Dernière ligne droite pour la réforme de l’asile européen

Refugees heading for Germany. [Janossy Gergely/Shutterstock]

Les ministres de l’Intérieur vont s’atteler à la réforme du système européen d’asile, un chantier prioritaire pour l’UE mais bloqué par de profondes divisions sur le principe de quotas d’accueil de réfugiés.

La lourde tâche de finaliser d’ici juin un accord entre États membres sur ce dossier enlisé depuis plus d’un an et demi a échue à  la présidence bulgare du Conseil de l’Union. Le 25 janvier, les ministres de l’Intérieur des Etats membres  se retrouve à Sofia pour tenter de poser les base de la réforme du système européen d’asile.

Aucune décision n’est prévue lors du conseil « informel » de Sofia, mais les ministres vont tenter de déminer le terrain, après les faibles progrès réalisés lors des précédentes présidences du Conseil, qui change de mains tous les six mois.

« Je pense qu’avec la confiance qu’il y a entre nous, nous trouverons un compromis raisonnable », a assuré lundi le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, insistant plus particulièrement sur la nécessité de remplacer le « règlement Dublin » en vigueur dans l’UE.

Ce dispositif décrié confie la responsabilité de traiter une demande d’asile presque toujours aux pays de première entrée dans l’Union, faisant peser sur eux un poids démesuré. Il alimente les querelles entre capitales quand des demandeurs d’asile doivent être renvoyés d’un pays à l’autre.

Il « ne fait pas que diviser l’Europe, il la déchire littéralement », selon M. Borissov.

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« Incohérences » 

Le président français Emmanuel Macron a lui aussi récemment dénoncé les « incohérences » du système. Le remplacer par un dispositif où la demande d’asile pourrait être déposée dans n’importe quel pays de l’UE n’est « pas une solution envisageable à court terme, car elle conduirait à déresponsabiliser tous les pays d’entrée », a-t-il néanmoins ajouté.

Le commissaire européen en charge des migrations, Dimitris Avramopoulos, souligne également l’urgence d’une réforme. « Aujourd’hui, ce sont l’Italie et la Grèce qui sont sous une énorme pression, mais personne ne peut garantir que le futur ne réserve pas de surprises », a-t-il dit à l’AFP.

Les arrivées de migrants par la mer, dont le nombre exceptionnel avait ébranlé l’UE en 2015, ont nettement chuté. D’abord en 2016 sur les côtes grecques, après un accord controversé avec la Turquie, puis en Italie à partir de la mi-2017, via notamment une collaboration elle aussi décriée avec les autorités libyennes.

Mais les Européens veulent être prêts à réagir à une éventuelle nouvelle crise, et éviter de revivre la cacophonie de 2015.

Malgré l’absence de consensus, l’UE avait alors adopté un plan de « relocalisations » de demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce, incluant des quotas obligatoires d’accueil pour les pays européens portant sur 120.000 personnes, en vigueur jusqu’en septembre 2017.

Mais cette exception provisoire aux règles de Dublin, qui concernait surtout des demandeurs d’asile syriens et érythréens, n’a permis d’en répartir qu’environ 33.000. Et elle a nourri d’interminables controverses, plusieurs pays de l’Est refusant même frontalement de l’appliquer.

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« Inacceptable » 

La Commission n’a pas renoncé pour autant à proposer un nouveau système de quotas dans le cadre de la réforme en chantier, qui ne serait toutefois déclenché qu’en cas d’arrivées de demandeurs d’asile d’une ampleur exceptionnelle dans un État membre.

Mais cela reste trop pour certains pays, en particulier ceux du groupe de Visegrad (Hongrie, Slovaquie, Pologne, République tchèque), qui rejettent tout accueil obligatoire. Ils préfèrent que la solidarité européenne puisse se traduire d’une autre manière, financière notamment.

« C’est inacceptable. Il s’agit d’une responsabilité partagée, tous les pays devraient participer à notre politique de partage du fardeau de cette énorme pression », a déploré le commissaire Avramopoulos.

Les ministres de l’Intérieur, qui débattront aussi à Sofia de questions de sécurité, accueilleront pour la première fois à leur table leur nouveau collègue autrichien, issu du parti d’extrême droite FPÖ, qui fait partie du gouvernement mené depuis décembre par le chancelier conservateur Sebastian Kurz.

Herbert Kickl, dont la formation politique a été créée par d’anciens nazis, a déjà provoqué une polémique dans son pays en proposant de cantonner les demandeurs d’asile de façon « concentrée » dans des centres dédiés, un terme interprété par certains comme faisant écho aux camps de concentration.

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