Rome et Athènes fustigent «l’Europe à la carte» en matière de migration

Alexis Tsipras [Daniela Vincenti]

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et le président du conseil italien, Paolo Gentiloni, ont rappelé aux chefs d’entreprise à Davos que la crise migratoire ne pouvait pas être résolue individuellement par les États.

« Il est indispensable de considérer ce problème non pas comme un problème méditerranéen, propre à l’Italie et à la Grèce, mais comme un problème européen et international », a déclaré Alexis Tsipras, au Forum économique mondial.

Les vagues de migrants arrivant en Europe par la mer et par la terre ont perturbé les relations entre États membres depuis 2015.

En décembre, durant le dernier sommet de 2017, les dirigeants européens n’ont pas réussi à s’accorder sur la manière de résoudre la crise des réfugiés, plusieurs États membres d’Europe de l’Est refusant d’en accueillir.

« Beaucoup de chefs d’État de l’UE pensent que si le problème ne se trouve pas dans leur zone, ce n’est pas leur problème », regrette le Premier ministre grec. « S’ils croient qu’ils peuvent avoir une Europe à la carte, c’est un problème pour l’avenir de l’Europe. »

Plus qu’un problème de réfugiés, c’est un problème de migrants économiques, qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée, a pour sa part déclaré Paolo Gentiloni, soulignant que l’UE doit trouver une stratégie durable qui permettra de réduire l’afflux et de désamorcer la bombe à retardement.

Prenant l’exemple du Mexique, casse-tête migratoire permanent pour les États-Unis, le Premier ministre italien a déclaré que l’UE devait s’engager durablement puisque le problème ne serait pas résolu du jour au lendemain.

Transformer l’immigration illégale en légale

Pour Paolo Gentiloni, il devient urgent de définir des politiques qui démantèlent le réseau criminel, mettent un terme à l’immigration illégale et mettent en place un cadre adéquat pour une migration sure et légale.

Alexis Tsipras a fait écho aux propos de Paolo Gentiloni : « le problème n’est pas l’afflux de migrants, le problème est de savoir pourquoi ces personnes ne peuvent pas vivre dans leur pays ».

L’Afrique est déjà le continent le plus jeune sur la planète, avec 60 % de sa population de moins de 25 ans, dont 30 % sont au chômage. Le manque d’opportunités pour les jeunes africains entraine l’immigration illégale et pousse des milliers de personnes à prendre la route de l’Europe à la recherche d’une vie meilleure.

Au vu des prévisions de croissance démographique – le continent africain verra sa population doubler d’ici 2050 selon les estimations de l’ONU – 18 millions d’emplois manquent chaque année.

L’échec de l’aide

« L’aide n’a pas fonctionné », a déclaré Yemi Osinbajo, vice-président du Nigeria, l’un des pays les plus peuplés d’Afrique. « L’Afrique est en train de devenir le choix évident pour l’investissement, mais il n’y a pas de remède miracle », a-t-il ajouté, plaidant pour un véritable partenariat entre l’UE et l’Afrique qui comprendrait un cocktail de solutions centrées sur la création d’emplois et l’investissement.

Certaines solutions anti-immigrations encouragent les jeunes Africains à partir vers l'Europe

La jeunesse africaine occupera une place centrale lors du sommet UE-Afrique. Pour les Européens, le plus important est de mettre en place des accords sur l’immigration avec l’Afrique. Marije Balt estime cependant que les allégations d’esclavage en Libye devraient inciter à la prudence : les solutions rapides pour freiner la migration peuvent avoir un impact grave sur les jeunes Africains.t.

Pour Yemi Osinbajo, l’Afrique n’avait pas besoin d’un plan Marshall, mais d’investissements de qualité qui contribueraient à diffuser le savoir-faire, permettant aux jeunes de devenir entrepreneurs et de prendre leur destin en main.

« La qualité de la coopération est primordiale », a insisté Paolo Gentiloni, dont le pays est le troisième plus gros investisseur en Afrique après la Chine et les Émirats arabes unis. « Nous avons besoin de plus de coopération et d’investissements que d’aide », a-t-il ajouté.

L’UE prendra des décisions sur son prochain budget après 2020 (le cadre financier pluriannuel) tout en négociant le Brexit, donc la rationalisation de l’aide sera bienvenue.

Lors du prochain sommet en février, les dirigeants européens devraient discuter de l’élaboration d’un nouvel instrument financier visant à réduire le nombre de migrants qui arrivent illégalement en Europe.

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