Le débat sur les réfugiés s’envenime entre l’Italie et la Commission

Les migrants coincés sur le Diciotti en port de Catane ont été secourus par l'Albanie, l'Irlande et le Vatican.

Le commissaire européen à la migration estime que les attaques de l’Italie contre l’UE, qu’elle accuse d’absence de solidarité dans la gestion des migrants, reviennent à « se tirer une balle dans le pied ». Le Vatican, l’Albanie et l’Irlande sont quant à elles venues en aide aux réfugiés coincés dans le port de Catane.

« Je pense que les hommes politiques de votre pays devraient comprendre que vous n’êtes pas seuls en ce moment, que l’Europe cherche à vous aider. Au contraire, qui attaque l’UE se tire une balle dans le pied », a estimé le commissaire européen à la migration, Dimitris Avramopoulos, dans une interview publiée dimanche par le quotidien La Repubblica.

Les hommes forts du gouvernement italien, Matteo Salvini, chef de la Ligue (extrême droite) et Luigi Di Maio, chef du Mouvement 5 étoiles (antisystème), menacent depuis plusieurs jours l’UE de représailles, essentiellement sur le plan de la participation italienne au budget communautaire en raison de l’affaire des migrants sur le Diciotti.

Environ 150 migrants sont restés bloqués pendant des jours sur le navire des garde-côtes italiens Diciotti dans le port sicilien de Catane, aucun pays européen n’ayant accepté de les accueillir. Seuls 27 mineurs non accompagnés avaient été autorisés à descendre à terre mercredi et, avant cela, 13 autres personnes nécessitant une hospitalisation d’urgence.

Les migrants ont finalement débarqué dans la nuit de samedi à dimanche à la suite de l’accord de l’Église italienne, de l’Albanie et de l’Irlande de se les répartir. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a précisé samedi que l’Albanie, qui ne fait pas partie de l’union, avait proposé d’accepter 20 migrants et l’Irlande 20 à 25, tandis que les autres seraient logés par l’Église catholique « sans frais » pour le contribuable italien.

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Pas de solution spécifique pour chaque bateau

« La Commission dit clairement ‘non’ aux menaces, elles sont inacceptables. Tous les gouvernements sont tenus de respecter les obligations qui découlent de l’appartenance à l’UE’, a poursuivi Dimitris Avramopoulos. « Nous ne pouvons pas aller de l’avant avec des solutions ad hoc pour chaque navire. Le phénomène migratoire ne s’arrêtera pas rapidement donc nous devons le gérer tous ensemble comme une unique famille européenne. »

Dimanche à Bruxelles, le commissaire a salué le débarquement des migrants qui se trouvaient à bord du Diciotti, rappelant encore une fois que l’UE « a besoin de mesures structurelles » pour gérer les questions liées à l’immigration.

Luigi Di Maio, également vice-Premier ministre, comme Matteo Salvini, est cependant monté au créneau une nouvelle fois dimanche, réitérant ses menaces à l’UE.

« Dans la programmation européenne [des fonds communautaires, ndlr] l’Italie a le droit de mettre son veto, car elle a le droit d’être écoutée. Si leur système de solidarité fonctionne comme ça [comme dans le cas du Diciotti, ndlr] nous ne donnerons plus un euro à l’UE », a-t-il dit dans une interview télévisée.

« Les bureaucrates européens doivent prendre conscience qu’ils ont les heures comptées, aux prochaines élections européennes ils seront balayés. Ce sera un séisme encore plus fort que les élections italiennes du 4 mars » qui ont vu la victoire des antisystème, a-t-il ajouté.

Enquête ouverte contre Salvini

Matteo Salvini, qui a lancé une politique contre l’immigration dès son arrivée au pouvoir, a également annoncé qu’il faisait l’objet d’une enquête de la part d’un procureur en Sicile pour abus de pouvoir, enlèvement et arrestation illégale.

« Faire l’objet d’une enquête pour avoir défendu les droits des Italiens est une honte », a déclaré le ministre qui s’exprimait lors d’un rassemblement de ses partisans à Pinzolo, dans le nord de l’Italie.

Luigi de Maio rejette aussi cependant les critiques qui l’accusent de jouer avec la vie des migrants pour gagner des points en politique.

« Nous ne faisons pas de la politique sur la peau des migrants. Quand un autre navire arrivera, nous les aiderons, comme toujours, mais d’autres pays devront nous donner un coup de main », a-t-il dit, sans préciser s’il pensait à des États membres de l’UE.

La semaine dernière, l’ONU avait déjà accusé les Européens de prendre les migrants en otage. « Des personnes effrayées qui pourraient avoir besoin d’une protection internationale ne devraient pas être prises dans le tourbillon de la politique », estimait dans un communiqué le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le HCR a appelé les Européens à s’entendre « en urgence » sur une relocalisation des migrants, comme il s’y étaient engagés lors d’un sommet en juin, et le gouvernement italien à autoriser « le débarquement immédiat de ceux qui sont à bord ».

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Laurent Wauquiez a plaidé dimanche pour une « refondation totale » de la politique migratoire européenne et pour la fermeture de tous les ports aux embarcations secourant des migrants.

« Nous ne devons plus laisser ces bateaux accoster dans les ports européens », a déclaré le président des Républicains lors de son discours de rentrée, prononcé devant environ 1 300 militants au pied du mont Mézenc, en Haute-Loire.

Selon lui, ces navires sont « en réalité aujourd’hui les complices de la traite des hommes qui est faite par les passeurs ». « Et quand ils arrivent, ils doivent être ramenés sur les côtes africaines. » Une rhétorique dénoncée par les associations d’aide aux migrants, qui lui opposent le devoir moral de solidarité et le droit international et maritime.

« La question que se pose aujourd’hui l’Europe, c’est comment répartir les migrants entre les pays », a dit Laurent Wauquiez. « Mais la question que moi je pose et que se posent les Européens, c’est comment arrêter les flux de migrants ? »

Le président LR estime que les demandes d’entrée en Europe doivent être formulées « de l’autre côté de la Méditerranée » et « un refus systématique doit être opposé à ceux qui sont entrés en Europe sans avoir respecté les règles européennes ».

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