Après l’incendie de Moria, l’UE propose seulement un camp de réfugiés plus moderne

Le camp de réfugiés de Moria en proie aux flammes sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 9 septembre 2020. [EPA-EFE/STRATIS BALASKAS]

Après l’incendie qui a détruit le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, la seule proposition de l’UE semble être de reconstruire un camp plus moderne, ce qui met en évidence la faiblesse des politiques d’immigration des États européens. Un article d’Euractiv Italie.

Le camp de réfugiés de Moria, le plus grand d’Europe, a été ravagé par un incendie qui a éclaté dans la nuit du 8 au 9 septembre. Une tragédie annoncée, selon les nombreuses ONG qui opéraient dans le camp et dénonçaient les conditions inhumaines qui y régnaient. Les nombreux reportages montrant que le camp constituait un véritable bidonville dans lequel vivaient 13 000 personnes – alors que sa capacité maximale est de 3 500 personnes – auraient également dû alerter.

Parmi les nombreuses voix qui se sont élevées pour dénoncer la situation à Moria figure celle du pape François, qui s’est rendu lui-même sur l’île de Lesbos et y a envoyé à plusieurs reprises le cardinal Konrad Krajewski.

Les images des flammes ont suscité d’importantes déclarations sur la nécessité d’un changement profond dans la gestion de la question de l’immigration en Europe, mais les premières actions concrètes ne semblent pas aller dans ce sens.

Moria : Paris et Berlin sont prêts à accueillir 400 migrants mineurs

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« L’Union européenne est prête à financer le transfert et l’accueil de 400 mineurs non accompagnés touchés par l’incendie du camp de migrants de Moria », avait immédiatement annoncé sur Twitter la commissaire européenne Ylva Johansson, chargée de la question des migrations.

Certains pays, comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont ensuite annoncé qu’ils étaient disposés à accueillir quelques centaines de personnes ayant échappé à la tragédie. D’autres États membres ont fait savoir qu’ils étaient prêts à apporter leur aide, notamment en mettant à disposition des bateaux pour accueillir les réfugiés qui vivent désormais dans les rues, ou, comme l’a fait la Pologne, en envoyant en Grèce des petites maisons.

Les mots les plus significatifs ont été prononcés par le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, qui a déclaré : « Nous sommes une famille de 27 pays, nous sommes le plus grand marché du monde, nous détenons 25 % de la richesse mondiale, il est inconcevable que l’Europe ne dispose pas encore de politique commune en matière de migration. »

« Nous voulons mettre fin à cette situation inacceptable », a-t-il ajouté après avoir rappelé que le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile serait présenté en septembre.

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Pour leur première réunion sous les auspices de la présidence allemande, les ministres de l’Intérieur de l’UE ont évoqué la réforme du système d’asile européen. Pour Horst Seehofer, il devrait être possible de trouver un terrain d’entente. Un article d’Euractiv Allemagne.

Cette déclaration avait fait naître l’espoir d’un changement de cap politique dans la gestion de l’immigration, mais au lieu de cela, elle s’est traduite par une proposition bien plus misérable, celle de construire un camp plus moderne : « L’UE est non seulement prête à financer et à soutenir la construction de ce nouveau camp, mais aussi à examiner toute demande grecque visant à jouer un rôle plus actif dans la gestion du nouveau camp. »

En attendant, les réfugiés campent sur les routes qui relient ce qui reste de l’ancien camp de Moria et la ville de Mytilène, sur l’île de Lesbos, mais ils ne peuvent pas atteindre la ville : des policiers en tenue anti-émeute sont déployés pour les en empêcher et toute tentative de briser le blocus est neutralisée, y compris en lançant des gaz lacrymogènes.

Outre les forces de police, la population locale a également créé des barrages routiers qui ont ralenti l’arrivée des premiers secours apportés par les ONG. Le maire de la ville, Stratis Kytelis, a immédiatement fait savoir qu’il s’opposait à l’idée de reconstruire le camp.

Trouver un logement décent pour des milliers de personnes constitue sans nul doute une priorité urgente, mais la construction d’un nouveau camp, plus moderne et mieux équipé, ne résoudra pas le problème.

Même le président du Parlement européen, David Sassoli, a souligné qu’il fallait en faire davantage : « Le Parlement européen se félicite de la décision de la France et de l’Allemagne de reloger les enfants de Moria. La mission du vice-président Schinas porte ses fruits. Nous espérons que d’autres gouvernements suivront leur exemple. Cependant, nous avons besoin de solutions fortes et durables pour une politique migratoire humaine et efficace », a-t-il écrit sur Twitter.

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Les gouvernements des pays de Visegrád s’opposent encore et toujours à la relocalisation des réfugiés au sein de l’UE, soutenus par une opinion publique attisée par les discours anti-immigration.

Ce sujet divise fortement l’opinion publique européenne. Et si, d’une part, certaines forces politiques alimentent la peur et la méfiance dans toute l’Europe, il y a d’autre part de nombreux citoyens européens qui appellent à un changement radical de la politique européenne d’immigration. Ainsi, des dizaines de personnes ont récemment manifesté contre les politiques migratoires de l’UE, sur la Plaza del Castillo à Pampelune, dans le nord de l’Espagne ; de nombreux Néerlandais se sont rassemblés sur la Museumplein à Amsterdam le 12 septembre pour la même raison ; et à Berlin, dans le cadre des journées nationales antiracistes du mouvement « We’ll Come United », des militants des droits de l’homme ont posé 13 000 chaises sur la pelouse du Reichstag pour symboliser les 13 000 réfugiés de Moria.

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