Biélorussie : les dirigeants de l’UE envisagent une réponse plus ferme en matière de migrations

Des soldats polonais pendant la construction d’une clôture à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie dans la région de Zubrzyca Wielka, en Pologne, le 25 août 2021. EPA-EFE/Marcin Onufryjuk POLAND OUT [EPA-EFE/Marcin Onufryjuk]

Alors que les dirigeants européens doivent discuter ce vendredi 22 octobre de la question migratoire et de la situation à la frontière orientale de l’UE avec la Biélorussie, les Européens de l’Est devraient demander une révision de la législation de l’Union afin de tenir compte de la crise actuelle.

Ils demanderont probablement plus de financement pour les réfugiés qui s’installent en dehors de l’UE, tout en condamnant d’autres pays, principalement la Biélorussie, qui envoient intentionnellement des migrants à la frontière de l’UE.

« L’UE reste déterminée à assurer un contrôle efficace de ses frontières extérieures », selon les derniers projets de conclusions vus par EURACTIV.

Elle « n’acceptera pas non plus toute tentative d’instrumentalisation des migrants à des fins politiques de la part des pays tiers » et ajoute que le bloc « condamne les récentes attaques hybrides aux frontières de l’UE et y répondra en conséquence ».

La Pologne, la Lituanie et la Lettonie ont signalé une forte augmentation du nombre de migrants originaires de pays comme l’Afghanistan et l’Irak qui tentent de franchir leurs frontières depuis la Biélorussie. Varsovie et Bruxelles affirment qu’il s’agit d’une forme de guerre hybride destinée à faire pression sur l’UE en raison des sanctions imposées à Minsk.

M. Loukachenko nie ces allégations et accuse l’Occident d’être responsable de ce qu’il considère comme une crise humanitaire imminente pour cet hiver, compte tenu de la présence de migrants bloqués à la frontière polono-biélorusse.

La Pologne a presque doublé le nombre de ses troupes à la frontière biélorusse. Elles sont passées de 3 000 à près de 6 000 dans le cadre de mesures de sécurité renforcées face à l’augmentation des flux migratoires.

« Nous voyons que M. Loukachenko s’adapte à la situation », a déclaré à EURACTIV le député polonais des Affaires étrangères Marcin Przydacz avant le sommet.

« Une fois qu’il a vu que les arguments humanitaires sont utilisés, il a continué à envoyer là-bas encore plus de personnes en plus mauvais état – enfants, mères, etc. – pour raviver les divisions en Pologne et dans toute l’Europe », a-t-il déclaré.

Interrogé sur la question de savoir si l’UE devait légaliser les refoulements, M. Przydacz a répondu que la Pologne « respecte pleinement le droit communautaire » et a « le droit et l’obligation, en tant que pays souverain et membre de l’UE, de protéger la frontière. »

Au cours des dernières semaines, la Commission européenne est restée évasive lorsqu’elle a été interrogée sur la légalité des refoulements de migrants en Pologne et en Lituanie. Ces refoulements sont pourtant illégaux au regard du droit européen et international.

« Le Code frontières Schengen stipule clairement que l’on ne peut franchir la frontière qu’en passant par les points de passage. Ceux qui veulent demander l’asile ou une protection internationale, savent comment le faire en passant par les ambassades, les consulats ou même par courrier dans le pays d’origine », a déclaré M. Przydacz.

« Ceux qui traversent la frontière et obtiennent les papiers ne veulent pas les remplir parce qu’ils ne veulent pas obtenir l’asile en Pologne, mais souhaitent être envoyés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou en France – nous devons donc nous adapter à cette situation », a-t-il ajouté.

La Lituanie devrait parallèlement présenter aux dirigeants de l’UE des propositions visant à revoir la législation de l’Union en matière de politique migratoire afin de tenir compte de la situation à la frontière orientale de l’UE, observée ces derniers mois.

Plus tôt ce mois-ci, douze États membres de l’UE ont appelé à mettre à jour le Code frontières Schengen du bloc afin d’autoriser les « barrières physiques » comme mesures de protection des frontières et de les financer avec des fonds européens, selon la lettre envoyée à la Commission européenne et vue par EURACTIV.

Le Code frontières Schengen permet aux pays de l’UE d’établir des points de passage frontaliers partagés avec leurs voisins non européens. Les gardes-frontières de chaque pays effectuent les contrôles de sortie et d’entrée les uns après les autres, conformément à leur législation nationale.

La Lituanie avait précédemment suggéré que l’UE finance les barrières frontalières sur sa frontière extérieure en puisant dans le budget commun, soutenant ainsi la Pologne et d’autres pays baltes.

En marge du sommet européen, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, la Suède, le Danemark et l’Irlande devaient tenir une réunion de coordination plus tôt dans la journée de jeudi.

Toutefois, selon un diplomate européen, le dernier projet de conclusion mentionne un soutien financier, mais pas de financement spécifique pour la construction d’un véritable mur frontalier.

Les dirigeants européens attendent également avec impatience la prochaine proposition de la Commission européenne visant à modifier le Code frontière Schengen, qui prouvera que l’UE « reste déterminée à assurer un contrôle efficace de ses frontières extérieures ».

Par ailleurs, M. Przydacz a affirmé que les sanctions actuellement imposées par l’UE à la Biélorussie sont efficaces.

« Elles fonctionnent, et ce qui justifie leur efficacité, c’est que M. Loukachenko n’a pas d’autre instrument de réponse envers l’UE que la revanche qu’il prend sur nous avec cette crise migratoire artificielle et cette opération hybride », a déclaré le vice-ministre polonais des Affaires étrangères.

« Les sanctions ne sont pas un objectif en soi, cependant – nous pouvons modifier notre approche une fois que nous constaterons le changement en interne en Biélorussie », a-t-il ajouté.

Jeudi, la chancelière allemande Angela Merkel avait évoqué la possibilité de prendre des « sanctions économiques » supplémentaires contre la Biélorussie pour ses actions, qu’elle a qualifiées de « trafic d’êtres humains appuyé par l’État ».

Cette question, a déclaré Mme Merkel, occupera « une place importante dans nos discussions » vendredi.

Plusieurs États membres de l’UE souhaitent que les entreprises enregistrées au sein de l’UE cessent de louer des avions à Belavia, la compagnie aérienne nationale du pays. Selon un autre diplomate européen, de « nouvelles mesures restrictives à l’encontre de personnes physiques et morales » pourraient être incluses dans le texte.

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