La Hongrie accuse l’UE d’une chasse aux sorcières au sujet des réfugiés

Kovacs [Georgi Gotev]

La Hongrie est convaincue que les institutions européennes sont du mauvais côté de l’histoire dans le contexte de la crise migratoire, selon Zoltán Kovács, porte-parole du gouvernement hongrois.

Responsable de communication aguerri, volontiers provocateur, Zoltán Kovács apprécie les discussions régulières qu’il entretient avec la presse bruxelloise. Début décembre, il a souligné «les mesures efficaces sur le terrain contre la migration illégale ». Autrement dit, une clôture à la frontière et des arrangements avec les pays de l’autre côté pour qu’ils reprennent les migrants.

« Nous pensons toujours que ce que à quoi nous assistons est une crise d’immigration de masse, pas une crise des réfugiés », a-t-il expliqué.

La Hongrie qualifie la crise des réfugiés d’« exode massif »

Les mesures prises par les États pour endiguer la crise des réfugiés sont plus efficaces que celles de la Commission, assure un porte-parole hongrois.

La clôture, les mesures légales et le renforcement du personnel ont permis de ramener les chiffres de l’arrivée quotidienne de migrants proches de zéro, a commenté Zoltán Kovács. C’est simple, poursuit-il, tous ceux qui essayent de franchir la barrière sont appréhendés et renvoyés vers les zones de transits de l’autre côté, où ils peuvent trouver des moyens légaux d’entrer dans l’UE.

Zoltán Kovács a parlé de la « consultation nationale » pour analyser l’opinion publique sur le « projet Soros » qui, selon les autorités de Budapest, vise à persuader l’Europe d’accepter un million de migrants par an et d’abattre les murs anti-migrants érigés par la Hongrie.

Orban lance une consultation anti-européenne en Hongrie

La Hongrie lance son initiative « Let’s stop Brussels » (arrêtons Bruxelles), quelques jours seulement après le retour de son Premier ministre du sommet de Rome. Viktor Orbán compte pourtant parmi les signataires de la déclaration pro-européenne qui y a été adoptée, souligne la Commission.

Selon lui, George Soros a annoncé son projet en juin 2016 lors d’un discours au Parlement européen.

« Ce qui est grave selon nous c’est que le projet de Mr. Soros revient dans un certain nombre de mesures, de propositions, de déclarations ou d’intentions politiques des institutions européennes. La dernière décision en date, renforcée par le vote parlementaire, est la proposition de l’ALDE de renouveler le système de Dublin », a-t-il déclaré.

Au Parlement européen, la proposition de la Commission de réformer le système de Dublin a été assignée à la commission LIBE et à la rapporteure Cecilia Wikström (ALDE, Suède).

Pour Zoltán Kovács, la consultation est une véritable réussite : « Nous avons atteints un plus haut record en termes de nombres de questionnaires renvoyés, nous en avons reçu plus de 2,3 millions jusqu’à présent ».

« C’est une analyse réussie de ce que les Hongrois pensent de la migration illégale », a-t-il déclaré, ajoutant que l’évaluation des formulaires prendrait un certain temps, mais que Budapest serait en mesure d’annoncer les résultats exacts avant Noël.

Le responsable hongrois a fait référence aux interviews récentes données par le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui montrent les divergences insolubles et philosophiques entre ceux qui veulent gérer et institutionnaliser la migration et ceux qui, comme la Hongrie, veulent mettre un terme à la migration illégale aux frontières de l’Europe.

Bruxelles sévit contre trois pays refusant les réfugiés

Après de vaines mises en gardes, Bruxelles s’est résignée à lancer des procédures d’infraction contre la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, pour leur refus obstiné d’accueillir des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce.

« La migration ne va pas contribuer à l’avenir de l’Europe, elle représente au contraire des dangers dont personnes n’a envie de parler », a affirmé le porte-parole.

Il s’est également exprimé sur l’audience publique de la commission LIBE du Parlement européen sur la situation des droits fondamentaux en Hongrie. Selon lui, ce n’est pas une nouveauté. « Ces audiences publiques sont un mélange délicat de chasse aux sorcières et de procès bâclé », auxquelles la Hongrie participe et a son mot à dire.

« Nous ne savons même pas quels sont les sujets, nous n’avons vu aucun programme. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, sera présent et répondra à toutes les critiques possibles. Nous estimons aussi qu’il s’agit là d’une ingérence dans les affaires intérieures du pays et que cela va bien au-delà des compétences des institutions européennes », a commenté le porte-parole du gouvernement.

Juncker condamne la dérive autoritaire de la Hongrie

Le président de la Commission a déploré l’offensive lancée par Viktor Orbán pour fermer l’Université d’Europe centrale et commenté l’initiative « Let’s Stop Brussels » (« arrêtons Bruxelles »).

Interrogé par Euractiv sur la position de la Hongrie vis-à-vis de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen, il a déclaré que la problématique actuelle était de préserver l’espace de libre circulation et non pas de l’étendre.

Avant la crise migratoire, Budapest était un ardent défenseur de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen. Les deux pays sont prêts à rejoindre l’espace européen depuis plusieurs années, mais sont bloqués par un veto de la France, de l’Allemagne et des Pays-Bas.

Pour Zoltán Kovács, la volonté de renforcer les contrôles internes aux frontières n’est qu’une tentative vaine de gérer la situation avec des moyens insuffisants. « Schengen ne peut être protégé que de l’extérieur, pas de l’intérieur. »

À la question de savoir si la Grèce, en tant que membre de l’espace Schengen, représentait un problème, il a répondu : « C’est un problème, car Schengen est l’assurance que les quatre libertés fondamentales sont l’essence de la coopération européenne. Si vous ne respectez pas les critères de Schengen, vous mettez en danger les quatre libertés fondamentales. »

Il a ajouté qu’il ne s’agissait pas d’un problème hongrois, bulgare ou roumain, mais d’un problème européen.