La « nouvelle Europe » craint de perdre son statut privilégié avec les Etats-Unis [FR]

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Quel que soit le résultat des prochaines élections américaines, les pays d’Europe de l’Est craignent que les relations privilégiées qu’ils entretenaient avec l’administration Bush ne se perdent. Le réseau EURACTIV en Europe centrale et en Turquie a contribué à cet article. 

Les capitales d’Europe de l’Est ont le sentiment que la priorité du prochain président des Etats-Unis sera de réparer les relations avec les pays d’Europe de l’Ouest, qui ont souffert des règles néo-conservatrices américaines. Les pays de l’Europe orientale craignent que la nouvelle administration ne les néglige malgré le fait qu’ils étaient les alliés les plus forts de M. Bush.  

Le futur mandat de la République tchèque pro-américaine à la présidence de l’UE ne devrait pas non plus changer la tendance lorsque le nouveau président américain entrera en fonction. En effet, selon des diplomates d’Europe de l’Est, le nouvel agenda UE-Etats-Unis, dont les priorités sont désormais la crise financière et les tentatives de refonder le capitalisme, privilégiera inévitablement l’implication les puissances économiques européennes telles que le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France plutôt que celle des nouveaux Etats membres. 

L’agenda donne la parole aux pays d’Europe de l’Ouest

La crise financière a déjà mis sur le devant de la scène les dirigeants des pays d’Europe occidentale comme le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre britannique Gordon Brown, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre italien Silvio Berlusconi. Ces quatre dirigeants prendront part au sommet du G20 le 15 novembre à Washington (EURACTIV 27/10/08), dont l’objectif est de trouver une réponse commune à la crise financière.  

Même si le nom du prochain président américain sera déjà connu lors du sommet, le nouvel élu ne devrait pas y participer étant donné qu’il ne prêtera serment que le 20 janvier 2009. Néanmoins, M. Sarkozy a déjà appelé à ce que l’équipe en charge des affaires économiques du nouveau président soit présente lors de la rencontre à Washington, durant laquelle – le président français insiste sur ce point – de vraies décisions devront êtres prises. 

Le gouvernement tchèque lutte pour sa survie suite aux récentes élections locales (EURACTIV 27/10/08), subissant une série de votes de défiance quelques semaines avant de succéder à la France à la tête de l’UE. M. Sarkozy a effectivement laissé entendre que la République tchèque et la Suède, qui lui succédera à la présidence de l’UE, ne seront pas à la hauteur pour gérer des problèmes tels que la crise financière étant donné que les deux pays se trouvent en dehors de la zone euro (EURACTIV 24/10/08). Le président français a par ailleurs proposé de créer un « gouvernement économique » informel de la zone euro qui permettra aux dirigeants des 15 pays de cette zone de se rencontrer régulièrement pour débattre de la santé financière de l’UE. 

Eviter un vide

Les Tchèques vont toutefois chercher à prendre les devants dès que le nouveau président américain entrera en fonction.  Nous ne devrions pas perdre de temps : nous devrions parler le plus vite possible à la nouvelle administration pour éviter un vide dans les relations transatlantiques, a déclaré le vice-Premier ministre tchèque Tomas Pojar dans un discours prononcé le 20 octobre à Prague dans le cadre d’une conférence internationale qui avait pour thématique l’ouverture des frontières européennes.

Les relations transatlantiques seront effectivement une des priorités de l’agenda tchèque, a affirmé un diplomate tchèque à Euractiv, soulignant que son pays sera chargé d’organiser le premier sommet UE-Etats-Unis avec comme invité le nouveau président américain. Il a en outre insisté sur le fait que l’ordre du jour du sommet sera chargé : il comportera non seulement la question des relations extérieures mais également celle des négociations commerciales ainsi qu’un possible accord pour agir dans le domaine du changement climatique. 

Hésitations à propos de la politique étrangère

A l’instar de la tendance générale affichée en Europe occidentale, les citoyens d’Europe de l’Est préféreraient eux aussi voir Barack Obama accéder au bureau ovale. Pourtant, les représentants d’Europe de l’Est indiquent officiellement qu’ils n’ont de préférence ni pour Barack Obama ni pour John McCain. En effet, sur la question des relations avec la Russie, les deux candidats se sont montrés critiques à l’égard des opérations russes en Géorgie mais ont exclu tout recours à la force militaire. Aucun d’entre eux ne semblent tenir à un retour aux politiques de la guerre froide. Dans les grandes lignes, le prochain président américain devraient d’ailleurs suivre les traces de M. Sarkozy plutôt que d’adopter une approche plus radicale comme celle privilégiée par la Pologne, la République tchèque et les pays baltes, a indiqué une source diplomatique. 

La Turquie préfère M. McCain

Contrairement à la situation en Europe de l’Est, l’anti-américanisme progresse en Turquie, surtout depuis le second mandat de George W. Bush, avec le lancement de l’offensive irakienne. Par ailleurs, la classe politique semble afficher une nette préférence pour John McCain lors des prochaines élections américaines.

Cette tendance s’explique essentiellement par l’agacement provoqué par M. Obama en Turquie au cours de sa campagne. Selon EURACTIV Turquie, la nomination du sénateur Joe Bidden en tant qu’éventuel vice-président de M. Obama a suscité des réactions négatives dans le pays. En effet, l’opinion publique turque critique les liens de M. Bidden avec les lobbies grecs et arméniens. La Turquie considère en outre comme une menace sa proposition de fractionner l’Irak en trois parties incluant une zone kurde. Dans le contexte de la division de Chypre, M. Obama a également qualifié la Turquie « d’occupant ». 

Les pays d’Europe de l’Est sont généralement considérés comme plus pro-Américains que les nations occidentales du continent, à l’exception du Royaume-Uni. La plupart des citoyens d’Europe de l’Est estiment en effet que les Etats-Unis ont été les fers de lance de l’opposition à l’Union soviétique, mettant un terme au communisme. 

Dans un fameux discours de 2003, le secrétaire d’Etat américain à la Défense Donald Rumsfeld avait loué les mérites de la « nouvelle Europe », qui s’opposait aux nations européennes plus anciennes. Parmi ces dernières, certaines s’étaient opposées à des décisions controversées de l’administration Bush telles que le lancement de la guerre en Irak. Un grand nombre de pays d’Europe de l’Est s’étaient alors ralliés à la « coalition des volontaires », créant un précédent pour la gestion des crises considérées comme dangereuses dans de nombreuses capitales occidentales. 

Cet état d’esprit coïncidait avec le déplacement de certaines forces militaires américaines vers l’est, de l’Allemagne à la Bulgarie en passant par la Roumanie. Même si Washington avait présenté cette effervescence comme une réponse à des défis nouveaux, l’initiative avait laissé un arrière-goût amer dans les capitales d’Europe occidentale. Plus récemment, les Etats-Unis sont parvenus à un accord en vue d’installer des infrastructures de défense anti-missiles en Pologne ainsi qu’un système radar connexe en République tchèque. 

Dernièrement, les citoyens tchèques, estoniens, hongrois, lettons, lituaniens et slovaques ont obtenu un accès sans visa au territoire américain. En revanche, cette faveur n’a pas été accordée à la Grèce, qui a considéré cette décision comme une punition pour sa position pro-Serbe par rapport au Kosovo. 

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