Erik Marquardt: « Le pacte sur les migrations risque d’ancrer les injustices dans la loi »

L’eurodéputé Erik Marquardt est le porte-parole du groupe des Verts/ALE sur les questions de migration. [Erik Marquardt]

L’eurodéputé Vert Erik Marquardt redoute qu’un pacte sur les migrations trop peu contraignant ne se révèle contre-productif en encourageant la criminalisation de l’aide humanitaire. Une interview d’Euractiv Allemagne.

Erik Marquardt est membre du Parlement européen depuis 2019. Porte-parole du groupe des Verts/ALE sur la politique de migration, il a également participé à plusieurs missions de sauvetage en mer Méditerranée au cours des dernières années.

En quoi la démission de Matteo Salvini, qui était le ministre italien de l’Intérieur jusqu’au 5 septembre 2019, a-t-elle influé sur les sauvetages en mer ?

Au niveau européen, les discussions sur la question des réfugiés ne sont pas devenues faciles, mais elles sont devenues plus aisées. Matteo Salvini n’était pas intéressé par des solutions. Il a plutôt rejeté la faute sur les organisations de sauvetage en mer. Sa démission a fait place à un débat plus objectif.

Les opérations de sauvetage en mer sont donc redevenues populaires ?

Pas nécessairement. Matteo Salvini est parti en laissant des plaies à vif, surtout quand il s’agit du ressenti du public dans des pays comme l’Italie. Il faudra voir comment on peut réparer cela. Malheureusement, le gouvernement italien est réticent à s’écarter de la voie tracée par Matteo Salvini, surtout lorsqu’il s’agit de criminaliser le sauvetage en mer.

Cela a aussi été observé dans le cadre de la pandémie. Bien sûr, l’Italie a été l’un des pays les plus touchés, mais il y a aussi eu des victimes en Méditerranée. On ne peut pas simplement dire que des gens se noient maintenant à cause du coronavirus.

Qu’est-ce qui pourrait faire changer l’opinion publique ?

Cela nécessite un investissement de la société civile. Le cas de la capitaine Carola Rackete (qui avait été arrêtée pour avoir débarqué 53 personnes sauvées d’un naufrage dans le port de Lampedusa, allant ainsi à l’encontre des instructions des autorités italiennes, NDLR) par exemple, a été perçu très différemment en Allemagne et en Italie. Là-bas, Matteo Salvini a mené une campagne de propagande massive contre les organisations de sauvetage en mer, ce qui a façonné l’opinion de nombreuses personnes. En Allemagne, en revanche, des organisations comme Sea-Watch ont contribué à ce que ce cas fasse l’objet d’un débat objectif. Cela a, à son tour, conduit les politiciens à se montrer plus réservés dans leurs déclarations.

Le navire Sea-Watch déclenche un nouveau chaos européen sur le sauvetage en Méditerranée

Le navire humanitaire bloqué en face de Lampedusa après avoir forcé l’entrée dans les eaux territoriales italiennes, a tenté de gagner le port pour débarquer 42 migrants secourus il y a 15 jours, mais a été stoppé par la police.

Mais les réfugiés ne seraient-ils pas moins nombreux à venir en Europe s’il n’y avait pas de service privé de sauvetage en mer ?

Sur ce point, le débat politique s’est complètement détaché de la réalité. Les dirigeants brandissent ce soi-disant « effet d’attraction » lorsqu’ils évoquent la politique d’asile. Nous savons pourtant depuis longtemps que les gens ne viennent pas en plus grand nombre parce qu’il existe des opérations de sauvetage en mer. Dans ce débat, on oublie souvent que des personnes fuyaient la Libye avant 2015.

Inversement, cette logique signifie également que les frontières extérieures de l’Europe doivent devenir plus dangereuses que les conditions que l’on rencontre en Libye, afin que personne d’autre ne vienne. On ne peut pas sérieusement viser un tel objectif.

Vous dites que la perception du sauvetage en mer en Allemagne a changé, mais les organisations de sauvetage en mer se plaignent d’une criminalisation croissante de leurs activités. 

Oui, nous assistons à l’instauration de mesures de criminalisation toujours plus créatives, par exemple avec la nouvelle ordonnance sur l’adaptation de la sécurité des navires, qui classe non seulement le sauvetage en mer, mais aussi la surveillance des droits de l’homme comme « dangereux ».

Il est également gênant qu’une ONG soit presque obligée d’enregistrer des navires dans des dictatures, car les possibilités d’exploitation des navires de sauvetage en mer dans les États démocratiques sont extrêmement limitées. La criminalisation fait partie d’une stratégie visant à aggraver les conditions humanitaires aux frontières extérieures, ce qui porte également préjudice aux sauveteurs.

Qu’attendez-vous du pacte sur les migrations à cet égard ?

Je crains qu’il n’ancre les injustices actuelles dans la loi, car il n’y a aucun moyen d’obtenir davantage des négociations. Il est peu probable que les abus existants soient sérieusement pris en compte. On le voit car la Commission a seulement l’intention de publier des lignes directrices, ce qui va encourager la criminalisation de l’aide humanitaire. Tant que les États membres ne seront pas tenus de fournir une aide humanitaire, la Commission ne résoudra rien, car les États membres pourront continuer à faire ce qu’ils veulent.

L'UE tente d'empêcher l'afflux massif de réfugiés

Dans l’espoir d’empêcher une arrivée massive de réfugiés, la diplomatie européenne se déploie en Grèce et en Turquie. Mais le président turc, Recep Tayyip Erdogan, affirme ne plus vouloir « de l’argent de l’UE ». Un article d’Euroefe.

Quelle contribution le gouvernement allemand peut-il apporter sur cette question dans le cadre de sa présidence du Conseil de l’UE ?

Il est important d’aborder à nouveau ces questions de manière claire. Il existe à l’heure actuelle un accord tacite pour continuer à réduire, par tous les moyens possibles, le nombre de réfugiés qui arrivent en Europe. Parallèlement, nous avons déjà constaté une baisse massive du nombre de personnes arrivant ici depuis 2016, bien que le nombre de personnes déplacées ne cesse d’augmenter dans le monde. On parle toujours beaucoup de combattre les causes des déplacements, mais dans les faits, c’est le contraire qui se produit.

Quoi qu’il en soit, avant de pouvoir nous attaquer de manière crédible aux problèmes du monde, nous devons examiner la situation à nos propres frontières. Le gouvernement allemand devrait s’efforcer de résoudre les problèmes qui se posent aux frontières extérieures de l’UE. Je pense aussi que ce serait une erreur de reporter la mise en place d’un mécanisme de répartition. Bien sûr, c’est une question difficile à résoudre, mais l’Allemagne devrait montrer le bon exemple.

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