L’Autriche insiste pour exiler la politique d’asile

epa06591285 Austrian Minister of the Interior Herbert Kickl speaks during a joint news conference with his Hungarian counterpart Sandor Pinter (unseen) following their meeting in Pinter's office in Budapest, Hungary, 09 March 2018. EPA-EFE/ZSOLT SZIGETVARY HUNGARY OUT

Le ministre de l’Intérieur autrichien Herbert Kickl défend la mise en place de camps de réfugiés hors d’Europe, dans lesquels seraient traitées les demandes d’asile.

La ligne dure autrichienne sur la politique migratoire se confirme. Le ministre de l’Intérieur autrichien Herbet Kickl a lors d’une conférence de presse réitéré l’orientation prônée par l’Autriche dans un document de travail confidentiel révélé par le quotidien Le Monde le 4 juillet. Au programme, l’Autriche souhaite pousser pour une externalisation de la politique d’asile européenne. Au point qu’il ne serait plus possible de déposer une demande d’asile sur le sol européen.

L’Autriche envisagerait de supprimer le droit d’asile sur le sol européen

Selon un article du Monde, l’Autriche, à la tête de la présidence tournante du Conseil de l’UE, a fait part cette semaine aux Etats membres de propositions inquiétantes pour le droit d’asile.

« Ce serait un projet », a déclaré le ministre issu du FPÖ, parti autrichien d’extrême droite, lors d’une conférence de presse mardi 10 juillet, selon l’AFP. Selon le modèle défendu par l’Autriche, les demandes d’asile seraient traitées « par une sorte de commission mobile » dans des camps de réfugiés situés hors d’Europe. Une exception serait prévue pour les exilés originaires de pays voisins directs de l’UE, qui pourraient déposer une demande d’asile sur le territoire d’un État membre.

S’ajouteraient également à court-terme des « centres de retour », placés dans des États volontaires hors de l’Union européenne, et vers lesquels seraient redirigés les demandeurs d’asile dont la demande n’aurait pas abouti, mais qui ne pourraient rejoindre dans l’immédiat leur pays d’origine. Plusieurs pays africains ont déjà exprimé leur refus de mettre en place des « plateformes de débarquement » de migrants sur leur territoire, idée avancée également dans les conclusions du Conseil européen des 28 et 29 juin.

Les leaders africains rejettent l'idée des plateformes migratoires

Les leaders africains ont exprimé leur opposition à l’idée européenne de créer des  « plateformes de débarquement » de migrants sur leur territoire, lors du Sommet de l’Union africaine.

Selon le ministre de l’Intérieur autrichien, de tels centres externes de traitement des demandes d’asile ne contredisent pas le droit international en particulier la Convention de Genève, qui définit le statut de réfugié. « Je ne vois nulle part dans ce texte que l’Europe doit être responsable des demandes d’asile de personnes venant de régions éloignées de milliers de kilomètres », a déclaré Herbet Kickl selon l’AFP.

Alors que les négociations patinent sur la réforme du système de Dublin, qui définit entre autres quel État membre est responsable du traitement des demandes d’asile, l’Autriche devrait défendre ses propositions devant les ministres de l’Intérieur des autres États membres qui se réunissent ce jeudi (11 juillet) à Innsbruck, dans le sud du pays. Des réunions bilatérales sont également prévues entre les ministres allemand, autrichien et italien, précise l’AFP.

Pour les associations de défense des réfugiés, cette externalisation de la politique migratoire européenne comprend des risques. Si La Cimade la condamne comme « vieille recette », l’ONG France Terre d’asile a estimé après l’épisode de l’Aquarius « qu’il faut (….) que l’Europe travaille avec les pays tiers, voisins des pays d’origine, ou de transit » sans aller pour autant vers une externalisation totale.

« Nous devons savoir voir les limites de cette politique [d’externalisation] qui peut être, pour le droit d’asile, la meilleure ou la pire des choses comme on a commencé à le voir en 2016 avec l’« accord » UE-Turquie. Comme on le voit aujourd’hui avec l’externalisation totale proposée par certains », poursuit l’ONG dans un communiqué, dans lequel elle estime également que cette orientation serait « vaine, car il se trouvera peu de pays tiers pour y coopérer volontairement », et que « l’Europe ne peut pas vouloir un tel reniement. »

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