Conte «très satisfait» à l’issue du mini-sommet migration

Emmanuel Macron et Giuseppe Conte. [Commission]

Ils sont 16 chefs d’État à s’être rendus à Bruxelles le 24 juin pour un mini-sommet sur l’immigration. Les discussions, qui n’ont pas abouti à une déclaration officielle, auraient tourné autour d’une proposition de Rome.

Les chefs d’État et de gouvernement ont été invités à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pour une réunion informelle sur l’immigration, qui a provoqué une crise dangereuse au sein de l’UE. Cette rencontre devrait préparer le sommet des 28 et 29 juin et surtout trouver une solution permettant à la chancelière allemande, Angela Merkel, de rester à son poste.

Les alliés bavarois de la chancelière, l’Union chrétienne-sociale (CSU), ont accepté de lui donner quelques jours pour trouver une solution européenne, après un désaccord qui met le nouveau gouvernement en danger.

Angela Merkel a cependant admis que ni la réunion de dimanche, ni le sommet de cette semaine ne permettraient de trouver une solution paneuropéenne. Elle compte donc proposer des accords directs avec certains États membres.

« Nous savons que, malheureusement, le sommet du Conseil n’apportera pas encore de solution globale au problème des migrations », a-t-elle indiqué avant la rencontre du 24 juin. « C’est pourquoi nous conclurons des accords bilatéraux ou trilatéraux, de manière à s’entraider sans attendre un accord à 28, mais en tenant compte de ce qui est important pour chacun. »

Les tensions montent à la veille d’une réunion extraordinaire sur la migration

L’invitation de Jean-Claude Juncker à une poignée de dirigeants européens pour un mini-sommet informel le 27 juin pour discuter d’immigration et d’asile semble soulever plus de questions que la réunion ne pourra en résoudre.

Les pays du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) ont boycotté le mini-sommet, auquel a cependant participé l’Italie, dont le nouveau gouvernement est extrêmement critique vis-à-vis de l’action européenne.

C’est entre Giuseppe Conte, le nouveau Premier ministre italien, et Emmanuel Macron que se sont cristallisées les tensions lors de la rencontre. Le gouvernement italien refuse d’accueillir davantage de migrants arrivant par la mer, alors que Paris insiste pour que l’Italie continue à appliquer une « approche coopérative ».

Giuseppe Conte est arrivé à Bruxelles avec un plan en dix points appelé « stratégie européenne multiniveaux pour l’immigration », qu’il aurait écrit lui-même. Un diplomate italien qui s’adressait aux journalistes a ainsi expliqué avoir eu à peine le temps de lire le document avant le sommet.

Le plan prévoit la mise en place de centre de protection des migrants dans les pays de transit, le renforcement des frontières externes de l’UE (jusqu’ici des idées non controversées), le « dépassement » du règlement de Dublin (qui serait, selon un diplomate, la séparation du sauvetage des migrants en Méditerranée et leur accès au processus d’asile), la suppression de la responsabilité pesant sur le pays d’arrivée, et la création de centres de protection dans plus de pays européens (actuellement ils n’existent qu’en Italie et en Espagne).

« L’obligation de sauvetage ne peut devenir une obligation de traiter les demandes d’asile pour tout le monde », souligne le document. L’Italie semble viser les pays qui s’opposent farouchement au partage du fardeau migratoire, notamment les pays du groupe de Visegrád.

« Chaque État établit des quotas d’entrée pour les migrants économiques », poursuit le texte. « C’est un principe qui doit être respecté, mais des contre-mesures adéquates doivent être prévues pour le financement des États qui n’accueillent pas de réfugiés. »

À l’issue de la rencontre, Giuseppe Conte s’est dit « très satisfait » des discussions.

L’Europe de l’asile en panne avant le Conseil européen

Les États membres sont tentés par des solutions temporaires comme des amendes pour les migrants qui passent les frontières et des plateformes d’accueil de migrants en dehors de l’UE. L’idée d’une agence européenne des migrations appelée de ses voeux par la France ne séduit guère.

 

Plan franco-espagnol

L’autre proposition qui aurait fait l’objet de discussions est le plan franco-espagnol, pour lequel aucun texte n’a été dévoilé.

Selon les diplomates français, Paris et Madrid veulent que les « plateformes de débarquement fermées » dans les ports sûrs les plus proches travaillent « en coopération avec les pays de la région » et que la procédure de séparation des demandeurs d’asile des migrants économiques se passe aussi rapidement que lors de l’arrivée du navire Aquarius à Valence, avec des retours rapides et en évitant les « mouvements secondaires », soit le fait que les migrants enregistrés dans leur pays d’arrivée continuent vers d’autres pays européens.

L’idée est que de telles « plateformes de débarquement fermées » seraient créées sur le territoire de l’UE, ce qui pourrait inclure les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla de l’autre côté du détroit de Gibraltar.

Actuellement, de telles installations « fermées » n’existent pas. L’Italie est fermement opposée à l’idée de centres fermés pour migrants.

Coalition des volontaires ?

Le mécanisme de solidarité des « plateformes fermées de débarquement », selon lequel certains pays accueilleraient des migrants, montre clairement que la délocalisation obligatoire proposée par la Commission est bel et bien abandonnée. Elle a été remplacée par des « solutions de coopération entre plusieurs États membres ». Les « mouvements secondaires » sont sans doute le point le plus problématique de la proposition.

Selon des sources au sommet, c’est Giuseppe Conte, dont c’était le premier sommet, qui s’est le plus exprimé.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, aurait souligné que les flux secondaires en provenance de Grèce n’existent pas parce que le pays a fermé unilatéralement ses frontières septentrionales. Il a plaidé en faveur d’un partage équitable des charges et d’un renforcement des pays de première ligne de l’UE.

Le Premier ministre a par ailleurs exprimé de sérieuses réserves quant à la compatibilité des centres de débarquement avec le droit international.

Emmanuel Macron a quant à lui qualifié la rencontre d’« utile », après une semaine de tensions vives entre la France et L’Italie. « Cette discussion a permis d’évacuer les solutions qui n’étaient pas conformes à nos valeurs ».

« Certains essaient d’instrumentaliser la situation de l’Europe pour créer une tension politique et jouer avec les peurs », a estimé le président français. « Les discussions d’aujourd’hui s’inscrivent aussi dans cette philosophie que je sais que [Jean-Claude Juncker] partage et qu’une très large majorité d’États membres partagent : l’attachement aux principes européens, la lutte contre toute forme d’extrême […] et, en même temps, la défense de notre cohésion et de nos frontières communes. »

Les tensions montent à la veille d’une réunion extraordinaire sur la migration

L’invitation de Jean-Claude Juncker à une poignée de dirigeants européens pour un mini-sommet informel le 27 juin pour discuter d’immigration et d’asile semble soulever plus de questions que la réunion ne pourra en résoudre.

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