Crise migratoire: l’UE s’apprête à élargir les sanctions contre la Biélorussie

Josep Borrell, Haut Représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 21 octobre 2021. [OLIVIER HOSLET/EPA]

Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE, a confirmé de nouveaux détails sur les sanctions à l’encontre de la Biélorussie, alors que les ministres des Affaires étrangères de l’Union s’apprêtent à étendre leurs mesures punitives, ce lundi 15 novembre. Ces sanctions font suite à ce que les responsables de l’UE ont appelé une « attaque hybride » lancée à sa frontière orientale.

« Loukachenko s’est trompé, il pensait qu’en agissant de la sorte, il allait nous tordre le bras et nous obliger à annuler les sanctions », a déclaré Josep Borrell à l’hebdomadaire français Le Journal du Dimanche. « C’est tout le contraire qui se produit », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie européenne a déclaré que les ministres seraient prêts à approuver un élargissement du cadre juridique des sanctions à l’encontre de toute personne participant au trafic de migrants, y compris les compagnies aériennes, les agences de voyages et les fonctionnaires, ce qui impliquerait d’interdire à leurs dirigeants de voyager et de geler leurs avoirs en Europe.

M. Borrell a également déclaré que le cadre de sanctions existant serait utilisé pour cibler une trentaine de responsables de l’administration de M. Loukachenko impliqués dans la crise.

Durant le week-end, des diplomates de l’UE ont confié à EURACTIV que cela pourrait inclure l’aéroport de Minsk, potentiellement un autre aéroport civil ainsi que des hôtels hébergeant des migrants.

Bien que cela ait été inclus dans le projet qui sera examiné ce lundi (15 novembre), il faudra des semaines pour établir une liste définitive des personnes, a déclaré un diplomate.

La semaine dernière, l’Union européenne a engagé des discussions avec des transporteurs internationaux tels que Turkish Airlines pour leur demander de suspendre les allers simples vers Minsk, d’où, selon l’UE, les migrants sont transportés vers la frontière polonaise afin de faire pression sur le bloc.

À la suite des pressions exercées par l’UE, la Turquie a désormais interdit aux Irakiens, aux Syriens et aux Yéménites de se rendre en Biélorussie.

Dimanche 14 novembre, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a déclaré que « toutes les compagnies aériennes devraient suivre l’exemple de Turkish Airlines et d’autres et refuser systématiquement les activités de contrebande de Loukachenko ».

La compagnie aérienne syrienne privée Cham Wings Airlines a également déclaré qu’elle suspendait ses vols vers Minsk.

« L’Europe est en danger et les Européens ne le réalisent pas », a déclaré Josep Borrell au JDD. « Le monde d’aujourd’hui (…) n’est plus régi par un désir de paix et la bienveillance. Il existe encore des conflits de pouvoir entre carnivores où les herbivores ont peu de chances de survivre », a-t-il ajouté.

Dimanche, l’entretien téléphonique entre M. Borrell et le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Vladimir Makei, au sujet de « la situation humanitaire précaire » à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, marquait le premier contact de haut niveau entre Bruxelles et Minsk depuis le début de la crise des migrants à la frontière orientale de l’UE.

« La situation actuelle est inacceptable et doit cesser. Les gens ne doivent pas être utilisés comme des armes », a indiqué M. Borrell à M. Makei. Après l’appel téléphonique, M. Makei a pour sa part déclaré que, dans la situation actuelle, des sanctions seraient « contre-productives ».

Les pays occidentaux accusent le gouvernement du président biélorusse Alexandre Loukachenko d’être à l’origine de la crise en encourageant les migrants à venir en Biélorussie, avant de les conduire à la frontière. M. Loukachenko nie ces accusations et accuse l’Ouest d’accroître les tensions.

Le ministre polonais de l’Intérieur, Mariusz Kaminski, avait déclaré samedi (13 novembre) qu’une rumeur se répandait parmi les migrants selon laquelle la Pologne les laisserait passer ce lundi, et que des autocars viendraient d’Allemagne pour les récupérer.

Le gouvernement polonais aurait ensuite envoyé un SMS à tous les téléphones portables étrangers se trouvant le long de la frontière, affirmant qu’il s’agissait d’un « mensonge total et d’un non-sens ». Le ministère allemand des Affaires étrangères a également démenti cette rumeur.

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