L’Autriche ne veut pas du Pacte mondial pour les migrations

Sebastian Kurz [@EPA-EFE/OMER MESSINGER]

Vienne va se retirer du Pacte mondial pour les migrations, craignant que ce dernier n’entérine la migration comme un droit humain. Un article d’Euroefe.

« Pour nous, il est important que l’Autriche ne s’engage pas dans un droit international coutumier, c’est pourquoi nous avons décidé de ne pas adhérer au pacte », a déclaré le 31 octobre le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

Par conséquent, l’Autriche ne sera pas présente lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement pour adopter le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, qui aura lieu les 10 et 11 décembre au Maroc.

Le pacte a été approuvé en juillet dernier par les 193 membres des Nations unies à l’exception des États-Unis, qui se sont rétractés l’année dernière. « Nous nous abstiendrons lors du vote de l’Assemblée générale en 2019 », a ajouté le chancelier autrichien.

Pas d’engagement sur la migration

Vienne va donc suivre le chemin ouvert par les États-Unis, dont le président, Donald Trump, a annoncé en décembre 2017 qu’il se retirait du Pacte mondial alors que l’administration Obama s’était engagée à y participer.

La Hongrie – menée par un Premier ministre intransigeant sur l’immigration – a fait de même en annonçant en juillet dernier qu’elle ne signerait pas le pacte en décembre.

Bien que le pacte ne soit ni contraignant et qu’il n’établisse pas non plus un droit à la migration, le chef du gouvernement autrichien craint l’engagement qui découlera de la signature de ce pacte.

Crainte sur la souveraineté nationale 

« Nous voyons certains points d’un regard critique, car ils pourraient menacer notre souveraineté nationale », a-t-il souligné avant une réunion de son gouvernement, formé par son parti, le Parti populaire (ÖVP) et par l’extrême droite du FPÖ, le parti de la liberté d’Autriche.

Parmi ses critiques du document de l’ONU, il a fait référence à des passages qui pourraient limiter les activités des forces de sécurité pour renvoyer les migrants. Il craint également des « idées qui pourraient conduire à une absence de différenciation entre l’immigration légale et illégale, la migration des travailleurs et l’asile ».

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« L’immigration ne peut pas être un droit humain »

Heinz-Christian Strache, vice-chancelier d’extrême droite (FPÖ), a quant à lui soutenu que certains éléments de l’accord étaient complètement contraires aux positions du FPÖ et à l’accord de coalition du gouvernement, conclu suite aux élections d’octobre 2017 après une campagne xénophobe centrée sur la lutte contre l’immigration.

« L’immigration n’est pas et ne peut pas être un droit humain », a martelé le responsable politique d’extrême droite. « Nous ne pouvons pas instaurer un droit de migrer pour des raisons climatiques ou de pauvreté, sinon nous aurions dans ce monde une situation qui ne serait pas compatible avec une politique réaliste. »

Sebastian Kurz a confirmé que la décision officielle de sortir du pacte international serait validée le 31 octobre par le Conseil des ministres, et que Vienne enverrait aux Nations unies une explication officielle.

Bruxelles regrette le retrait de l’Autriche

La Commission européenne a dit regretter la décision de l’Autriche de se retirer du Pacte mondial sur la migration, et a contacté le gouvernement de ce pays pour lui demander plus de détails sur cette annonce.

« Nous regrettons la décision prise par le gouvernement autrichien. Nous continuons de croire que l’immigration est un défi mondial auquel il faut trouver des solutions mondiales, et que seul le partage de responsabilité apportera des résultats, a déclaré Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission.

Elle a rappelé que l’Autriche avait eu un rôle « clé et extrêmement important » lors des négociations pour l’élaboration technique du pacte, qui avait toutefois eu lieu sous le gouvernement socialiste précédent.

Pour sa part, la porte-parole des affaires extérieures de la Commission, Maja Kocijancic, a répété qu’il s’agissait d’un document non contraignant visant à stimuler la coopération internationale, et non pas à créer des règles ou imposer des lois.

« Nous continuerons à soutenir le Pacte mondial, nous regrettons le changement de position de l’Autriche et cherchons en ce moment à obtenir plus de détails sur leur décision », a-t-elle signalé.

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