La Pologne persiste sur la voie de l’Europe forteresse

epa05293177 Une centaine de Polonais manifestent contre les réfugiés à Slubice, Pologne, près de la frontière allemande, le 7 mai 2016. Ils appartiennent à un groupe qui s'appelle 'National Slubice' et qui a appelé à une marche de protestation contre les migrants/réfugiés. EPA/PATRICK PLEUL [EPA/PATRICK PLEUL]

Depuis 2015, la Pologne n’a accepté aucun réfugié relocalisé depuis l’Italie et la Grèce dans le cadre du système de quotas fixé par la Commission européenne.

La majorité des Polonais ne veut pas  que leur pays accueille des réfugiés. Selon une enquête menée par le Centre polonais de recherche sur l’opinion publique (CBOS) publiée en décembre dernier, 63 % des personnes interrogées ne veulent pas que les personnes qui ont fui la guerre dans leur pays entrent en Pologne. Seulement 33 % des Polonais sont en faveur de l’accueil des réfugiés.

Deux ans plus tôt, à la mi-2015, la situation était différente : 21 % des répondants s’opposaient à l’accueil des réfugiés, tandis que 72 % étaient en faveur.

Ce qui a changé entre-temps, c’est la compréhension du terme « réfugié ». À cause des guerres au Moyen-Orient et du « printemps arabe », de nombreux Polonais associent les mots « asile » ou « réfugié » à des personnes originaires de pays musulmans.

Les personnes interrogées craignent surtout les différences culturelles et religieuses ainsi que l’islam radical. Par ailleurs, alors que 75 % des Polonais s’opposeraient à l’accueil de personnes venant du Moyen-Orient ou d’Afrique, seulement 32 % ne voudraient pas accepter des réfugiés de l’Est de l’Ukraine.

L'UE choquée face au souhait de la Slovaquie de n'accueillir que des migrants chrétiens

Le Premier ministre slovaque a annoncé que son pays n’accepterait que des migrants chrétiens. Face à cette déclaration, la Commission européenne a réitéré le principe de non-discrimination qui est au cœur de la loi européenne. 

Logique ou gestion de la peur ?

Ces craintes sont comprises par le Dr Piotr Sebastian Ślusarczyk, politologue et président de la Fondation de l’Institut des affaires européennes à Varsovie. Il est l’un des auteurs qui a critiqué la migration de l’Afrique et du Moyen-Orient vers l’Europe sur le site Euroislam.pl.

« Lorsque l’on compare la recherche polonaise avec les résultats de recherches similaires dans d’autres pays européens – par exemple en France, en Allemagne, en Italie ou en Espagne – il s’avère que les citoyens de ces pays pensent de la même façon. Les différences sont minimes. Par conséquent, les Polonais ne se distinguent pas particulièrement dans ce domaine », explique-t-il.

Il estime que les gens en Europe occidentale sont souvent réticents à adopter des points de vue qui sont condamnés par l’élite et les médias.

Pour Maria Złonkiewicz de la Fondation « Polish Hospitality », la raison est tout à fait différente. Les déclarations des responsables politiques ont eu un impact clé sur l’opinion des Polonais.

La fondation mène deux initiatives visant à changer le ton du débat sur les réfugiés en Pologne : Le projet « With bread and salt » (du pain et du sel) aide les réfugiés à s’adapter à la vie en Pologne, tandis que le site Uchodźcy.info recueille des informations sur les demandeurs d’asile et tente de convaincre les Polonais de s’engager avec eux.

Les auteurs du site web ont par ailleurs rassemblé des milliers de déclarations de responsables politiques polonais sur les réfugiés et la migration depuis 2015 et les ont comparés avec les résultats des études sociologiques régulières.

« Le lien est extrêmement visible. Dès que des politiques, en particulier ceux du parti au pouvoir, parlait des réfugiés et de la migration avec virulence, le soutien pour leur accueil diminuait – beaucoup plus que, par exemple, après les attaques terroristes en Europe occidentale », a expliqué Maria Złonkiewicz.

Selon elle, le changement est devenu visible lors de la campagne présidentielle et parlementaire en Pologne en 2015.

« Les questions de migration sont devenues l’un des sujets les plus importants de ces campagnes. Nous devons donc faire face à ce qu’on appelle la gestion de la peur », a-t-elle expliqué.

Elle a rappelé un discours du chef de file du parti Droit et Justice (PiS) Jarosław Kaczyński, qui a déclaré lors d’un rassemblement électoral en octobre 2015 que les réfugiés pouvaient apporter « des maladies dangereuses, des parasites ou des protozoaires » à l’Europe.

Pourtant, en avril 2017, dans un centre épidémiologique de la ville de Biała Podlaska, où les demandeurs d’asile en Pologne sont examinés, pas un seul cas de maladie infectieuse ou parasitaire grave n’a été rapporté.

Où sont les solutions ?

Maria Złonkiewicz et Piotr Sebastian Ślusarczyk conviennent que l’UE doit introduire de nouvelles solutions systémiques en matière de politiques d’immigration et d’asile.

Selon le président de la Fondation de l’Institut des affaires étrangères, le système d’asile actuel de l’UE ne permet pas de distinguer efficacement les migrants économiques des réfugiés.

« Si vous examinez la situation du point de vue de la Convention de Genève, les personnes qui sont venues dans l’UE, par exemple de Turquie, ne devraient pas être reconnues comme réfugiés. Elles sont en effet déjà passées par un pays reconnu comme sûr par la communauté internationale. Il y a donc ici un vide juridique. Les anciennes solutions ne fonctionnent plus, et il n’y en a pas de nouvelles », estime-t-il.

Il ajoute que l’afflux de personnes en Europe pourrait ne pas se terminer avec la fin de la guerre au Moyen-Orient : « L’Afrique est aussi un problème. Selon les prévisions actuelles de l’ONU, entre 2015 et 2030, la population africaine augmentera de 450 à 570 millions de personnes. Au total, l’Afrique comptera plus d’un milliard et demi d’habitants en 2030, soit quatre fois plus que l’UE. Et si seulement 10 % des Africains veulent venir en Europe, cela représente 3 millions d’immigrants par an. Le scénario de 2015 pourrait être répété chaque année. »

Il recommande de s’inspirer de l’expérience australienne, ce qui signifie conclure des accords avec les gouvernements des pays africains et soutenir les politiques de lutte contre la surpopulation.

« Nous devons également soutenir les économies de ces pays afin que la situation s’améliore. Si l’Europe ne partage pas ses richesses avec l’Afrique, l’Afrique partagera sa pauvreté avec l’Europe. Trois choses doivent être faites : introduire une politique intelligente visant à combattre les causes et les effets de la surpopulation, resserrer les frontières également par la lutte contre les passeurs, ainsi qu’aider économiquement les pays qui veulent coopérer avec l’Europe dans des conditions équitables », juge Piotr Sebastian Ślusarczyk.

Pour sa part, Maria Złonkiewicz fait valoir que cette approche ne constituerait qu’une partie de la solution. « Les gens déménageront encore dans d’autres endroits à la recherche d’une vie meilleure. Certains fuient la guerre, d’autres la pauvreté ou le changement climatique. C’est la conséquence de la mondialisation. On ne peut pas fermer les yeux sur cette question. »

« S’enfermer ne marchera pas », insiste-t-elle. « Nous ne sommes pas la Corée du Nord après tout. C’est pourquoi nous avons également besoin d’activités qui aideront à intégrer les personnes qui sont venues en Europe. Et l’intégration n’est jamais un processus unilatéral. Tout le monde doit s’engager. »

Même si l’intégration n’est pas facile, il faut persister. « Aucun mur ou clôture n’empêchera la migration vers l’Europe. Examinons plutôt comment ce mélange progressif des cultures peut être utilisé », argue-t-elle.

Varsovie campe sur sa position sur la question des réfugiés

La relocalisation des migrants a beau atteindre un record cette année, la Pologne et la Hongrie refusent toujours catégoriquement de participer aux efforts européens. Un article d’Euractiv Pologne.

Rôle de l’UE

Le gouvernement polonais actuel a refusé de participer au programme de réinstallation des réfugiés italiens et grecs créé par la Commission européenne. Bien que de nombreux États membres de l’UE n’aient pas encore atteint les quotas, la Pologne et la Hongrie sont les seuls à ne pas avoir accepté une seule personne.

Kosma Złotowski, député européen de Droit et Justice, qui appartient au groupe parlementaire des Conservateurs et Réformistes européens, estime que c’est la bonne décision.

« Ni la Pologne ni l’Union européenne ne sont des endroits où tout le monde peut venir simplement parce qu’ils le veulent. Nous devons éviter l’expérience vécue par l’Europe de l’Ouest. Là, des communautés parallèles se forment, vivant selon les lois et les coutumes importées de leur pays. C’est un phénomène très dangereux – il ne s’agit en aucun cas d’enrichissement, culturel ou autre », assure-t-il.

Pour Róża Thun, eurodéputé de la Plate-forme civique (PPE), des pays comme la Pologne et la Hongrie ont tort de ne pas se joindre aux efforts de l’UE pour aider les réfugiés.

« Les politiciens du PiS préfèrent effrayer les Polonais, présenter de fausses données statistiques ou manipuler l’opinion à la télévision publique. Par exemple, il est faux de dire que les réfugiés sont responsables d’attaques terroristes. La grande majorité de ces attaques sont menées par des personnes nées dans l’UE. Ce sont souvent même les petits-enfants migrants du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Nord. Il est faux de dire que la seule solution est la fermeture des frontières », rappelle-t-elle.

« Ce qui est important, c’est le développement d’une politique européenne commune en matière de migration et d’asile qui traitera ces phénomènes d’une manière multidimensionnelle. Le monde est en train de changer. Et il ne tient qu’à nous de décider si nous devons faire face ensemble à ces changements, nous, 500 millions de citoyens de l’UE, ou si chacun résoudra ces problèmes seuls », selon elle.

Pour Bogusław Liberadzki, eurodéputé de l’Alliance de la gauche démocratique (SLD) et vice-président du Parlement européen pour le groupe S&D, la question de la migration revient à se demander à quoi ressemblera l’Europe vers 2050.

« D’une part, il y a ce manque de main-d’œuvre dans de nombreux pays de l’UE, surtout à l’Ouest. D’autre part, les personnes originaires de pays non européens sont beaucoup plus actives sur le plan démographique que l’Europe vieillissante. Pour faire simple – ils ont plus d’enfants. »

« L’UE doit donc se poser des questions non seulement sur la recherche de solutions aux défis actuels, mais aussi sur le modèle de société et la structure démographique dans 20 à 30 ans. Nous devons penser aux mesures d’intégration, car les erreurs commises il y a 30 à 40 ans signifient que nous sommes aujourd’hui confrontés à la radicalisation des personnes issues de familles immigrées mais nées dans l’UE ».

Malgré tout cette cacophonie, très peu de réfugiés viennent en Pologne et la plupart de ceux qui arrivent ici veulent aller dans les pays d’Europe occidentale, de sorte que la migration en Pologne est une question marginale.

Dans le même temps, plus de 2,5 millions de citoyens polonais résident de manière permanente dans les autres États membres de l’UE, selon les données de l’Office central des statistiques présentées en février.

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