Juncker: «les États membres contribuent trop peu au fonds pour l’Afrique»

Juncker and Tusk on 19 October 2017 [Council]

Après un premier tour de négociations lors du premier jour du Conseil, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a prévenu devant la presse que l’action extérieure de l’UE atteignait ses limites à cause d’un manque de financement.

« Nous atteignons nos limites en ce qui concerne le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique », a déclaré Jean-Claude Juncker le 19 octobre.

« Nous avons commencé à dire que nous verserions 1,8 milliard d’euros de nos poches pour aider l’Afrique, puis nous sommes passés à 2,5 milliards, puis à 3,1 milliards d’euros, avec de l’argent fourni par la Commission en restructurant le budget. Les États membres se sont pour l’instant engagés à verser 175 millions d’euros, ce qui n’est clairement pas suffisant », a-t-il asséné.

Près de 3 milliards d’euros de fonds pour le développement ont été collectés via le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, dans le but de renforcer le contrôle aux frontières, d’améliorer la gestion de la migration, de favoriser la résilience et de créer de nouvelles opportunités d’emplois dans 26 pays africains.

Jean-Claude Juncker a toutefois rappelé que cet argent avait été pris du budget européen existant, et que les experts du développement avaient mis en garde contre le détournement de l’argent du développement dédié à des programmes à long terme pour des mesures ponctuelles pour stopper la migration.

Les chiffres fournis par la Commission parlent en effet d’eux-mêmes. Les pays ont versé beaucoup moins d’argent que promis, et certaines contributions sont même symboliques. Par exemple, l’Allemagne a promis 51 millions d’euros et n’a apporté que 23 millions d’euros, la France n’a promis et versé que 3 millions d’euros. La Belgique a quant à elle promis 6 millions d’euros mais versé que 3 millions d’euros. Quant aux pays de l’Est, ils n’ont dans l’ensemble promis et apporté que des montants minimaux : 50 000 euros pour la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie et la Slovénie et 70 000 euros pour la Hongrie.

Juncker critique la faible solidarité avec l’Afrique des États membres

Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Juncker a rappelé les pays européens à l’ordre sur leur participation au fonds fiduciaire pour l’Afrique, qu’il juge trop faible.

L’Italie est un cas à part. Le pays enregistre la contribution la plus élevée avec 92 millions d’euros pour le moment. Mais c’est aussi le pays qui a dû prendre ses propres mesures pour juguler l’arrivée non contrôlée des migrants.

Les dirigeants européens se sont accordés le 19 octobre à fournir un « soutien plus renforcé » à l’Italie pour son travail.

« Nous avons devant nous une véritable possibilité de fermer la route de Méditerranée centrale », a déclaré le président du Conseil, Donald Tusk, après la discussion des 28 dirigeants à Bruxelles, tout en soulignant la nécessité de réduire le nombre d’arrivées en Italie, depuis l’Afrique et via la Méditerranée.

L’exécutif européen a demandé au Conseil de verser de manière urgente 225 millions d’euros supplémentaires pour les projets liés à la migration en Afrique, qui seront mis en œuvre cette année et en début d’année prochaine.

« Si nous voulons être aussi présents que possible en Afrique – notamment dans le nord du continent – nous devons accroître nos moyens financiers », a déclaré Jean-Claude Juncker.

La Commission a aussi annoncé que 1,6 milliard d’euros seraient dépensés d’ici à la fin de l’année en Turquie. En 2016, l’UE a promis à Ankara 3 milliards d’euros pour l’accueil des réfugiés syriens en échange de la fermeture de la route utilisée par les trafiquants et les passeurs pour faire arriver les migrants en Grèce.

Malgré des relations UE-Turquie assez tendues sur un certain nombre de sujets, la chancelière allemande Angela Merkel a remercié Ankara pour son accueil des réfugiés syriens et a déclaré que l’UE devrait collecter 3 milliards supplémentaires à cette fin.

« Nous avons promis 3 milliards d’euros supplémentaires aux 3 milliards auxquels nous nous sommes déjà engagés. Nous devons respecter cette promesse », a-t-elle annoncé. « Cet argent aide les réfugiés qui vivent dans des conditions très difficiles. Une fois de plus, la Turquie fait un travail remarquable dans cette situation. »

L’Allemagne piégée par l’accord UE-Turquie

Angela Merkel défend toujours l’accord sur les réfugiés, malgré une opposition croissante aux niveaux national et européen. Un article d’Euractiv Allemagne.