L’aide aux réfugiés ukrainiens pourrait éclipser les autres crises

Un des points de passage de la frontière entre la Pologne et l'Ukraine à Dorohusk, en Pologne, le 24 février 2022. [EPA-EFE/WOJTEK JARGILO POLAND OUT]

On craint de plus en plus que les dépenses des États européens destinées à faire face à la crise humanitaire résultant de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne se fassent au détriment d’autres crises qui ont lieu ailleurs dans le monde.

L’ONG Oxfam a averti vendredi dernier (18 mars) que certains gouvernements prévoient de réaffecter des fonds d’aide destinés à d’autres crises pour financer le soutien aux Ukrainiens.

« Nous devons éviter que certains pays riches finissent par dépenser leurs budgets d’aide au niveau national », a déclaré Evelien van Roemburg, responsable du bureau européen d’Oxfam. Elle a fait remarquer que seuls 3 % des fonds ont été versés jusqu’à présent à l’appel de 6 milliards de dollars lancé par les Nations Unies pour soulager la famine généralisée qui sévit actuellement en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud.

L’année dernière, l’ONU a révélé qu’elle avait du mal à réunir suffisamment de fonds auprès des donateurs pour financer les opérations d’aide humanitaire au Yémen et en Syrie, déchirés par la guerre.

« Les populations du Yémen et de la Syrie, les millions de personnes qui souffrent […] de la faim en Afrique de l’Est et de l’Ouest, celles qui se trouvent encore dans des camps au Bangladesh et ailleurs, celles qui sont le plus durement touchées par la Covid et le changement climatique, ne doivent pas être pénalisées et payer le prix de notre devoir de protection envers le peuple ukrainien », a indiqué Mme van Roemburg.

L’ONG a également noté que l’Union européenne a réduit de plus de moitié son financement humanitaire au Timor-Oriental, par exemple, et que certains donateurs ont indiqué qu’ils allaient réduire de 70 % leur aide publique au développement (APD) au Burkina Faso, ajoutant que d’autres pays d’Afrique de l’Ouest avaient reçu des nouvelles similaires.

Si les organismes d’aide ont généralement salué les efforts déployés par de nombreux pays européens pour offrir un abri aux réfugiés ukrainiens ainsi que pour leur avoir permis de bénéficier d’un statut sans visa, des questions se posent quant aux coûts à long terme de cette aide. Les budgets d’aide nationale dans la plupart des États membres de l’UE subissent des restrictions, les gouvernements cherchant à limiter les dépenses à la suite des déficits budgétaires accrus résultant de la pandémie de Covid-19.

Le commissaire européen chargé de la Gestion des crises, Janez Lenarčič, a estimé que plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens pourraient arriver dans l’UE. Le commissaire a confié à EURACTIV plus tôt ce mois-ci que plusieurs États membres ont fait des demandes d’aide financière pour les aider à fournir aux réfugiés des abris temporaires ainsi qu’une aide et des équipements médicaux.

Le Center for Global Development, un groupe de réflexion basé aux États-Unis, a évalué que l’accueil et l’intégration des réfugiés ukrainiens pourraient coûter aux pays d’accueil environ 30 milliards de dollars rien que la première année.

En attendant, les définitions vagues de ce qui peut être considéré comme de l’APD ont déjà permis aux pays donateurs de faire preuve de créativité dans leur comptabilité. En 2015, lorsque deux fois moins de réfugiés étaient arrivés en Europe depuis la Syrie et au-delà, les pays donateurs avaient décidé de comptabiliser 11 % (soit 15,4 milliards de dollars) de leurs engagements d’aide publique au développement pour leur prise en charge.

En effet, selon les règles du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les coûts associés à la prise en charge des demandeurs d’asile — tels que la nourriture ou encore le logement — peuvent être comptabilisés comme de l’APD pendant maximum un an après l’arrivée des réfugiés. Cela signifie que cette partie des engagements d’aide au développement a été utilisée dans les pays donateurs européens, qui sont ainsi devenus les premiers destinataires de leur propre APD.

L’UE propose de mobiliser des fonds pour aider les réfugiés ukrainiens

La Commission européenne a adopté une proposition d’action de cohésion pour les réfugiés en Europe (CARE) qui permettrait aux pays et régions de l’UE de fournir une aide d’urgence aux réfugiés ukrainiens.

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