South Stream : la Grèce conclut un accord sur le gazoduc avec la Russie [FR]

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A la fin de son mandat, le président Vladimir Poutine a conclu un accord sur le projet de gazoduc South Stream considéré comme un concurrent au projet phare Nabucco, qui vise à réduire la dépendance de l’Europe en gaz russe.

Mardi 29 avril, le Premier ministre grec Kostas Karamanlis a signé un accord avec Moscou pour débuter la construction du gazoduc South Stream, mettant en déroute le projet rival de Nabucco privilégié par l’UE.

South Stream a été lancé en 2007 par l’Italien Eni et le Russe Gazprom. Il est destiné à transporter 30 milliards de mètres cube de gaz Russe en Europe chaque année, sous la Mer Noire, en passant par la Bulgarie, la Grèce, la Serbie, la Croatie et l’Italie. Dans le cadre de ces plans, l’une de ses branches transiterait par la Hongrie, qui a récemment rejoint le projet, pour atteindre l’Autriche.

En s’adressant aux journalistes, à la suite de la cérémonie de signature à Moscou, le président russe Vladimir Poutine a tourné en ridicule les efforts de l’UE concernant Nabucco. Selon Associated Press, il aurait déclaré que si quelqu’un pouvait trouver d’autres projets similaires dans des conditions économiques acceptables pouvant garantir des produits d’un volume suffisant  pour les systèmes de gaz, qu’il le fasse et la Russie n’en serait que plus satisfaite.

Il a ajouté que réaliser le projet South Stream ne signifiait pas que la Russie s’opposait à un projet alternatif.

Nabucco dans l’impasse

Nabucco, pour sa part, apporterait du gaz du Moyen-Orient et d’Asie en Europe en transitant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. Le projet est important d’un point de vue géopolitique car il contournera la Russie, mais ce projet, qui doit être achevé en 2013, a été confronté à des problèmes financiers et à un manque de volonté politique de la part de certains Etats membres.

La Russie attache de l’importance au projet South Stream, estimé à quelques 10 milliards d’euros, dans la mesure où il contourne l’Ukraine et rendrait probablement le projet Nabucco superflu. Moscou tente également d’anticiper tout plan visant à apporter du gaz en Europe en provenance d’Asie centrale, en contournant la Russie. Le PDG de Gazprom, Alexei Miller a ridiculisé de façon notoire les ambitions du projet européen, affirmant que Nabucco est un opéra, et non un gazoduc.

Dernièrement, l’ambassadeur russe auprès de l’UE Vladimir Chizhov a rejeté le potentiel du projet Nabucco, particulièrement les plans visant à transporter du gaz en provenance du Turkménistan ou de l’Azerbaïdjan, jugeant que les ressources des deux pays d’Asie centrale sont insuffisantes. Le seul moyen de remplir le gazoduc de Nabucco serait, d’après lui, avec du gaz iranien.

La Russie réaffirme ses liens avec l’Europe du Sud-est

Gazprom est sur le point de finaliser un accord énergétique avec la Serbie, où un segment de 400 kilomètres du gazoduc South Stream sera construit. Dans le cadre de l’accord, Gazpromneft achètera 51% de parts dans l’entreprise pétrolière publique de la Serbie, NIS, pour un montant de 400 millions d’euros.

Ce projet de gazoduc et d’autres semblent aller de pair avec les ambitions de la Russie de réaffirmer ses liens avec les pays de transit. L’amitié de la Russie avec la Grèce et la Serbie est historique. Les relations avec Belgrade se sont considérablement développées en opposition aux principaux acteurs occidentaux sur la question du Kosovo et pourraient s’épanouir davantage si un gouvernement nationaliste et antieuropéen remporte les prochaines élections le 11 mai. Les relations de la Russie avec la Hongrie et la Bulgarie, membres de l’UE, ont également été sensiblement améliorées.

Un homme d’Etat européen qualifié pour mener le projet South Stream

De plus, Gazprom cherche de manière évidente un responsable politique européen pour mener le projet South Stream. Le Premier ministre italien, Romano Prodi, a décliné l’offre de M. Poutine, comme l’a récemment révélé une source du gouvernement italien. Une telle nomination ferait écho à la nomination de l’ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder à la tête du projet Nord Stream de Gazprom. Le poste reste donc ouvert.

Dans un entretien avec le nouveau site Internet New America Media, Michael T. Klare, le directeur du programme Five College des études Peace and World Security au Hampshire College, à Amherst, a déclaré que depuis que M. Poutine a transformé la Russie en superpuissance énergétique en réaffirmant le contrôle de l’Etat sur les actifs énergétiques de la Russie. Selon lui, il est essentiel de garder à l’esprit l’importance du gaz naturel dans l’équation énergétique mondiale. Il affirme que dans une ou peut être deux dizaines d’années, le pétrole sera remplacé par le gaz naturel et la Russie possède plus de gaz naturel que l’Arabie Saoudite ne possède du pétrole. Gazprom, le monopole étatique, est le plus grand propriétaire de gaz naturel et M. Poutine domine absolument et totalement le contrôle de Gazprom.

Dans un éditorial, le Financial Times a déclaré qu’il n’est pas nécessaire de diaboliser la Russie suite à l’accord South Stream. « Moscou a peu de chances d’utiliser sa domination pour écarter l’UE. Elle dépend davantage des recettes issues du gaz que l’UE ne dépend du gaz. Mais une plus forte position sur le marché permet au Kremlin de chercher des prix élevés et de meilleures conditions – et d’exercer une influence politique, en particulier en Europe orientale où la dépendance au gaz russe est la plus importante. La seule réponse effective de l’UE est une approche unie, multidimensionnelle et flexible vis-à-vis de la sécurité énergétique. C’est peut-être la plus grande contribution que l’Union pourrait apporter au bien-être économique de l’Europe ».

La dépendance de l’UE aux importations de gaz russe est actuellement de 40% et devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies, à moins d’une diversification des sources d’approvisionnement et/ou en insistant davantage sur les sources renouvelables d’énergie produites au niveau local.

L’UE et la Russie ont entamé un « Dialogue énergie » en 2000 afin de formaliser leurs relations énergétiques. Mais les relations entre les deux parties ont été marquées par les difficultés, les entreprises européennes se plaignant de l’accès restreint aux ressources énergétiques essentielles et à l’investissement en Russie (EURACTIV 06/02/07). 

Ces inquiétudes ont amené la Commission à insérer une clause de réciprocité dans ses propositions concernant le marché énergétique, une initiative destinée à protéger l’infrastructure énergétique de l’UE du contrôle par des pays tiers. La clause – appelée « clause Gazprom » à Bruxelles – obligerait les entreprises étrangères à « séparer » leurs activités de production et de transport avant qu’elles soient autorisées à obtenir des parts de contrôle dans les entreprises énergétiques européennes (EURACTIV 20/09/07).

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