C’est avec colère que les dirigeants occidentaux ont réagi en constatant que le président russe Dmitri Medvedev ignorait leurs appels et signait une résolution reconnaissant l’indépendance des régions séparatistes géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie – une initiative condamnée par l’UE, qui y voit une violation du droit international.
Après avoir reconnu l’indépendance des deux Etats séparatistes, M. Medvedev s’est montré provoquant en faisant savoir qu’il n’avait pas « peur […] d’une nouvelle guerre froide ». Le ministre français des Affaires étrangères lui a répondu lors d’un entretien télévisé pour France 2 que « si elle n’est que froide, ce n’est pas grave. On a peur d’une guerre ».
L’initiative de M. Medvedev, qui a autant surpris les responsables politiques occidentaux que les observateurs, a été considérée comme un signe de la détermination de la Russie de réaffirmer son autorité autour de ses frontières. Des journaux importants (notamment Le Monde et La Croix) avaient prévu que M. Medvedev ne signerait pas le décret puisqu’il était dans son intérêt de cultiver l’incertitude. Un jour avant l’annonce de M. Medvedev, la chancelière allemande Angela Merkel avait indiqué qu’elle estimait que le président russe n’approuverait pas l’indépendance des régions géorgiennes.
Les dirigeants occidentaux ont condamné l’initiative de la Russie, et le président américain George Bush a demandé à Moscou de reconsidérer sa « décision irresponsable ». Invoquant l’exemple du Kosovo en tant que facteur aggravant pour d’autres conflits gelés, M. Medvedev a souligné quant à lui le fait que cette décision « était fondée sur le droit international ».
Mais le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a accusé la Russie de refuser les frontières qu’elle a héritées depuis l’ère de MM. Gorbatchev et Eltsine. Le ministre a également fait savoir que les Occidentaux craignaient un nettoyage ethnique par les troupes russes dans la région. Une carte de la Géorgie à la main, il a indiqué : « Ca, c’est la carte de l’Ossétie. Ici, il y a une ville qui s’appelle Akhalgori. On dit que cette nuit, les troupes russes vont pousser devant eux – nettoyage ethnique, épuration ethnique –, les populations géorgiennes vers la Georgie pour que ce bout d’Ossétie soit homogène ».
Les généraux russes s’interrogent sur l’intensification des activités en mer Noire
Pendant ce temps, les généraux s’interrogent sur le « niveau d’activité extrême » des forces navales de l’OTAN en mer Noire. « Le niveau d’activité extrême des forces navales de l’Otan dans la mer Noire, où elles continuent d’augmenter leur présence, nous rend perplexes », a déclaré le général Anatoli Nogovitsyne lors d’une conférence de presse sur le conflit.
« J’ai dit hier que neuf bateaux de l’OTAN se trouvaient dans la mer Noire et dans la soirée une frégate de la marine de guerre américaine est encore arrivée dans le détroit du Bosphore. De plus, nous avons appris que huit autres bateaux de guerre des pays de l’Otan étaient attendus très rapidement. Il est question d’exercices prévus et on peut sans doute y voir une certaine légitimité […] mais il est très difficile de croire que toutes ces visites viennent apporter seulement de l’aide humanitaire », a déclaré M. Nogovitsyne.
La Russie gèle les opérations de paix avec l’OTAN
La Russie a suspendu toutes ses opérations de maintien de la paix avec l’OTAN pour au moins six mois, a déclaré mardi le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN.
« Comme les dirigeants de l’Alliance ignorent le rôle important de la Russie dans le maintien de la paix au Caucase et en Ossétie du Sud, nous jugeons nécessaire de geler notre coopération avec l’OTAN dans les opérations de paix pour au moins six mois », a indiqué M. Rogozine.
Le diplomate a cependant souligné que la Russie ne renonçait pas au dialogue politique avec l’OTAN.
Un sommet difficile en préparation
Alors que l’UE se prépare pour un sommet extraordinaire sur la Géorgie et la Russie le 1er septembre (EURACTIV 25/08/08), la France, qui occupe actuellement la présidence de l’UE, a consulté ses partenaires à propos de l’adoption d’une déclaration condamnant les actions de Moscou. Dans le même temps, les pays de l’UE ont indiqué qu’ils attendaient la conduite de la France.
« L’Allemagne attend les propositions de la France concernant la marche à suivre », a déclaré un diplomate allemand à EURACTIV.
En République tchèque, qui reprendra le flambeau de la France à la présidence de l’UE en janvier 2009, le président Vaclav Klaus et les membres du cabinet responsable de la politique étrangère n’ont pas réussi à s’entendre sur leur position par rapport au conflit entre la Russie et la Géorgie. C’est ce que le Premier ministre Mirek Topolanek a déclaré aux journalistes.
Par le passé, M. Klaus s’est souvent heurté au gouvernement tchèque sur les questions de politique étrangère. Il s’était d’ailleurs montré critique à l’égard de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par son pays plus tôt cette année.

