La crise de nerfs de l’Allemagne et de l’Italie sur les migrants risque de bloquer le Conseil européen

Merkel, May et Macron discutant de l'Iran, le 19 octobre. Capture d'écran EBS

Les crises politiques en Italie et en Allemagne cristallisent le débat sur la question migratoire. Un débat qui pourrait occulter les autres enjeux du conseil européen qui se tient jeudi 28 et vendredi 29 à Bruxelles.

Migrants, réfugiés et frontières. Le menu du Conseil européen a beau être chargé, la question des migrations risque d’occulter les  autres tant l’enjeu s’est hissé en haut de l’agenda politique ces dernières semaines. Non pas que la crise des migrants batte son plein : tous les experts s’accordent à dire que la crise de 2015-2016, qui a vu un afflux massif de réfugiés surtout en provenance de Syrie ou d’Afghanistan arriver en Europe, touche à sa fin. « On est face à une crise de nerfs, pas une crise migratoire», résume Yves Bertoncini du Mouvement européen.

Le nombre d’entrées en 2018 sur le territoire européen a fortement chuté. «Les controverses des dernières semaines sont liées à des tensions politiques en Allemagne et en Italie. Mais le débat a été relancé et permet de poser des questions de fond», souligne l’Elysée.

La politique allemande risque de faire trébucher la réforme de la zone euro

France et Allemagne se retrouvent le 19 juin à Berlin pour un sommet préparatoire au Conseil européen de la fin du mois. Les deux pays conservent des positions divergentes sur l’économie.

 

La pression que la CSU met sur le gouvernement allemand pour durcir la politique migratoire, et renvoyer des migrants dans leur pays de première entrée contre de l’argent, est largement responsable de cette situation. Or cette hypothèse serait possible selon l’article 36 du règlement de Dublin, qui prévoit la mise en place éventuelle d’accords bilatéraux. La France a déjà un accord bilatéral avec l’Italie, et l’Allemagne voudrait s’en inspirer et aller plus loin. Le Conseil pourrait donc statuer sur ce sujet, sans pour autant finaliser la réforme tant attendue de ce règlement de Dublin obsolète, faute de consensus.

La France rejette les propositions les plus radicales émises dimanche lors du mini-sommet migration, dont l’idée d’organiser des camps de réfugiés dans des pays tiers plutôt que dans des pays européens, ce qui serait « contraire à nos valeurs » assure une source élyséenne. En revanche, l’hexagone veut remettre sur la table l’idée des « hotspots », ou centres de rétentions fermés pour les migrants, à  l’image de ceux organisés en 2016 en Grèce et en Italie, quand bien même la distinction avec les centres hors UE semble mince.

Un programme économique très allégé

Au rang des grandes réformes macroéconomiques, la moisson du sommet risque également d’être décevante pour la France qui avait fait de son budget de la zone euro une  « ligne rouge ».

Budget propre ou fin de la zone euro : l'ultimatum de la France à l'Allemagne

La zone euro ne survivra pas à l’absence de réforme assure le ministre de l’Economie français, faisant monter la pression sur l’Allemagne à quelques semaines d’un Conseil européen crucial.

Le sujet sera abordé vendredi matin, à 27, notamment parce que certains sujets concernent les 27 comme l’union bancaire. La création d’un budget de la zone euro indispose certains pays, si l’on en croit l’email commun envoyé par le ministre des Finances néerlandais ainsi que 11 autres ministres des Finances européens à Mario Centeno, président de l’eurogroupe.

Parmi les pays en question, on retrouve les pays baltes, mais aussi le Danemark et la Suède qui ne sont pas dans l’euro et n’ont donc rien à en dire, souligne l’Elysée, qui insiste aussi sur le caractère informel de cet email, et sur le fait que les chefs d’Etat n’ont pas les mêmes positions que leurs ministres des Finances. Il reste certain que le sujet arraché de haute lutte à l’Allemagne ne fait pas consensus.

Dans la dernière proposition de conclusions du Conseil en circulation, la question n’est pas évoquée.

Pour désamorcer les oppositions, le président Emmanuel Macron doit rencontrer le Premier ministre autrichien, Sebastien Kurz, jeudi, alors que l’Autriche prend la présidence tournante du Conseil de l’UE le 1er juillet. Il rencontrera également avant le début du sommet les pays de Visegrad.

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