À Paris, des bateaux en hommage aux réfugiés morts en Méditerranée

Pour la journée mondiale des réfugiés, des centaines de petits bateaux en origami ont rendu hommage aux milliers de migrants traversant la Méditerranée. Si la mobilisation citoyenne progresse, la solidarité européenne pâtine.

Un rassemblement a eu lieu sur le parvis de la Rotonde à Paris en hommage aux 10 000 migrants morts en mer Méditerranée depuis trois ans. En septembre 2015, les dirigeants européens avaient approuvé des quotas de relocalisation : 160 000 demandeurs d’asile devaient être relocalisés partout dans l’UE d’ici à septembre 2017.

Trois ans plus tard, à quelques mois de la date butoir, l’échec est cuisant, faute de volonté de la part des gouvernements nationaux. Au  12 mai dernier, seuls 18 418 demandeurs d’asile avaient été relocalisés selon les données de la Commission.

À l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, le 20 juin,  l’ONU a rappelé qu’en 2016, une personne sur 113 dans le monde a été forcée de quitter son foyer à cause de la guerre, de violence ou de persécution ou encore de conditions climatiques extrêmes.

En 2016, les réfugiés ont afflué en Espagne et en France

L’année dernière, l’UE ayant réussi à juguler l’afflux de réfugiés en mer Égée, ces derniers ont recommencé à emprunter l’itinéraire nord-africain, causant une augmentation des arrivées en Espagne et en France. Un article de notre partenaire, Aktuálně

Organisé par la chanteuse Emily Loizeau, l’événement « Fais ton bateau » a réuni des associations, des artistes et des citoyens dans un lieu, le parvis de la Rotonde, déjà investi par les migrants qui, plusieurs fois par semaine, y apprennent le français consciencieusement assis en rang d’oignon sur les marches bordant le canal. Le collectif « Décamper », qui a publié un livre-disque dénonçant les camps de réfugiés en France, était aussi partenaire.

Sur place, SOS Méditerranée, une association européenne de sauvetage en mer, raconte les exploits de son navire, l’Aquarius, qui  a sauvé 19 096 personnes depuis février 2016. Situé aux larges des côtes libyennes, en eaux internationales, l’Aquarius, fort de son équipage de 30 personnes (membres de l’équipage, marins sauveteurs et médecins sans frontière) travaillent aux côtés d’autres bateaux européens, donc l’Allemand Sea Watch et l’Espagnol Open Arms.

Mobilisation citoyenne

Des associations, qui pour la plupart, ne seraient pas là sans la mobilisation citoyenne. « Le 12 septembre 2015, nous avons lancé une opération de crowdfunding qui nous a permis de lever 275 000 euros en 45 jours », explique Louise, une bénévole de SOS Méditerranée. « C’est devenu l’opération de crowdfunding la plus importante de France » ajoute-t-elle, tout en rappelant que l’aide des citoyens est indispensable puisqu’une journée en mer coûte 11 000 euros.

Les badauds et participants ont joué le jeu en créant de petits bateaux en papier durant l’après-midi.  Des origamis qui ont par la suite été lâchés le long du canal pour rendre hommage à tous les réfugiés qui meurent en mer lors de leur voyage pour un avenir meilleur. « L’objectif est aussi de montrer au gouvernement que beaucoup de citoyens sont révoltés par la situation et l’accueil des migrants aujourd’hui sur notre territoire, donc ces bateaux qu’on va lâcher ce soir c’est aussi une manière de leur montrer qu’il faut agir, car nous sommes nombreux derrière à vouloir faire en sorte que ça change », explique Sarah, en charge de l’organisation de l’événement.

Face à un centre humanitaire au nord de Paris déjà engorgé, Utopia 56, une association d’aide aux réfugiés, a récemment lancé un réseau d’hébergement citoyen, pour accueillir les migrants le temps que leur cas soit pris en charge par les autorités compétences.

De son côté, Amnesty International France, également partenaire de l’événement « Fais ton bateau », a profité de la Journée mondiale des réfugiés pour faire partir son bus « I Welcome », qui, durant un an, va parcourir les routes de France pour favoriser des rencontres entre la population locale et des réfugiés. L’initiative a pour but de donner la parole aux Français. « Le 20 juin 2018, ces témoignages seront adressés au président de la République afin de démontrer que la volonté des Français de protéger et d’accueillir les réfugiés est bien réelle », indique l’ONG.

L’Espagne parmi les pays encore loins de l’objectif

Côté espagnol, le gouvernement n’a plus que 100 jours pour accueillir les 17 337 réfugiés prévus par les quotas de la Commission. Jusqu’à présent, rappelle  Euroefe, seuls  1 304 sont arrivés en Espagne, un chiffre qui paraît dérisoire en cette journée mondiale des réfugiés, lors de laquelle l’ONU a rappelé que 65,6 millions de personnes ont dû fuir leur pays.

En cette journée mondiale, les ONG espagnoles ont aussi mis en place une campagne de pression pour l’accueil des réfugiés et ont rappelé qu’il fallait encore accueillir 16 033 personnes, un chiffre scandé par des milliers de personnes qui sont descendues dans la rue samedi dernier à Madrid pour exiger du gouvernement qu’il respecte ses engagements.

Le directeur général d’Oxfam Intermon, José Maria Vera, a expliqué que son organisation examinait les recours légaux et les actions possibles « dans le cas, très probable où l’engagement des 17 000 personnes ne sera pas respecté le 26 septembre ». « Nous parlons d’une quantité dérisoire, dans le cas de l’Espagne ce sont 17 000 personnes alors que des pays comme le Liban ont accueilli plus d’un million de réfugiés et que la Jordanie en a accueillir 670 000 », a-t-il souligné.

L’UE est en train de réfléchir à la manière dont elle sanctionnera les pays qui refusent les réfugiés. Les pays visés sont surtout la Hongrie et la Pologne, qui n’ont toujours relocalisé aucun réfugié, ou l’Autriche qui n’en a accueilli que 50.

Bruxelles compte sévir sur la relocalisation des réfugiés

La Commission européenne a demandé à l’Espagne et à d’autres pays de l’UE d’accroître l’accueil des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce et a menacé de lancer des procédures d’infraction contre les États les moins solidaires. Un article d’Euroefe.

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