIV, cette variation de vocabulaire semble confirmer l’émergence d’un compromis à l’ONU quant à l’assentiment donné à la mission de l’UE au Kosovo. 

La récente décision américaine de se rallier à la mission EULEX a contribué à cette nouvelle évolution. Le 22 octobre, Dan Fried, secrétaire d’Etat adjoint américain aux Affaires européennes et eurasiennes, a signé un accord à Bruxelles avec M. Solana, permettant ainsi aux Etats-Unis de prendre part à la mission de l’UE au Kosovo dans le cadre de la politique européenne en matière de sécurité et de défense (PESD).

C’est la première fois que les Américains participent à une telle mission de l’UE. 
La participation des Etats-Unis crée un précédent pour une coopération future entre les Etats-Unis et l’Union européenne, a indiqué M. Fried au sortir de la cérémonie de signature à Bruxelles. Selon lui, les Etats-Unis fourniraient 80 agents de police et jusqu’à huit juges et procureurs pour la mission menée par l’UE. 

La mission au Kosovo devrait améliorer les perspectives d’adhésion de la Serbie à l’UE 

Si l’accord sur le déploiement de la mission est confirmé, il devrait également profiter à la Serbie, qui souhaite adhérer à l’UE. Les nations occidentales se sont mises d’accord sur le fait que la mission devrait être déployée à condition que le Conseil de sécurité l’approuve. En outre, la mission doit avoir un statut de neutralité, ce qui signifie qu’elle n’encouragera pas le Kosovo à se séparer de la Serbie et ne mettra pas en œuvre la plan de l’ONU élaboré par M. Ahtisaari. 

L’ancien médiateur de l’ONU pour le Kosovo, Martti Ahtisaari, lauréat du prix Nobel de la paix, a présenté un plan proposant une indépendance surveillée par la communauté internationale. Ce plan a été rejeté par la Serbie. 

Sous ces conditions, la Serbie n’entravera pas la mission EULEX de l’Union européenne en tant qu’autorité sur l’ensemble du territoire du Kosovo, y compris dans le nord serbe du Kosovo, ont indiqué des sources.  

L’agacement de Moscou

Mais les déclarations faites par M. Fried à Bruxelles ont agacé Moscou. Dans ses remarques, publiées sur le site web de la mission américaine auprès de l’UE, il mentionne une indépendance supervisée pour le nouvel Etat du Kosovo. 

Belgrade, Moscou et un certain nombre d’Etats membres de l’UE considèrent cette déclaration comme une rupture du statut de neutralité de l’EULEX, ces pays refusant de reconnaître l’indépendance du Kosovo, ont expliqué des diplomates. 

Officiellement, l’UE avait déclaré que le déploiement de l’EULEX ne serait pas une condition requise pour le processus d’adhésion de la Serbie à l’UE. Mais les diplomates européens ont également prévenu Belgrade qu’elle ne pouvait pas à la fois essayer de rejoindre l’Union et s’opposer à la mission européenne au Kosovo.  

L’ancien Premier ministre serbe Vojislav Kostunica a réagi avec colère aux articles de presse mentionnant que le gouvernement serbe était sur le point de reconnaître la mission EULEX. Il a averti que le nouveau cabinet, conduit par Mirko Cvetkovic, planifiait de prendre une décision derrière le dos du Parlement serbe.

L’UE a décidé en février 2008 de déployer 2 200 civils au Kosovo dans le cadre d’une mission « d’Etat de droit » baptisé EULEX KOSOVO.
Le déploiement, qui avait commencé un mois plus tard, était censé s’achever avant l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution du Kosovo le 15 juin. Mais la Serbie, fermement opposée à la mission EULEX, a souhaité avoir à faire uniquement à la MINUK, dont le mandat reconnaît l’intégrité territoriale de la Serbie. D’où les entraves au déploiement de l’EULEX, qui est restée en demi-teinte. 

L’objectif initial de l’EULEX était de reprendre le mandat de la MINUK, la mission civile de l’ONU établie dans la province serbe suite à l’adoption de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU en juin 1999. En raison de la vive opposition serbe, l’UE s’est mise à utiliser le terme « reconfiguration » plutôt que « remplacement » de la MINUK par l’UE. 

Faisant marche arrière par rapport à une décision antérieure du Conseil, le site Internet de l’EULEX indique désormais que son objectif n’est pas de remplacer la MINUK, mais plutôt de soutenir et de conseiller les autorités locales. 

L’EULEX dispose actuellement de 500 employés internationaux et de 200 locaux sur le terrain. Quand elle sera complètement déployée, elle en comprendra respectivement 1 900 et 1 100. 

Les motivations derrière le lancement de l’EULEX sont éminemment politiques, l’UE étant déterminée à reprendre le flambeau de la gestion de la crise dans ce territoire situé sur le continent européen. L’Union avait échoué une première fois en 1999 lorsqu’elle avait dû faire appel à l’OTAN pour enrayer l’épuration ethnique et les actes de violence extrême du régime de Slobodan Milosevic. 

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