Hier 3 septembre, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant les actions de la Russie en Géorgie et l’appelant à retirer ses troupes immédiatement. Mais des eurodéputés socialistes ont protesté contre le texte, jugeant sa formulation trop indulgente à l’égard de Mikhaïl Saakashvili. Le président géorgien est en effet considéré par beaucoup comme responsable du déclenchement de la crise.
Le fait que la résolution ne mentionne pas la cause des hostilités est au centre de la controverse. Lors de la session plénière, le leader allemand du Parti socialiste européen (PSE) Martin Schulz a déclaré que son groupe aurait préféré une référence au « comportement initial inapproprié » de la Géorgie au début du conflit. Il a également déploré que cette mention ne soit pas incluse dans la résolution commune avec les autres groupes politiques.
Mais Elmar Brok (PPE-DE, Allemagne), rapporteur au Parlement sur la résolution de la Géorgie, a écarté les critiques. « Le conflit a débuté quand la Russie a distribué des passeports aux Ossètes du Sud et que les troupes russes ont tiré sur des villages. On peut clairement déterminer qui a déclenché le conflit. La déclaration de M. Schultz est plus un message destiné à son propre groupe qu’autre chose », a déclaré M. Brok en s’adressant à EURACTIV.
Malgré la controverse, la résolution a été adoptée par 579 voix pour, 68 contre et 61 absentions.
Interrogé par EURACTIV, le vice-président du PSE Jan Marinus Wiersma (Pays-Bas) a expliqué que son groupe souhaitait que le Parlement fasse front commun sur la question géorgienne, ajoutant que c’était la raison pour laquelle les socialistes ont soutenu la résolution. « Mais nous sommes plus critiques que les autres vis-à-vis de la Géorgie », a-t-il souligné.
Il a également expliqué que le texte reposait sur deux idées principales, à savoir que le Parlement soutiendrait les décisions prises lors du sommet européen extraordinaire sur la Géorgie (EURACTIV 02/09/08) et qu’il n’y aurait pas d’appel à sanctions contre la Russie.
M. Wiersma a ajouté que les socialistes avaient pris soin de ne pas donner l’impression à la Géorgie que le Parlement européen lui promettait l’adhésion à l’OTAN. C’est la raison pour laquelle les socialistes se sont opposés à un paragraphe qui « rappelle » que lors du dernier sommet de l’OTAN à Bucarest, il avait été convenu que la Géorgie deviendrait à terme un membre de l’Alliance.
En s’adressant à EURACTIV, le président de la commission Affaires étrangères Jacek Sariusz-Wolski (PPE-DE, Pologne) a déclaré que, pour sa part, le plus important est que la résolution contienne des déclarations essentielles condamnant la présence et l’occupation russe en Géorgie. Il a également souligné l’importance de mettre en œuvre le plan en six points proposé par le président français Nicolas Sarkozy tout en affirmant son engagement en faveur d’une contribution solide de l’UE, qui enverrait une mission de la PESC et offrirait une aide généreuse pour la reconstruction.
De plus, il s’est dit satisfait que la résolution fasse référence à la proposition conjointe de la Suède et la Pologne pour améliorer la coopération avec la Géorgie, l’Ukraine et la République de Moldavie.
Réactions
Lors du débat parlementaire du 1er septembre, l’eurodéputé autrichien Hannes Swoboda (PSE) a déclaré que « rien ne justifie l'intervention russe », même si l’Occident et le président géorgien Mikhaïl Saakashvili ont eux aussi fait des erreurs. Il estime en effet que la Russie a profité de la situation pour parvenir à ses propres fins.
Dans une déclaration écrite, le groupe des Verts/Alliance libre européenne a également qualifié l’action géorgienne « d’attaque ». « Nous demandons également que l'OSCE mène une enquête sur les provocations des uns et des autres, sur l'attaque de la Géorgie et la réponse de la Russie », indique le groupe. Lors de la session plénière du 1er septembre, le dirigeant du groupe, Daniel Cohn-Bendit (Allemagne), a appelé l’Europe à contrôler les actions du président Saakashvili. Selon lui, ce que les Russes ont accompli est inacceptable, mais bombarder une ville est tout aussi inacceptable.
Francis Wurtz, leader français du groupe GUE/NGL (Gauche unitaire européenne – Gauche verte nordique), a affirmé qu’exprimer « une position pro-russe ou pro-géorgienne est une impasse ». Il a critiqué le président Saakashvili qui, depuis son élection en 2004, a parlé de se venger contre les régions séparatistes en renforçant à l’extrême son alliance avec George Bush. Cette stratégie s’est révélée « dangereuse pour la Géorgie, pour le Caucase et pour l'Europe », a-t-il estimé. De son côté, la Russie « a tout à perdre d'un retour à une période d'isolement politique en Europe ».
Contexte
Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, qui font officiellement partie du territoire géorgien, sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. Les tensions dans les deux régions se sont accrues depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo en février dernier.
De nombreux experts politiques conviennent qu’en tombant dans le piège russe et en ordonnant le bombardement de Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud, M. Saakashvili a envenimé la situation. Le bombardement, tout en causant de nombreuses pertes civiles, avait en outre déclenché l’incursion militaire russe.
La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie. Suite à cette invasion, les pays occidentaux craignent que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique.
Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, a participé à la négociation d’un accord de cessez-le-feu entre la Russie et la Géorgie. Selon cet accord, la Russie accepte de renvoyer l’ensemble de ses troupes à leurs positions d’avant-guerre d’ici au 22 août.
Lors d’un sommet extraordinaire convoqué le 1er septembre, les dirigeants européens ont décidé de suspendre les négociations sur un accord de partenariat et de coopération plus vaste avec Moscou, reportant ainsi d’éventuelles mesures complémentaires suite à l’incursion militaire « inacceptable » de la Russie en Géorgie. Ils n’ont cependant pas imposé de sanctions à Moscou.
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