Conte et Macron lissent leurs différends après la tempête

Emmanuel Macron et le Premier ministre italien Giuseppe Conte après leur rencontre au palais de l'Élysée le 15 juin. [@EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Réunis à Paris, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte, le nouveau président du conseil des ministres italien, ont fait montre d’amitié et de coopération après une semaine de déclarations acides au sujet de l’Aquarius.

Au bord de la crise diplomatique il y a seulement 48h, l’Italie et la France semblent réconciliées. Après quelques jours de tergiversations et de menaces d’annulation du déjeuner, Giuseppe Conte, le nouveau Premier ministre italien s’est finalement rendu au palais de l’Élysée pour rencontrer son homologue français.

« Une coopération est indispensable entre nos pays sur la migration et la zone euro. Ces deux sujets sont placés dans une situation comparable : ils sont un test pour l’UE et pour notre pays. L’Europe a manqué d’efficacité et de solidarité. Le temps est venu d’opérer des réformes en profondeur », a déclaré Emmanuel Macron à leur arrivée en conférence de presse.

« Le moment est arrivé de tourner la page et nous sommes d’accord sur ce point-là avec Emmanuel Macron. Nous devons changer de stratégie, développer un système cohérent avec les valeurs européennes, protéger la vie humaine dans un contexte de légalité et de sauvegarde de la sécurité », a expliqué le Président du Conseil italien, avant d’affirmer que l’Italie travaillait actuellement sur une proposition de réforme du règlement de Dublin qu’elle présentera lors du sommet européen de juin.

La crise de l’Aquarius révèle un système de Dublin à bout de souffle

Les failles de la solidarité européenne se sont creusées avec le blocage du navire humanitaire l’Aquarius par Malte et l’Italie. Une situation qui rend encore plus urgente la réforme du système de Dublin.

Positions divergentes

La rencontre était pourtant mal partie. Plus tôt ce matin, Édouard Philippe présageait déjà « des échanges d’une grande densité avec les Italiens » sur Radio Classique.

« Les options politiques du nouveau gouvernement italien ne sont pas exactement identiques aux nôtres. Il n’est donc pas anormal qu’il y ait des échanges, des désaccords », avait souligné le Premier ministre, avant de rappeler que les relations franco-italiennes sont « le plus souvent incroyablement amicales ».

Rome dénonce «l'hypocrisie» de la France sur l'Aquarius

La présidence du Conseil italien a vivement réagi aux commentaires d’Emmanuel Macron sur la gestion de plus de 600 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche sur le navire humanitaire Aquarius. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Face au refus de l’Italie de laisser l’Aquarius accoster, le président français avait dénoncé le « cynisme » et « l’irresponsabilité » de l’Italie, l’accusant de ne pas respecter « le droit maritime » selon lequel « en cas de détresse, la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l’accueil ». Un droit qu’il a tenu a rappelé en conférence de presse le 15 juin en affirmant que la France « le respecterait toujours ».

En riposte à ces propos, l’Italie avait dénoncé les « leçons hypocrites » de pays comme la France qui ont préféré détourner la tête sur la question migratoire.

Sur les 30 .000 migrants que la France s’était engagée à accueillir dans le cadre du système de quotas proposé par la Commission européenne en 2015, au plus fort de la crise, elle n’en a accueilli que 4 394.

Interrogé sur ces échanges, Giuseppe Conte a rassuré les journalistes : « Nous avons une entente parfaite avec Emmanuel Macron, nous avons dialogué lors de divers entretiens téléphoniques, le fait même que je sois ici le montre. »

Voyage inutile et périlleux

Après le refus italien de laisser le bateau atteindre ses cotes, puis celui de Malte, c’est finalement le nouveau gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez qui a donné son feu vert pour l’accueil du navire de SOS Méditerranée dans le port de Valence. Une preuve de solidarité bienvenue de la part de l’Espagne, mais qui prolonge le voyage de 4 jours pour les 629 passagers dont sept femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés.

Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée, a fait part de l’indignation des sauveteurs à bord de l’Aquarius, qui ne comprennent pas « ce périple inutile et dangereux qui va enlever de la zone de sauvetage l’Aquarius, un navire militaire italien et un navire des garde-côtes italiens, pendant au moins dix jours ».

À Paris, Giuseppe Conte a reconnu que les derniers jours ont été tumultueux et très tendus pour l’Italie : « l’objectif premier était de sécuriser ces personnes pour éviter qu’elles ne se retrouvent en détresse. Nous leur avons fait parvenir un soutien logistique, du personnel de santé, de la nourriture. »

Plus d’humanité face au verrouillage des frontières

Désireux « de plus d’humanité et d’efficacité », les deux pays se sont accordés pour avancer ensemble sur la gestion de la crise migratoire, en mettant en place une responsabilité commune et une approche européenne et coopérative. « Il ne saurait y avoir de réponses nationales à ce sujet », a asséné Emmanuel Macron.

Les deux chefs d’État ont rappelé l’urgence de la réforme des règles de Dublin, « pour que la situation géographique ne nous mette pas dans des situations intenables ».

« Le concept d’État de première arrivée doit changer. La frontière de l’Italie n’est plus une frontière italienne, mais européenne », a affirmé Giuseppe Conte.

Les eurodéputés dénoncent l’impasse sur la réforme de Dublin

Le blocage entre les pays européens sur la réforme du système de Dublin est une situation « honteuse », mais qui  risque de perdurer, pour certains eurodéputés.

Ils ont également appelé de leurs vœux la création de centres de protection dans les pays d’origine et de transit pour gérer les demandes d’asile avant l’arrivée en Europe.

« Dans le cas de l’Aquarius, le drame commence avant que le navire s’approche de nos côtes. Nous voulons éviter que des femmes et des hommes embarquent dans des canaux de fortune », a expliqué Emmanuel Macron.

Quelques jours avant la crise de l’Aquarius, le secrétaire d’État belge à la migration Theo Francken s’était dit « convaincu que si toutes les portes étaient fermées, tous les pays seraient d’accord pour faire preuve de plus de solidarité » entre eux.

C’est ce qu’a fait l’Italie pour exprimer son ras-le-bol de porter le fardeau migratoire, mais la réponse s’est fait attendre. La « crise diplomatique » a surtout montré que la fermeture des frontières n’était plus l’apanage des pays de Visegrad.

« Renforcer nos frontières, ça ne signifie pas construire des murs partout »

La réforme du système de Dublin, qui détermine quel État est responsable de la demande d’asile des réfugiés, va s’avérer complexe, selon Péter Niedermüller. Une interview d’Euractiv Allemagne.

 

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