Malgré les désaccords, le gouvernement allemand présente sa nouvelle loi sur l’immigration

De son nom aux mesures qu'il permet, le nouveau paquet législatif allemand sur l'immigration n'a pas été facile à élaborer. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Les grands partis allemands ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur l’immigration. Pour les Verts et les libéraux, le projet de loi ne va pas assez loin. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Les désaccords ont commencé dès le début, avec le nom. Comment les Verts, l’Union chrétienne-sociale (CSU), l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD), les partis au pouvoir, devraient-ils appeler le paquet législatif pour lequel les débats ont commencé le 9 mai ?

Le SPD voulait le qualifier de loi sur l’immigration, mais une grande partie des représentants de la CDU et de la CSU s’y opposent, notamment parce que cela reviendrait selon eux à admettre que l’Allemagne est un pays qui accueille les migrants.

Les désaccords ne s’arrêtent cependant pas là, loin s’en faut. Les partenaires de coalition se sont aussi affrontés sur l’attitude que l’Allemagne devrait adopter vis-à-vis des migrants non européens ou l’allégement du fardeau bureaucratique auquel ils font face, notamment pour la reconnaissance de leurs qualifications professionnelles.

Le compromis auquel ils sont arrivés facilitera un peu l’immigration, mais ne pas autant que ce qu’espéraient les entrepreneurs et associations d’artisans, qui font face à une pénurie de travailleurs qualifiés.

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Les verts mécontents

Au final, la proposition de loi prévoit deux améliorations. Elle facilite l’accès au marché du travail pour les migrants qualifiés issus de pays hors UE. Selon le système actuel, les détenteurs d’un diplôme universitaire peuvent s’installer en Allemagne pour chercher du travail pendant six mois, à condition de subvenir à leurs propres besoins. Ce système sera donc élargi à tous les travailleurs qualifiés.

Par ailleurs, les jeunes issus de pays tiers pourront demander un visa temporaire pour postuler à des formations pratiques, comme les apprentissages. Pour Daniel Thym, spécialiste de l’immigration, estiment cependant que les conditions restent trop restrictives.

Ce visa ne sera en effet délivré qu’aux personnes qui remplissent les conditions propres à l’Allemagne pour accéder à ces postes. « Cela ne fonctionnera que si l’État, avec les entreprises et industries, parvient à attirer des étrangers en Allemagne pour leur formation initiale ou pour des cours de rattrapage », précise-t-il.

Filiz Polat, élu spécialiste de l’immigration pour les Verts, trouve aussi que les avancées sont trop timorées. « C’est une loi sur l’immigration qui ne soutient pas l’immigration », regrette-t-elle. La députée souligne que le système en place a montré les limites de ce cadre. En 2017, par exemple, seules 120 personnes sont entrées dans le pays par ce biais. Même en l’étendant aux non-diplômés, il ne faut donc pas s’attendre à une ruée vers l’Allemagne.

Pour elle, le gouvernement a manqué une belle opportunité : pour une fois, les employeurs, syndicats et associations sociales étaient tous en faveur d’une loi plus moderne. Elle appelle donc à l’instauration d’une « carte talent ». Ce modèle, pensé par les élus verts au Bundestag, permettrait d’allouer des points pour un permis de résidence permanent. Ces points seraient attribués par une commission spéciale en fonction de critères tels que les qualifications, les langues maîtrisées, l’expérience professionnelle, ou encore la volonté de vivre dans des zones rurales.

Seulement 25 000 migrants

Johannes Vogel, porte-parole du Parti libéral-démocrate (FDP) pour le marché du travail, est lui aussi loin d’être satisfait. « Le parlement a attendu plus de six mois pour une proposition. Après un tel délai, nous nous attendions à un meilleur résultat. »

Selon les prédictions des partis de la coalition, les modifications législatives ne suffiraient pas à couvrir la demande allemande de main-d’œuvre qualifiée en Allemagne. Les industries manqueraient en effet de 260 000 travailleurs qualifiés par an. Or, la nouvelle loi n’apporterait que 25 000 travailleurs de plus sur le sol allemand.

« Après des débats longs et tourmentés sur l’immigration dans notre pays », le fait que la CDU, CSU et SPD n’aient pas proposé une réforme sérieuse de l’immigration est particulièrement décevant, selon lui.

Système à points

C’est pourquoi Johannes Vogel appelle à « un grand pas en avant ». Il estime que la carte bleue, qui permet de s’installer en Allemagne, ne doit plus seulement être accessible aux diplômés, mais aussi que des conditions salariales réalistes doivent être adoptées. À l’heure actuelle, la carte bleue n’est délivrable qu’à un diplômé universitaire disposant d’un contrat de travail et d’un salaire brut annuel de minimum 53 600 euros.

Pour lui, l’Allemagne doit se doter d’un système à point, comme le Canada ou la Nouvelle-Zélande, pays qui gèrent bien leur immigration. « Ces pays sont à la pointe en matière de concurrence mondiale pour les talents, nous devrions apprendre de leur exemple », conclut-il.

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