La Turquie compte laisser la porte de l’UE ouverte aux migrants

[EPA-EFE/PAVEL GOLOVKIN / POOL]

Pour démontrer son sérieux à Bruxelles, le président turc Recep Tayyip Erdogan a répété mercredi 11 mars que les frontières vers l’UE resteraient ouvertes, afin de laisser passer les nombreux réfugiés présents en Turquie. Un article de notre partenaire, Euroefe.

« Nous ne voulons pas retenir [les personnes] désireuses d’aller en Europe. Cela fait neuf ans que nous les nourrissons et les habillons. Aujourd’hui, ils veulent se rendre en Europe et nous n’allons pas les en empêcher. [L’UE] pensait que je plaisantais — c’est ce qu’on va voir », a affirmé le président turc dans une déclaration retransmise par la chaîne CNNTürk.

Lundi 9 mars, le dirigeant s’est rendu à Bruxelles pour clarifier les modalités d’application de l’accord d’Ankara, en vertu duquel la Turquie s’est engagée à garder les demandeurs d’asile en l’échange d’une aide européenne de six milliards d’euros.

Recep Tayyip Erdogan a annoncé que la frontière turque resterait ouverte jusqu’à ce que Bruxelles « fasse avancer les négociations [d’adhésion de la Turquie à l’UE], notamment en ce qui concerne la liberté de circulation, et une fois que les traités douaniers et l’aide financière auront été revus ».

Cette décision du président turc précède la réunion qu’il tiendra à Istanbul le 17 mars prochain avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron. Les trois chefs d’État doivent y aborder la crise des réfugiés provoquée par la guerre en Syrie, ainsi que la décision d’Ankara d’ouvrir ses frontières.

Le président turc attendu à Bruxelles pour aborder la question des migrations

Le président turc est attendu lundi à Bruxelles, où il doit aborder la question migratoire avec les dirigeants de l’Union européenne, alors que des États membres « volontaires » envisagent de prendre en charge 1 500 enfants migrants bloqués sur les îles grecques.

Le gouvernement grec comparé aux nazis

En outre, Recep Tayyip Erdogan critique les pratiques de la police grecque — qui fait usage de gaz lacrymogènes depuis plusieurs jours pour repousser les migrants — et va jusqu’à comparer la Grèce au régime nazi d’Hitler.

« C’est un acte barbare d’ouvrir le feu sur des innocents sans raison. Ils sont victimes d’une série de traitements inhumains, qui vont du gaz lacrymogène à l’eau bouillante ». « Il n’y pas de différence entre les scènes à la frontière grecque et les [crimes perpétrés] par les nazis », affirme le président turc.

Mardi 10 mars, le gouvernement turc a annoncé vouloir réformer l’accord d’Ankara sur la prise en charge des migrants, signé en 2016 avec l’UE. Recep Tayyip Erdogan souhaite l’adapter à la situation actuelle, marquée par le conflit en Syrie qui a poussé plus de trois millions de réfugiés à trouver asile en Turquie.

Les relations entre Ankara et Bruxelles se sont intensifiées depuis l’ouverture des frontières turques vers l’UE il y a une dizaine de jours — un acte de vengeance posé par Recep Tayyip Erdogan, lassé du manque de soutien européen à la présence militaire turque en Syrie et dans le cadre de la gestion de la crise migratoire.

Des garde-côtes grecs tentent de faire couler une embarcation turque

Un autre incident a jeté de l’huile sur le feu dans la nuit du mercredi 11 mars, lorsque des garde-côtes  turcs onttenté de couler une embarcation grecque, ont affirmé les garde-côtes grecs dans un communiqué.

Selon ces derniers, la barque turque serait « volontairement » entrée en collision avec le bateau des garde-côtes grecs pour le renverser, alors qu’ils patrouillaient à proximité de l’île de Kos, à la frontière maritime entre les deux pays.

Heureusement, l’altercation n’a provoqué que de légers dégâts matériels et n’a pas fait de blessés.

Bien qu’une tension permanente règne entre les garde-frontières grecques et turques à la frontière terrestre depuis son ouverture par Ankara à fin février, c’est la première fois qu’un incident se produit avec des garde-côtes à la frontière maritime depuis le début de la crise migratoire.

La Turquie accusée de vouloir provoquer une crise en mer Égée

« Une fois de plus, la Turquie viole impunément le droit international. Son objectif est clair : provoquer une crise en mer Égée », a soutenu le ministre grec de la Marine marchande, Yannis Plakiotakis, à la suite de faits.

En comparaison, la situation reste relativement calme à la frontière délimitée par le fleuve Evros.

Le gouvernement grec affirme que seule l’une des 473 personnes ayant tenté de traverser la frontière illégalement ces 24 dernières heures a été arrêtée.

Au total, depuis l’ouverture des frontières turques le 28 février — une décision reconfirmée par le président du pays mercredi 11 mars —, les autorités grecques déclarent avoir recensé 43 397 tentatives de passage et 346 arrestations.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, un conservateur, a doublé le nombre de patrouilles présentes à la frontière avec l’aide de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex.

Le bras de fer entre la Turquie et l’UE se poursuit sur les migrations

À Bruxelles, le président turc a tenté de convaincre les Européens de revoir l’accord sur l’accueil des migrants mais les dirigeants de l’UE l’ont exhorté à respecter les termes de l’accord de mars 2016. Un article de notre partenaire Ouest-France.

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