« Renforcer nos frontières, ça ne signifie pas construire des murs partout »

La réforme du système de Dublin, qui détermine quel État est responsable de la demande d’asile des réfugiés, va s’avérer complexe, selon Péter Niedermüller. Une interview d’Euractiv Allemagne.

La commission parlementaire des libertés civiles, justice et affaires intérieures (LIBE) a approuvé la dernière réforme du règlement de Dublin, qui détermine quel État est responsable de quelle demande d’asile dans le cadre du régime d’asile européen commun (RAEC). Le texte prévoit une procédure identique dans tous les États, garantit une aide juridique personnelle et accélère le processus décisionnel.

Le Hongrois Péter Niedermüller, est rapporteur fictif sur la réforme du RAEC pour le S&D.

Quels sont les problèmes actuels qui rendent nécessaire une révision de la législation ?

Avant tout, les personnes qui arrivent en Europe manquent d’informations. Elles ne savent pas quelles seront les prochaines étapes. Elles sont nombreuses à vouloir aller en Europe, en Allemagne ou en Suède, par exemple, sans savoir à quel point ce sera possible pour elles. La plupart d’entre elles ne parlent pas la langue. Elles sont souvent traumatisées et ont besoin d’une aide psychologique.

Un conseil juridique obligatoire devrait donc commencer par les informer de leurs options, y compris quand leur première demande a été rejetée pour cause d’informations incomplètes. Elles doivent alors pouvoir compléter leur dossier pour une deuxième procédure. La législation devrait également accélérer les décisions d’expulsion.

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Dans quelle mesure cette décision pourra-t-elle empêcher le fait de déposer des demandes dans plusieurs pays ?

Une procédure standardisée et la consolidation des bases de données dans les États membres permettront de déceler rapidement si le demandeur en question est déjà enregistré ailleurs. Il est important de mettre ce système en place pour empêcher des demandes sous des identités multiples.

Nous ne savons actuellement pas si la fraude identitaire est très répandue ou non. La commission LIBE a contacté Europol, qui n’a pas été en mesure de préciser s’il s’agit de cas isolés ou s’il existe un vrai problème. Quel que soit le système mis en place, certains parviendront toujours à y échapper, mais nous essayons de créer un cadre qui tienne compte des besoins réels.

Je ne pense pas que les réfugiés présentent un grand danger terroriste, mais il est important de savoir qui est dans l’UE et qui peut y rester.

Dans sa proposition de budget, la Commission a presque triplé les fonds alloués à la gestion des frontières et à la politique migratoire. Frontex sera renforcé, pour atteindre une stature de 10 000 emplois. Ce renforcement sécuritaire sera-t-il accompagné d’un régime d’asile très différent ?

La protection des frontières externes de l’UE est très importante, les représentants des groupes politiques au Parlement ont beaucoup insisté là-dessus. Nous ferons tout notre possible pour renforcer nos frontières, mais cela n’implique pas de commencer à construire des murs partout. Ce n’est pas la solution. Il est donc encore plus important d’appliquer des règles strictes pour l’enregistrement des demandes et le contrôle des réfugiés.

La plus grande priorité est la sureté des citoyens européens. Il faut toujours se demander ce que cela signifie et comment cela peut être garanti. Cela ne se résume pas à l’expulsion de personnes simplement parce qu’elles appartiennent à une culture ou une religion différente. Le système doit être compatible avec nos valeurs européennes.

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Une procédure d’asile harmonisée est-elle dans l’intérêt de tous les États membres ? Que pense votre pays, la Hongrie, du projet ?

Comme vous le savez, les pays de Visegrád souhaitent que les procédures d’asile restent du domaine exclusif des États. Dans tous les cas, l’UE ne peut faire plus que créer un cadre juridique, l’octroi ou non de l’asile relève des compétences des capitales.

La question des quotas est un problème de taille, qui cause toujours des débats politiques. En ce moment, j’ai l’impression que certains pays sont prêts à trouver un compromis, mais le gouvernement hongrois est encore fondamentalement opposé à cette formule. Il y a quelques jours, le Premier ministre, Viktor Orbán, a déclaré qu’il ne comptait pas négocier. Il est bien décidé à ne pas laisser entrer les « migrants illégaux », comme il les appelle, dans le pays et à préserver la culture chrétienne de la Hongrie. Malheureusement, le gouvernement hongrois n’a pas l’air prêt à bouger d’un iota.

Même face à l’argument de la solidarité avec les pays d’Europe de l’Ouest ?

Cette discussion est stérile. Le gouvernement hongrois dira qu’il s’est montré très solidaire en défendant la frontière externe. Budapest a investi beaucoup d’argent dans le mur à la frontière. Donc cela ne mène nulle part.

L’UE est un projet commun, et ceux qui ne veulent pas y participer doivent se demander s’ils peuvent envisager un avenir hors de l’Union. Il faut en parler franchement.

Bien sûr, nous ne voulons pas que la Hongrie quitte l’UE, et je ne pense pas que la Hongrie le veuille non plus, mais pour être honnête, je ne comprends pas bien ce que le gouvernement de Viktor Orbán espère obtenir en cherchant le conflit avec l’UE.

Les pays devraient-ils être contraints de coopérer ? Que pensez-vous de l’idée de la chancelière allemande Angela Merkel d’utiliser les fonds de l’UE comme sanctions ou incitations pour que les États membres acceptent davantage de réfugiés ?

C’est envisageable. L’UE doit pouvoir exercer des pressions, faute de quoi le système commun ne fonctionnera pas. Il pourrait y avoir une majorité pour cette idée au Parlement, même si au Conseil, bien sûr, elle échouerait à cause du veto de quelques pays. C’est pourquoi nous nous efforçons de créer des conditions politiques favorables. Par exemple, une majorité des deux tiers au Conseil pourrait suffire, car la Pologne et la Hongrie voteraient certainement contre un tel système.

L’UE a abandonné l’idée de quotas stricts. Dans le système Dublin IV réformé imaginé par la commission LIBE, il faudra d’abord savoir s’il le demandeur d’asile a un lien social avec un État membre. Le Conseil adoptera-t-il une telle proposition ?

J’ai bien peur que non. Les négociations à venir vont être difficiles pour nous. Les sociaux-démocrates danois ont récemment déclaré qu’ils étaient strictement opposés à tout regroupement familial, par exemple. Il faut négocier un compromis entre des positions très différentes, pas seulement entre la gauche et la droite, ou entre les conservateurs et les sociaux-démocrates.

De plus, 2019 est une année d’élections. Je crois qu’une fois le problème de la distribution résolu pour cette année, il faudra le mettre en attente. Aucun État membre ne sera prêt à négocier cette question au milieu des élections de 2019. Par conséquent, nous avons besoin d’un accord rapide.

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