La crise migratoire persiste dans l’imaginaire européen

Dimitris Avramopoulos [Commission]

Si les chiffres montrent que la crise migratoire en Europe est terminée, le sujet continue pourtant à être utilisé par les politiques. Et demeure en haute de la liste des préoccupations des Européens.

Selon les données publiées la semaine dernière par le Bureau européen d’appui en matière d’asile, quelque 634 700 demandes d’asile ont été déposées dans l’Union européenne en 2018, soit 10 % de moins qu’en 2017, un chiffre similaire à celui de 2014. Les demandes d’asile ont culminé à 1,4 million et 1,3 million en 2015 et 2016.

« Nous revenons aux niveaux d’avant la crise. Nous sommes sur la bonne voie », a déclaré Dimitris Avramopoulos, commissaire chargé des migrations, à la suite du rapport, tout en ajoutant que les niveaux actuels de migration seront probablement la norme pendant de nombreuses années et que les pays européens doivent mieux se préparer.

Ce message optimiste ne semble pas avoir atteint beaucoup de citoyens européens. La dernière enquête Eurobaromètre montre que 40 % des Européens considèrent l’immigration comme l’un des deux problèmes les plus importants auxquels l’UE est confrontée.

Malgré l’importance du sujet pour les citoyens, leurs dirigeants restent plus divisés que jamais sur la manière de gérer les flux migratoires et d’intégrer les personnes récemment installées dans leur pays.

Réforme rabotée

L’impasse politique dans laquelle se trouvent les propositions visant à réformer la législation de l’UE en matière d’immigration et d’asile devra être résolue après les élections européennes de mai, par le prochain exécutif européen. En décembre, la Commission Juncker a en effet reconnu sa défaite face au projet de réforme du régime d’asile européen commun.

Elle s’attend cependant toujours à ce que députés et ministres adoptent les cinq des sept lois sur la réforme de l’asile sur lesquelles il y a accord avant les européennes. Celles-ci n’incluent pas les propositions de réinstallation ou de réinstallation obligatoire figurant dans le règlement relatif à la procédure d’asile et dans le règlement de Dublin.

Toute installation ou réinstallation au sein de l’UE reste donc volontaire, comme c’est le cas depuis l’automne 2017, lorsque les quotas de réfugiés ont été abandonnés après la réinstallation de seulement 28 000 réfugiés par les États membres, soit bien moins que l’objectif initial de 160 000 fixé par la Commission européenne.

L’aveu de défaite de la Commission a incité les eurodéputés du groupe des Verts à accuser l’exécutif européen d’« enterrer la politique d’asile européenne commune ».

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Une goutte d’eau

Le Parlement, en particulier ses groupes centristes et de gauche, a été frustré dans ses tentatives vaines de convaincre les États membres à réformer le règlement de Dublin. Nombre d’élus jugent que les États ont traîné les pieds et que la Commission n’a pas fait preuve d’assez de fermeté.

« Nous avions 1,3 million de migrants en 2016 [au plus fort de la crise migratoire], mais cela ne représente encore que 0,25 % de la population européenne », rappelle Elly Schlein, porte-parole des socialistes et démocrates sur le sujet. Elle trouve que l’approbation de cinq des sept lois est trop parcellaire.

« Ce n’est pas un problème de moyens et de population, mais de manque de volonté politique », martèle-t-elle. « Il n’y a pas de leadership et trop d’Européens ne comprennent toujours pas que les défis communs nécessitent des solutions communes. »

La réforme de ses règles internes étant dans l’impasse, les décideurs politiques de l’UE semblent se concentrer davantage sur l’externalisation des frontières de l’UE. Un accord de 4 milliards d’euros en espèces pour les migrants avec la Turquie, signé à l’origine en 2016, semble être devenu un modèle pour les accords avec les États d’Afrique du Nord, dont le Maroc et l’Égypte.

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Divisions

Pourtant, là encore, il y a désaccord. En 2018, plusieurs États de Visegrád ont retardé de plusieurs mois l’accord sur le mandat de négociation de la Commission pour le successeur de l’accord de Cotonou entre l’UE et la communauté des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, qui inclut une stratégie plus stricte sur le retour des migrants.

La Hongrie et la Pologne ont ensuite bloqué la mention du Pacte des Nations unies sur les migrations dans la déclaration conjointe de la Ligue arabe et de l’UE qui suivra un sommet entre les deux parties les 24 et 25 février.

Cela donne à penser que même avec une nouvelle Commission et une nouvelle composition du Parlement européen, le blocage sur les règles communautaires en matière de migration restera inchangé.

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