Le manque d’efficacité de Frontex pointé du doigt par la Cour des comptes européenne

« Actuellement, Frontex ne remplit pas sa mission de manière efficace », estime Léo Brincat, membre de la Cour des comptes européenne. [EPA-EFE/ORESTIS PANAGIOTOU]

Le soutien apporté par l’agence Frontex à la gestion des frontières extérieures de l’UE n’est pas suffisamment « efficace », selon un rapport publié par la Cour des comptes européenne, qui relève des « lacunes » et des « incohérences » dans le système d’échange d’informations. Un article d’Euroefe.

Les auditeurs « estiment » que l’aide apportée par l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes dans la lutte contre l’immigration clandestine et la criminalité transfrontalière est insuffisante et remettent en question sa capacité à assumer convenablement le nouveau rôle opérationnel qui lui a été confié.

« Si je devais résumer l’ensemble du rapport, je dirais que Frontex est essentielle (…) pour la lutte contre la criminalité transfrontalière et aussi contre l’immigration illégale. Mais à notre avis, fondé sur des faits, Frontex ne remplit actuellement pas sa mission de manière efficace », a déclaré le responsable du rapport, Leo Brincat, lors d’une conférence de presse, lundi 7 juin.

« Lorsqu’une organisation s’agrandit (…) il faut évidemment du temps pour digérer le processus. Ils ont effectué trop de changements, trop rapidement », a ajouté ce membre de la Cour des comptes. Selon lui, il est important que l’agence remédie à toutes ses défaillances le plus rapidement possible.

Bruxelles veut des explications de Frontex, accusée de procéder à des refoulements illégaux de migrants

La Commission européenne a sollicité une réunion extraordinaire urgente avec Frontex, l’agence européenne pour la protection des frontières, mise en cause pour des refoulements illégaux de migrants en mer Égée. Un article d’Euroefe.

Frontex a été créée en 2004 pour s’attaquer, en collaboration avec les pays, à des problèmes tels que le terrorisme, la traite des êtres humains et le trafic de migrants.

Le mandat de l’agence s’est progressivement étendu – il y a quelques années, Frontex s’est vu confier le mandat de soutenir les États membres dans la lutte contre l’immigration illégale et la criminalité transfrontalière – et son budget a également augmenté (passant de 19 millions d’euros en 2006 à 460 millions d’euros en 2020).

Le soutien aux pays demeure cependant « insatisfaisant », selon l’étude.

Selon le responsable du rapport Leo Brincat, le fait que Frontex ne s’acquitte pas efficacement de sa tâche « est particulièrement inquiétant à un moment où elle doit assumer de nouvelles responsabilités ».

Les auditeurs ont notamment relevé « des lacunes et des incohérences dans le système d’échange d’informations qui compromettent sa capacité à surveiller les frontières extérieures et à réagir en cas de besoin ».

En outre, les analyses de risques et les études de vulnérabilité effectuées par l’agence « ne sont pas toujours fondées sur des données complètes et de qualité, et les opérations conjointes de lutte contre la criminalité transfrontalière ne sont pas encore suffisamment développées dans les tâches quotidiennes de Frontex », indique le rapport.

Parlement européen : la commission d'enquête sur Frontex va démarrer ses travaux

Les eurodéputés ont résolu de diligenter une enquête sur Frontex. Un groupe de travail sera chargé de vérifier le travail de l’agence européenne de surveillance des frontières. Il examinera notamment les allégations sur son implication dans les refoulements illégaux de réfugiés. Un article d’Euractiv Italie.

Les auditeurs soulignent également un manque d’informations sur l’efficacité et les coûts de Frontex.

Bien qu’elle fournisse de nombreuses informations sur les activités qu’elle mène, l’agence « analyse rarement ses performances ou l’impact réel de ses activités dans ses rapports, et ne fournit pas non plus d’informations sur le coût réel de ses opérations conjointes ».

À titre d’exemple, les auditeurs soulignent que la dernière évaluation externe de Frontex a été publiée en juillet 2015 et que le nouveau règlement sur le travail de Frontex a été adopté en 2019, sans qu’une évaluation préalable ait été réalisée.

Les auditeurs rappellent que pour remplir son nouveau mandat, Frontex aura à disposition jusqu’à 10 000 agents opérationnels d’ici à 2027 (contre 750 agents en 2019), « même si on ne sait pas encore s’ils seront en mesure de fonctionner comme prévu ».

Son budget va doubler pour atteindre environ 900 millions d’euros annuels, « un montant considérable qui a été fixé sans déterminer au préalable ce dont Frontex aurait besoin pour mener à bien son nouveau mandat, et sans évaluer son impact sur les États membres ».

Pour toutes ces raisons, les auditeurs estiment que, faute de s’être adaptée aux exigences de son mandat 2016, Frontex n’est pas encore prête à remplir efficacement son mandat 2019.

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