« En Méditerranée, nous sommes ceux qui respectent la loi »

Photo prise par SOS Méditerranée le 13 août 2018 [EPA-EFE/Guglielmo Mangiapane/SOS MEDITERRANEE]

Le directeur de SOS Méditerranée Allemagne revient sur la reprise de ses opérations de sauvetage en mer après la fermeture des ports italiens, dans une interview avec Euractiv Allemagne.

David Starke est le directeur de SOS Méditerranée Allemagne – une organisation fondée en 2015 en réponse aux nombreuses morts en Méditerranée.

Pourquoi les organisations continuent-elles d’opérer alors que rien n’a changé au niveau allemand ou européen ?

Nous reprenons nos missions en Méditerranée parce que des personnes se noient chaque jour. Des mères, des pères, des enfants qui se trouvent dans une situation de détresse en mer et qui se noient car il n’y a pas assez de navires de sauvetage en Méditerranée centrale.

Le gouvernement italien continue de refuser les navires d’accoster à ses ports. Comment vous préparez-vous à la possibilité d’une longue attente avec des migrants sauvés à bord, jusqu’à ce que des pays se décident à les accueillir ?

SOS Méditerranée a déjà l’expérience de ce genre de situations.

En juin de l’année dernière, nous étions les premiers à être confrontés à la fermeture d’un port. À ce moment-là, nous avons été obligés d’amarrer dans le port de Valence après être restés en mer avec 630 migrants secourus pendant plusieurs jours. Rester en mer pendant si longtemps était intolérable.

Nous espérons que cela ne se passera plus et que l’on nous donnera rapidement un refuge. Nous agissons en vertu du droit international, selon lequel les gens secourus de la noyade doivent être mis en sécurité.

Vous préparez-vous d’une certaine manière ou suivez-vous des formations spécialisées pour savoir faire face à ce genre de situation ?

Notre nouveau bateau, l’Ocean Viking, est beaucoup plus robuste, plus résistant et plus rapide que notre ancien navire, l’Aquarius. Nos opérations en Méditerranée sont des opérations d’urgence. Nous donnons à boire et à manger aux personnes secourues ainsi que des soins médicaux pour une période spécifique.

Aucun navire de sauvetage n’a pour but de rester en Méditerranée pendant des jours voire des semaines. Et nous non plus. Mais tant que la situation politique en Europe ne change pas, nous devons continuer à nous préparer du mieux que nous pouvons à des situations dans lesquelles les personnes secourues restent à bord pendant une période prolongée.

Les ministres européens de l’Intérieur et des Affaires étrangères se sont rencontrés le 22 juillet à Paris pour discuter d’une solution temporaire au problème de sauvetage en mer. Il est clair que rien ne sera décidé avant septembre. Qu’en pensez-vous ?

SOS Méditerranée réclame clairement un programme européen de sauvetage en mer.

Nous sommes réalistes et savons que ça n’arrivera pas de sitôt. Nous demandons toutefois d’avoir l’assurance que nous pouvons déposer les personnes secourues dans des ports surs.

Ces personnes doivent pouvoir recevoir des soins médicaux dans les ports et faire examiner leur demande de protection par les autorités compétentes.

En Europe, nous voyons se former une coalition de pays volontaires, et nous attendons beaucoup d’eux pour faire des progrès.

La société civile apporte aussi beaucoup de soutien lorsqu’il s’agit de sauver les gens de la noyade. Il y a quelques semaines, la chaine allemande ARD a mené une enquête à laquelle 72 % des Allemands interrogés ont répondu qu’ils considéraient le sauvetage en mer comme nécessaire.

Nous espérons que cela fera pression sur les politiques européens pour trouver des solutions rapidement.

Les autorités italiennes essayent constamment de traduire en justice les travailleurs des navires de sauvetage. Par exemple, SOS Méditerranée et l’équipage de son ancien navire l’Aquarius sont sous le coup d’une enquête. De nouvelles opérations en mer risquent donc d’avoir de nouvelles conséquences juridiques, n’est-ce pas ?

Nous agissons en vertu du droit maritime en vigueur, il est important de le rappeler encore et encore. Sauver les gens de la noyade est obligatoire.

En Méditerranée, nous sommes ceux qui respectent la loi. C’est ce que nous défendons et nous continuerons notre mission.

Le navire fait près de 69 mètres de long et environ 15,5 mètres de large. Il était autrefois utilisé en Mer du Nord comme navire de sauvetage lors d’accidents sur les plateformes de forage, il est donc parfaitement adapté au sauvetage de personnes en détresse en mer.

Avec Médecins sans frontière, nous avons mis en place des abris dans les parties libres du bateau, pour permettre aux hommes de recevoir des soins séparément des femmes et des enfants. Ces abris protègent aussi du soleil, du vent et du froid. De cette manière, nous pourrons poursuivre nos missions en hiver.

Le navire possède aussi un hôpital géré par Médecins sans frontière.

Comment financez-vous vos opérations de sauvetage ?

SOS Méditerranée se finance exclusivement grâce aux dons. La société civile en Europe nous offre une grande part de soutien.

Nos missions de sauvetage coutent environ 14 000 euros par jour, ce qui représente les coûts d’exploitation du bateau, de l’équipage et de l’approvisionnement pour les personnes secourues.

Nous sommes donc souvent dépendants de nouveaux dons pour poursuivre nos engagements les mois suivants. Nous voulons être en mer et mener nos opérations de sauvetage tant que cela est nécessaire et tant qu’on aura besoin de notre navire.

Malheureusement, on aura encore besoin de nous pendant longtemps en Méditerranée.

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