L’aide française contre l’immigration divise au Niger

Mahamadou Issoufou, le président nigérien, et Federica Mogherini. [European External Action Service/Flick]

Le gouvernement du Niger, sur la même longueur d’ondes que la France et l’Europe sur la lutte antijihadiste et l’immigration, doit composer avec une opinion publique parfois hostile sur ces sujets sensibles.

Le président Emmanuel Macron devra se montrer convaincant pour séduire les 20 millions d’habitants de cette ancienne colonie française, qui fait partie des pays plus pauvres du monde, malgré des ressources minières importantes, dont l’uranium.

« La France obtient tout ce qu’elle veut et qu’est-ce que le Niger gagne? Les rapports sont toujours à l’avantage de la France. Elle est bien installée militairement et siphonne son uranium », estime le professeur Yahaya Issoufou, historien et politologue à l’université de Niamey qui accuse la France d’un « néo-colonialisme très fort ».

« C’est toujours la déception du fait qu’on continue à être exploités par Areva. Areva est le numéro 1 mondial du nucléaire et le Niger est dernier mondial en terme de pauvreté », accuse Ali Idrissa, figure de la société civile, alors que de nombreux Nigériens semblent voir un lien caché entre l’armée française et l’uranium.

C’est « un mythe » qui alimente les « fantasmes » en raison de « l’énergie nucléaire et l’arme atomique », rétorque le ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum. « Dans la réalité, le cours a chuté et on n’exploite pas l’uranium autant qu’on le voudrait », précise-t-il, niant tout lien entre uranium et armée étrangère.

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Là où la France et l’Europe semblent voir des évidences, la perception de la lutte antijihadiste n’est pas aussi claire au sein de l’opinion. La présence militaire française et américaine est vécue comme une perte de souveraineté, voire comme la cause des attaques récurrentes.

« Pour moi, il n’y a pas de doute que l’installation des bases militaires étrangères est l’aliénation de la souveraineté de notre pays. Nos militaires sont vaillants et aguerris, il faut juste les doter des moyens adéquats pour en découdre avec les terroristes », estime Moussa Siddo, mécanicien à Niamey.

« Ces pays nous aident. Nous avons des moyens limités. Ce n’est qu’une petite partie de la population qui ne comprend pas cela », assure le ministre de l’Intérieur, qui souligne que la présence des soldats étrangers est « discrète ».

Combat « pour le monde entier »

Contrairement à la Côte d’Ivoire ou au Gabon, par exemple, où les militaires français sont visibles en uniforme hors de leurs bases, il est rare au Niger de voir un soldat français en public.

Paris comme Niamey poussent à l’émergence de la force antijihadiste G5-Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie) qui doit à terme compter 5.000 hommes et aura la possibilité de s’affranchir des frontières. C’est « une bonne réponse aux questions sécuritaires » d’un point de vue opérationnel, selon le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, mais aussi un plus au niveau politique.

Le président Macron, qui n’a de cesse d’appeler à l’accélération de la mise en place du G-5 devrait une nouvelle fois aborder le sujet, alors que le budget de la force reste à boucler.

« Le combat que nous faisons dans le Sahel, nous le faisons aussi pour l’Europe, pour le monde entier », a rappelé à l’AFP le président nigérien Mahamadou Issoufou.

Paris et Bruxelles considèrent aussi le Niger comme un pays clé sur une de leurs principales préoccupations: le contrôle des flux migratoires. Agadez, la grande ville du nord du Niger, aux portes du Sahara, est la principale plaque tournante du trafic d’êtres humains voulant gagner l’Europe via la Libye voisine.

Fort d’un soutien financier français et européen sur le dossier, Niamey s’est mis à lutter contre les passeurs, démantelant certaines filières sans parvenir toutefois à assécher le flot de clandestins.

Là aussi, ce qui parait clair d’un côté de la Méditerranée ne l’est pas autant au Sud. La répression est très impopulaire dans les régions où des milliers de personnes vivaient directement ou indirectement du passage des migrants.

« C’est vrai que nous avons mécontenté des gens à Agadez ou Dirkou (nord-est). Nous avons confisqué une centaine de véhicules, mis des gens en prison », admet Mohamed Bazoum. « Mais il y a des mesures d’accompagnement, des subventions » pour la reconversion et la réinsertion.

Le ministre souligne aussi que le trafic de clandestins était souvent lié à celui de la drogue ou des armes.

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