L’action militaire au Sahel divise l’Allemagne

Annegret Kramp-Karrenbauer, ministere de la défense allemande EPA-EFE/CLEMENS BILAN

L’Allemagne a réaffirmé sa volonté d’assumer plus de responsabilité militaire dans la région du Sahel face à la menace jihadiste, comme la France l’y invite, mais le sujet divise profondément le gouvernement d’Angela Merkel.

L’Allemagne a réaffirmé sa volonté d’assumer plus de responsabilité militaire dans la région du Sahel face à la menace jihadiste, comme la France l’y invite, mais le sujet divise profondément le gouvernement d’Angela Merkel.

« La stabilité de cette région constitue un facteur essentiel de notre propre sécurité en Europe et nous observons avec inquiétude la détérioration continue de la situation sur place» , a déclaré une porte-parole de la chancelière allemande, Ulrike Demmer, lors d’un point de presse à Berlin.

Elle a rappelé qu’aux yeux d’Angela Merkel l’Allemagne « voulait et devait assumer davantage de responsabilité sur place» .

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Concrètement, la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente du parti conservateur d’Angela Merkel, a plaidé au cours en faveur d’un mandat renforcé de l’armée allemande dans la partie sud du Sahara.

Elle a pris l’exemple de la France « qui est impliquée sur place avec un mandat beaucoup plus robuste»  que celui de l’armée allemande, cantonnée pour l’heure essentiellement au Mali à des missions de formation et de surveillance, et sous contrôle étroit des parlementaires allemands.

Dans le même temps, Angela Merkel et son camp conservateur doivent composer avec le pacifisme traditionnel de l’opinion nationale, fortement ancré depuis la Seconde guerre mondiale, et celui de leur partenaire social-démocrate au sein de la coalition.

« Nous n’accepterons aucune offensive militaire mal préparée et pas de redéfinition par le ministère de la Défense de la politique étrangère allemande» , a ainsi prévenu la nouvelle présidente du parti social-démocrate (SPD), Saskia Esken, qui prône un virage à gauche du mouvement, dans une interview dimanche.

Résultat de ces frictions: le gouvernement allemand vient de révéler avoir déjà refusé à deux reprises des demandes françaises d’envoi de forces spéciales, dans le cadre d’un projet de renforts européens pour encadrer la fragile armée malienne.

« Le ministère de la Défense a répondu négativement à des demandes de la France de soutien pour la mise en place d’une unité de forces spéciales (Combined joint special operations task force, CJSOTF), également adressées à d’autres pays européens, a indiqué le gouvernement dans une réponse parlementaire écrite, obtenue lundi par l’AFP.

Le ministère dresse un tableau particulièrement sombre de la situation au Sahel, région « menacée par les groupes jihadistes et la criminalité organisée» .

Paris a appelé de ses voeux l’envoi de telles forces spéciales européennes au Sahel pour épauler les efforts des 4.500 militaires français de l’opération Barkhane.

Pour la France, dont l’armée est présente au Sahel depuis 2013, l’enjeu est d’aider à une montée en puissance des armées malienne, nigérienne et burkinabé face aux attaques jihadistes, préalable à un éventuel retrait de Paris.

La France s’est déjà à plusieurs reprises plainte du manque d’engagement militaire à ses yeux de ses partenaires européens au Sahel.

L’armée allemande est présente au Mali, d’une part avec 350 soldats dans le cadre d’une mission de l’Union européenne de formation des soldats maliens. Elle contribue surtout à hauteur de 1.100 soldats environ à la mission locale de stabilisation du Mali de l’ONU (Minusma).

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