Frontière polono-biélorusse : prolongation de l’état d’urgence jusqu’en décembre ?

Lors d’une conférence de presse mardi, le ministre de l’Intérieur Kaminski a annoncé qu’« en tant que responsable de la sécurité de notre frontière », il recommanderait au Conseil des ministres de prolonger l’état d’urgence de 60 jours supplémentaires. EPA-EFE/ARTUR RESZKO POLAND OUT

Le Conseil des ministres polonais devrait prolonger aujourd’hui l’état d’urgence instauré il y a un mois dans la bande située près de la frontière avec la Biélorussie. En effet, le Premier ministre Mateusz Morawiecki a étendu l’ordre du jour de la réunion du cabinet de mardi (28 septembre) pour y inclure ce point. Le ministre de l’Intérieur Mariusz Kaminski a par ailleurs annoncé auparavant qu’il déposerait une motion visant à prolonger l’état d’urgence de 60 jours supplémentaires.

Le ministre de l’Intérieur, et coordinateur des services spéciaux, Mariusz Kaminski, a annoncé, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue lundi 27 septembre en présence du ministre de la Défense nationale, Mariusz Blaszczak, et du commandant en chef des gardes-frontières, Tomasz Praga, qu’il recommanderait au gouvernement de prolonger de 60 jours l’état d’urgence le long de la frontière biélorusse. « La pression continue. Nous avons besoin de sentir que notre frontière est protégée », a-t-il expliqué.

Action concrète

« Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a inscrit la question de la prolongation de l’état d’urgence à l’ordre du jour du Conseil des ministres de demain. La situation à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie est toujours très grave et nécessite des mesures spéciales », a écrit un peu plus tard le porte-parole du gouvernement, Piotr Müller, sur Twitter.

« L’état d’urgence ne peut être prolongé qu’une seule fois, avec le consentement du Sejm [chambre basse du Parlement polonais] et pour une période n’excédant pas 60 jours », indique la Constitution. Toutefois, la prolongation maximale de l’état d’urgence pourrait n’être qu’une simple formalité. En effet, le parti PiS au pouvoir ne devrait pas avoir beaucoup de mal à faire passer la prolongation au Sejm, et le président Andrzej Duda, comme l’a dit le président du PiS Jarosław Kaczyński, « n’est pas une personne qui ne peut pas être persuadée ».

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Migration de masse

Lors d’une conférence de presse mardi, le ministre de l’Intérieur Kaminski a annoncé qu’« en tant que responsable de la sécurité de notre frontière », il recommanderait au Conseil des ministres de prolonger l’état d’urgence de 60 jours supplémentaires. « La situation est extrêmement tendue. Il y a des incidents provocateurs impliquant des officiers en uniforme des services biélorusses. Nous avons affaire à un phénomène grave », a souligné le chef du ministère de l’Intérieur.

Selon lui, nous sommes actuellement confrontés au phénomène de migration de masse, et non aux « mouvements de réfugiés ». Mariusz Kaminski a également fait valoir que ceux qui tentent de passer depuis la Biélorussie ne sont pas menacés là-bas. « Ils sont invités par le régime de Loukachenko et utilisés comme une arme pour des raisons politiques », a déclaré le ministre. « Nous ne permettrons pas que notre frontière soit franchie, malgré les diverses provocations des services biélorusses », a-t-il assuré.

Il a également indiqué que plus de neuf mille tentatives de franchissement illégal de la frontière ont été enregistrées depuis août, dont 8 200 ont été déjouées avec succès dans la bande frontalière. « Nous avons environ 1200 migrants illégaux appréhendés. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de documents ou en ont de faux » a informé Mariusz Kaminski, avant d’ajouter que les services « enquêtent sur leur véritable identité et cherchent à savoir s’ils représentent une menace pour notre État ».

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Présentation controversée

Lors de la conférence, des éléments choquants ont également été présentés par les services concernant 50 migrants détenus sur 200 dont les documents avaient déjà été examinés. Des photos de leurs téléphones ont été montrées pour prouver qu’ils étaient liés à des groupes terroristes ou qu’ils avaient commis des crimes. D’autres photos étaient censées être la preuve de leur comportement prétendument déviant (des photos zoophiles et pédophiles ont été montrées, et l’une d’entre elles montrait même le moment de l’exécution).

Parmi les nouveaux arrivants, il est également censé y avoir des personnes ayant une expérience de la formation et du combat, ainsi que des personnes ayant déjà séjourné en Russie. En présentant les images et les noms, les ministres ont toutefois précisé qu’ils ne voulaient stigmatiser personne.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Stanislaw Żaryn, a déclaré lors d’une conférence de presse que, jusqu’à présent, plusieurs centaines de migrants illégaux séjournant dans les centres des gardes-frontières avaient été vérifiés, dont un quart avait participé « à des pratiques illégales » et pouvait avoir des « liens dangereux ». « Les constatations concernant un dixième des personnes arrêtées indiquent des liens possibles avec des organisations terroristes, des infractions criminelles, le trafic d’êtres humains », a déclaré le porte-parole.

« Parmi les migrants, nous avons trouvé des personnes qui avaient une formation au combat et une expérience de l’utilisation d’armes », a ajouté M. Żaryn, tandis que 20 % avaient des liens, souvent de longue date, avec le territoire de la Fédération de Russie. « Les services qui enquêtent sur l’identité et la crédibilité des personnes placées dans des centres surveillés ont également identifié des preuves d’activités pédophiles et des preuves de zoophilie », a-t-il affirmé.

Provocations biélorusses

Le ministre de la Défense, Mariusz Blaszczak, a quant à lui décrit les provocations des officiers du régime d’Aleksandre Loukachenko : « Des coups de feu ont été tirés en l’air, des armes ont été pointées en direction des soldats polonais. Mais les soldats polonais sont des professionnels et ne cèdent pas aux provocations », a-t-il assuré lors de la conférence de presse.

Le ministre a également fait savoir que 2 500 soldats de l’armée polonaise soutiennent chaque jour les gardes-frontières et qu’ils construisent également une clôture le long de la frontière. « Plus de 94 km de clôture verticale ont déjà été érigés, 140 km de clôture horizontale, ainsi que 100 km de filets pour protéger les animaux des mutilations », a précisé le ministre de la Défense.

Dans le même temps, il a assuré qu’il était possible d’augmenter numériquement le soutien militaire « lorsque le besoin s’en fait sentir ». « La frontière polonaise est protégée principalement par les gardes-frontières, mais aussi par l’armée polonaise. En première ligne, il y a les soldats des forces opérationnelles, et en deuxième ligne, les soldats des forces de défense territoriale », a indiqué Mariusz Blaszczak.

D’autre part, sur TVP Info, le ministre de la Défense a souligné que grâce à l’introduction de l’état d’urgence, la frontière polonaise est devenue plus sûre. Il a rappelé que « l’état d’urgence existe également en Lituanie et en Lettonie, et nous utilisons donc les mêmes mesures pour assurer la sécurité ». Il a également fait valoir que «  l’instauration de l’état d’urgence sur la zone frontalière a minimisé la menace de combiner la crise migratoire avec les exercices militaires russes « Zapad », ce qui serait quelque chose de très grave ».

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Selon la même source, la famille irakienne et ses trois enfants restants sont repassés en Pologne le lendemain. “Ils nous ont envoyé leur position GPS pour que nous puissions les localiser. Nous sommes allés dans leur direction avec de la nourriture, des couvertures et une aide médicale de base. Malheureusement, le scénario s’est répété : alors que nous étions à 20 minutes de l’endroit, nous avons reçu un message indiquant qu’ils avaient été encore une fois repoussés vers la Biélorussie”, a-t-elle déclaré au portail Czwarnóg.

Les gardes-frontières polonais n’excluent pas que cette situation ait pu se produire, mais du côté biélorusse. « Veuillez vous renseigner auprès des représentations diplomatiques biélorusses dans notre pays pour plus d’informations concernant cette situation », a-t-elle conseillé à Onet, qui a tenté de clarifier la situation. Depuis le 20 août, date à laquelle le règlement modifié sur le trafic frontalier est entré en vigueur, les services ont le droit de procéder à ce que l’on appelle le « push-back », c’est-à-dire de « repousser » les migrants du côté biélorusse de la frontière.

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