Quel avenir pour les relations entre l’UE et l’Ukraine ?

La crise qui se déroule actuellement
en Ukraine pose avec une acuité particulière la
question des relations futures entre Kiev et l’UE. Les
dirigeants européens préfèreront-ils se retrancher dans une
attitude attentiste, ou accepteront-ils d’entrouvrir la porte de
l’Union aux Ukrainiens ?

L’UE a, depuis le début de la crise actuelle, adressé aux
dirigeants ukrainiens un message « sans équivoque » : celui-ci a
notamment été formulé par la nouvelle Commissaire aux relations
extérieures, l’Autrichienne Benita Ferrero-Waldner, selon laquelle
« le choix démocratique des Ukrainiens doit être respecté ». Mais les
responsables européens se sont, jusqu’à présent, bien gardés
d’aborder la question d’un approfondissement des relations entre
l’Union et l’Ukraine, leur principal souci ayant apparemment été de
ne pas susciter d’espoirs trop grands – et surtout trop précoces –
du côté ukrainien. 

L’objectif déclaré de l’UE, dans le cadre de sa politique de
voisinage, est de s’entourer d’un « anneau d’amis ». Dans ce but,
l’Union a élaboré des « Plans d’action » offrant à chaque Etat
partenaire un cadre de relations à la fois ambitieux et, selon la
Commission, parfaitement adapté aux spécificités de chacun
des pays concernés.

Tout en ayant clairement affirmé que « la question d’une entrée
de l’Ukraine dans l’UE n'[était] pas d’actualité », Mme
Ferrero-Waldner a aussitôt nuancé ses propos en soulignant que l’UE
ne « ferm[ait] pas de portes ».

Le chef de file de l’opposition ukrainienne, Viktor
Iouchtchenko, a indiqué qu’il entendait ouvrir des négociations
d’adhésion avec l’UE et l’OTAN dans les cinq ans suivant son
arrivée au pouvoir. Il s’est également dit attachée au
maintien de bonnes relations entre la Russie et l’Ukraine.

La crise ukrainienne pose également avec une acuité particulière
la question des relations entre l’UE et la Russie. L’UE semble
manifestement soucieuse de ne pas faire apparaître la crise
actuelle comme un choix devant être fait par les autorités de Kiev
entre Moscou (et l’Est) d’une part, Bruxelles (et l’Ouest)
d’autre part.

Dans un récent article publié par le Centre for
European Reform
, Katinka Barysch et Charles Grant
soulignent que la crise ukrainienne ne doit pas être perçu comme le
"champ de bataille d'un nouveau 'grand jeu' géopolitique entre
l'Est et l'Ouest". Tout en affirmant que "le moment n'est pas venu
d'aborder le sujet d'une adhésion de l'Ukraine à l'UE", les auteurs
estiment que l'Union doit "repenser sa position officieuse selon
laquelle l'Ukraine 'a autant sa place dans l'UE que la
Nouvelle-Zélande', pour reprendre les termes de Romano Prodi".
Katinka Barysch et Charles Grant écrivent en outre que Moscou ne
devrait pas craindre de soutenir une éventuelle présidence de
Viktor Iouchtchenko, ni "voir une menace dans la mise en place de
régimes démocratiques chez [ses] voisins immédiats". Un tel
changement d'attitude serait de nature à considérablement améliorer
les relations compliquées entre la Russie et l'UE, concluent les
auteurs. 

D'autres observateurs estiment de leur côté que l'UE doit
profiter du contexte actuel pour adresser des gestes forts en
direction de Kiev, notamment en s'engageant à ouvrir la porte à une
adhésion de l'Ukraine dès lors que celle-ci aura rempli les
critères requis. Selon l'ancien ministre polonais des affaires
étrangères (et désormais député européen) Bronislaw
Geremek
, Bruxelles devrait "dire à l'Ukraine qu'il y a
maintenant une place pour elle au sein de l'Union
européenne". 

Kataryna Wolczuk, du Centre for European
Reform
, écrit que, même si la politique européenne de
voisinage va dans le bon sens, elle ne fournit pas d'incitations
(politiques, financières) "suffisantes pour affecter les choix
politiques dans un pays tel que l'Ukraine". Selon Mme Wolczuk, "le
refus de l'UE de simplement aborder le sujet d'une possible
adhésion [de l'Ukraine] apparaît intenable". 

Wojciech Saryusz-Wolski, chercheur au European
Policy Centre
, estime que, "si des changements
démocratiques rapides devaient intervenir en Ukraine, cela
changerait complètement la situation". Si ces changements devaient
se réaliser, "il serait extrêmemement difficile pour l'UE, en se
basant sur des critères objectifs, de rejeter [une candidature de
l'Ukraine]". "L'UE, écrit encore Wojciech Saryusz-Wolski, ne peut
tourner le dos à l'Ukraine et se retrancher dans une attitude de
splendide isolement, le prix à payer pour un tel comportement
pouvant s'avérer extrêmement élevé dans l'avenir".

La Russie pèse quant à elle le pour et le
contre du modèle des "quatre espaces communs de coexistence"
récemment proposé par l'UE, tout en songeant à mettre sur pied
l'équivalent d'une "UE de l'Est" (qui regrouperait l'Ukraine, le
Kazakhstan et la Biélorussie) afin de renouer avec un rôle de
grande puissance dans le concert international. L'Ukraine est
considérée comme un élément essentiel de cette nouvelle stratégie
élaborée à Moscou.  

Enfin, Washington semble avoir quelque difficulté à se
positionner dans la crise actuelle. Soucieux de conserver l'appui
de la Russie du président Poutine dans la lutte contre le
terrorisme et la gestion d'éventuelles crises nucléaires avec
l'Iran et la Corée du Nord, les Etats-Unis
prennent bien soin de préciser qu'ils n'observent pas la situation
en Ukraine à travers le prisme des relations russo-américaines
(c'est à dire celui d'une confrontation Est-Ouest). Dans le même
temps, plusieurs journaux américains font état de possibles
"changements tactiques" au Département d'Etat, changements qui
pourraient avoir des implications indirectes sur les relations
euro-américaines. 

La crise politique qui se prolonge en Ukraine place l'UE
dans une situation délicate vis-à-vis de l'un de ses principaux
voisins, les responsables européens devant à la fois entretenir
l'espoir d'un resserrement des liens entre Kiev et l'Union dès lors
qu'un retour à la normale aura pu s'opérer, tout en ne prenant pas
d'engagement inconsidéré concernant la question de l'adhésion. Les
enjeux de la crise actuelle sont d'autant plus importants que
celle-ci met à l'épreuve les relations de l'UE avec la Russie de
Vladimir Poutine.

L'Ukraine n'a, jusqu'à présent, jamais présenté de candidature
officielle à l'entrée dans l'Union européenne. Les relations entre
Bruxelles et Kiev sont fondées sur un accord de partenariat et de
coopération conclu en 1994. L'UE a également accordé à l'Ukraine
une place privilégiée dans le cadre de sa politique de voisinage,
et des négociations sont actuellement en cours pour aboutir à la
conclusion d'un Plan d'action sur trois ans, dans lequel la
Commission voit un excellent outil permettant l'approfondissement
des relations entre les deux parties.

  • La question des relations entre l'UE et l'Ukraine devrait être
    l'un des principaux sujets abordés lors du Conseil européen de la
    mi-décembre.
  • La Cour suprême ukrainienne a annulé les résultats du deuxième
    tour des élections présidentielles, organisé le 21 novembre
    dernier, et demandé la tenue d'un deuxième tour le 26 décembre
    prochain. Le premier ministre sortant Viktor Ianoukovit et le
    leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko seront de nouveau en
    lice pour le poste de président.

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