Face à la crise migratoire, l’Europe collabore toujours plus avec les pays autoritaires

L’UE consacre de plus en plus de fonds à l’externalisation de ses frontières. Une politique qui a pour conséquence la subvention de certains gouvernements autoritaires, à l’image du Soudan.

La lutte contre l’immigration mobilise de plus en plus les financements européens vers des régimes autoritaires, tels que le Tchad, le Niger, la Biélorussie, la Libye ou le Soudan, souligne un nouveau rapport sur la politique d’externalisation des frontières de l’UE.

Le rapport « Expanding the Fortress » (Renforcer la forteresse européenne), publié par Transnational Institute (TNI) et Stop Wapenhandel, qui fait campagne  au Pays-Bas contre le commerce des armes, pointe du doigt la collaboration de plus en plus fréquente de l’UE avec des régimes autoritaires depuis 2005. Et son accélération depuis 2015 et le début de la crise migratoire.

Au travers de différents programmes notamment le fonds fiduciaire pour l’Afrique, l’UE injecte des millions d’euros dans un ensemble de projets visant à prévenir l’immigration vers le territoire européen.

La militarisation de l’aide au développement se poursuit

L’affectation de l’aide au développement européenne à des actions sécuritaires est défendue par un large partie du Parlement et par la Commission. Mais certains craignent un détournement de l’aide au détriment des plus pauvres.

Selon le rapport, 17  des 35 pays considérés comme prioritaires par l’UE pour l’externalisation de ses frontières sont gouvernés par des régimes autoritaires.

« Ce rapport révèle que dans ses politiques extérieures, l’UE est devenue obsédée par le contrôle des migrations […]. En renforçant les forces militaires et de sécurité dans des régions instables, elle risque d’exacerber la répression, et d’attiser des conflits qui forceront encore plus les gens à quitter leurs pays. Il est temps de changer de cap. Plutôt que d’externaliser les frontières et les murs, nous devrions externaliser la vraie solidarité et le respect des droits humains» avance Mark Akkerman, chercheur et auteur du rapport.

Le verrouillage des frontières extérieures de l’UE a eu pour effet de pousser les candidats à l’immigration vers des routes de plus en plus dangereuses. Résultat, une personne sur 57 est décédée en traversant la Méditerranée en 2017 en empruntant la route de la Méditerranée centrale, alors qu’en 2015 le nombre de morts en mer était de 1 pour 267 lorsque les migrants empruntaient la route entre la Turquie et la Grèce, moins dangereuse.

Contrats pour les entreprises européennes

Autre aspect mis en avant par le rapport, l’augmentation des dépenses en matière de sécurité des frontières a largement bénéficié à certaines entreprises européennes, à l’image du français Thales ou de Gemalto.

En effet, la collaboration avec des pays tiers pour lutter contre l’immigration implique de nombreux domaines de coopération dans lesquels les entreprises européennes sont en pointe, comme l’accueil des personnes déportées, la formation des forces de police et des garde-frontières ou le développement de systèmes biométriques complets, ainsi que l’équipement de surveillance et de contrôle.

L’Allemagne et l’Italie, «  financent également leurs propres groupes d’armement (Hensoldt, Airbus et Rheinmetall pour l’Allemagne, Leonardo et Intermarine pour l’Italie)  afin de soutenir des programmes de sécurisation des frontières dans un certain nombre de pays du MENA » souligne le rapport.

L’immigration au cœur de l’accord post-Cotonou

L’UE veut mettre immigration et sécurité au centre du prochain accord avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Un budget de plus en plus orienté 

Les conclusions mises en avant devraient se confirmer pour la prochaine période budgétaire européenne. En effet, le 2 mai, la Commission européenne a présenté son  nouveau cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027. Elle propose de consacrer 123 milliards d’euros à l’action extérieure, soit une hausse de 27 % par rapport au budget extérieur.

Mais la hausse prévue par Bruxelles, dans un contexte de contrainte budgétaire liée au départ du Royaume-Uni contributeur net au budget de l’UE, serait principalement destinée à répondre aux enjeux migratoires.

La Commission souhaite en effet créer un instrument financier unique pour l’intégralité de son action extérieure, en fusionnant 12 instruments actuellement existants. Une architecture simplifiée qui pourrait  faire prévaloir les objectifs de lutte contre l’immigration sur les objectifs de coopération au développement, craignent les ONG  spécialisées.

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