Le pape appelle l’Europe à la solidarité envers les migrants au large de Malte

Les migrants accueillis sur le Sea-Watch 3 sont toujours en mer. [Melber/Sea-Watch.org]

Le pape François a lancé dimanche un « appel pressant » aux dirigeants européens pour qu’ils accueillent enfin 49 migrants, dont plusieurs enfants, ballottés en Méditerranée, pour certains depuis plus de deux semaines.

Les conditions sanitaires à bord ne cessent de se détériorer, ont par ailleurs averti dimanche des responsables de Sea Watch, l’une des deux ONG allemandes ayant affrété un des navires ayant secouru ces migrants au large de la Libye.

« J’adresse un appel pressant aux dirigeants européens afin qu’ils fassent preuve de solidarité concrète à l’égard de ces personnes », a déclaré le pape devant des milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre à l’occasion de la traditionnelle prière de l’angelus.

Ces migrants bloqués à bord de deux navires d’ONG allemandes, Sea-Watch et Sea Eye, tout près des côtes maltaises, ont entamé ce weekend leur deuxième semaine en Méditerranée pour certains, leur troisième pour d’autres, sans qu’aucune solution ne soit en vue.

Ce n’est pas la première fois que le pape argentin, lui-même descendant d’immigrés italiens, lance un appel aux Européens pour qu’ils ouvrent leurs frontières aux migrants.

L’Italie et Malte ont toutefois confirmé dimanche qu’elles n’avaient aucune intention d’autoriser ces deux navires à accoster.

« En Italie, plus personne n’arrive. C’est la ligne et elle ne changera pas », affirme le ministre italien de l’Intérieur et patron de la Ligue (extrême droit), Matteo Salvini, dans un entretien dimanche avec le quotidien Il Messaggero. « Les ports italiens sont et resteront fermés. »

Pas de « précédent »

Le Premier ministre maltais Joseph Muscat a expliqué ne pas vouloir créer de « précédent » en autorisant ces migrants à débarquer, dans un entretien avec Radio One à Malte. « Nous devons trouver un équilibre entre l’aspect humain et la sécurité nationale », a-t-il fait valoir.

La petite île de Malte, située au milieu de la Méditerranée non loin des côtes libyennes et peuplée de 450 000 habitants, redoute, si elle ouvre ses ports, de devenir la principale porte d’entrée des migrants en Europe.

« C’est quelque chose qui pourrait créer un précédent et nous devons être vigilants là-dessus », a expliqué le Premier ministre.

Car, si on devait accepter sans dire un mot que ces migrants débarquent, alors « les brutes gagneraient », a-t-il assuré, sans désigner personne en particulier. Les relations entre l’Italie de Matteo Salvini et l’île de Malte se sont toutefois fortement dégradées depuis que Rome a décidé de fermer ses ports aux migrants.

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Matteo Salvini ne cesse de réclamer à Malte qu’elle prenne ses responsabilités en ouvrant ses ports aux bateaux ayant secouru des migrants au large de la Libye, en raison de la proximité de l’île avec ce pays nord-africain.

Dans le reste de l’Europe, les Pays-Bas et l’Allemagne ont indiqué être prêts à accueillir ces migrants, à condition que cette opération se fasse dans un cadre européen, mais aucune décision n’a encore été prise.

En attendant un port d’accueil, le Sea-Watch 3, avec à son bord 32 migrants secourus le 22 décembre au large de la Libye, dont trois enfants, était toujours ballotté dimanche au large de Malte, tout comme le navire affrété par l’ONG Sea Eye, transportant 17 migrants.

« La situation devient chaque jour plus instable, le niveau de stress est en train d’augmenter », a déclaré le médecin à bord du Sea-Watch 3, Franck Doerner, dans une vidéo diffusée par l’ONG allemande.

Interrogé par téléphone lors d’une conférence de presse dimanche soir à Malte, le capitaine du Sea-Watch 3, Kim Heaton-Heather, a souligné que certains migrants étaient soignés pour déshydration en raison du mal de mer, qui les fait vomir presque en permanence. Ils sont également « déprimés » car ils n’ont plus l’espoir d’une solution prochaine, a-t-il affirmé.

Ils sont « tous entassés dans une petite salle et vomissent littéralement les uns sur les autres », a indiqué de son côté Giorgia Linardi, une porte-parole de Sea Watch lors de cette conférence de presse.

Dans un message audio diffusé plus tôt dans la journée, cette porte-parole avait dit craindre des actes d’automutilation de la part de certains migrants.

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