Aux îles Canaries, la pression migratoire est « insoutenable » selon Bruxelles

En date du 30 septembre, 6 081 personnes étaient arrivées aux îles Canaries dans 225 « pateras », des embarcations de fortune, depuis le début de l'année, soit six fois plus qu'en 2019. [Noborder Network/Flickr]

Selon la commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, les migrants arrivent clandestinement aux Canaries espagnoles à un rythme « insoutenable ». Elle prône l’accueil de ceux qui ont besoin d’une protection internationale et le retour des autres. Un article d’Euroefe.

« Aux Canaries, on constate une augmentation de 700 % [des arrivées de migrants] par rapport à l’an dernier, je crois. Ce qui est évidemment insoutenable. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis rendue en Mauritanie avec [le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando] Grande-Marlaska, car je crois qu’un soutien européen plus marqué s’avère nécessaire pour faire face à la situation », a déclaré Ylva Johansson dans la presse locale, dimanche 4 octobre.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a publié vendredi 2 octobre son dernier décompte des arrivées de migrants aux Canaries. En date du 30 septembre, 6 081 personnes étaient arrivées dans 225 « pateras », des embarcations de fortune, depuis le début de l’année, soit six fois plus qu’en 2019 (+523 %).

L’augmentation de 700 % évoquée par Ylva Johansson a été constatée à certaines périodes de l’année. La hausse s’est désormais stabilisée aux alentours de 500 %, non pas parce que le flux d’immigrants a ralenti, mais en raison d’un effet statistique par rapport à 2019, puisque deux entrées sur trois ont eu lieu au troisième trimestre, cette année-là.

Les migrants s’aventurent à nouveau sur la dangereuse route atlantique

La mort d’au moins 58 personnes lors d’un naufrage en Mauritanie, alors qu’elles tentaient d’atteindre l’Espagne en accostant aux îles Canaries, confirme le retour en grâce de l’une des plus périlleuses voies d’accès vers l’Europe. Un article d’Euroefe.

Selon les services de secours et d’urgence, pour la seule journée de samedi 3 octobre, plus de 100 personnes sont arrivées sur l’île de Grande Canarie ou ont été localisées alors qu’elles naviguaient dans sa direction.

Dans une interview publiée par les journaux La Provincia et El Día, la commissaire a déclaré être informée du développement de la situation dans des lieux tels que Arguineguín (Grande Canarie), le port qui accueille la majeure partie des opérations de sauvetage des migrants arrivant sur les îles.

Pour un accueil sélectif

Ylva Johansson plaide pour que l’on continue à appliquer le droit d’asile, mais prévient que cela nécessite également de renvoyer dans leur pays d’origine les migrants qui n’ont pas besoin de protection, c’est-à-dire ceux qui se déplacent uniquement pour des motifs économiques.

« Afin de pouvoir défendre le droit d’asile », dit-elle, « et pour offrir une protection internationale à ceux qui en ont besoin, nous devons aussi dire, et montrer à nos citoyens, que ceux qui n’ont pas besoin de [cette] protection, ceux qui reçoivent un avis négatif, ont l’obligation de rentrer. »

Autrement, il ne sera « pas possible de défendre réellement le droit d’asile et de protection », fait-elle valoir.

Bruxelles dévoile sa très attendue réforme de la politique migratoire

Un « mécanisme de solidarité obligatoire » entre États européens en cas de pression migratoire et davantage de retours des déboutés du droit d’asile : Bruxelles présente ce mercredi (23 septembre) une épineuse réforme, cinq ans après la crise des réfugiés de 2015.

La commissaire européenne souligne que son voyage en Mauritanie avec Fernando Grande-Marlaska avait également pour but de relancer les retours vers ce pays, qui avaient cessé depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Un accord existe depuis plus d’une décennie entre la Mauritanie et l’Espagne. En vertu de celui-ci, la Mauritanie accepte le retour de tout migrant qui arrive aux îles Canaries, quelle que soit sa nationalité, s’il a quitté ou transité par son territoire.

À ce sujet, Ylva Johansson a souligné qu’elle souhaiterait « instaurer une coopération encore plus étroite entre la Commission européenne, l’Espagne et la Mauritanie afin de renforcer les mesures d’aide, mais aussi la lutte contre les mafias qui font du trafic d’êtres humains ».

« Nous avons besoin des migrants, mais nous devons aussi avoir une gestion durable de cela », a-t-elle souligné.

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