Le Portugal jugé pour ses « visas dorés »

Certains pays européens accordent des visas en échange de la promesse d'investissements.

Le Portugal attend vendredi la conclusion d’un long procès pour corruption dans l’attribution de « visas dorés » à de riches investisseurs étrangers. Il met en lumière une pratique controversée mais répandue dans l’Union européenne.

Le scandale avait éclaté en novembre 2014, obligeant le ministre de l’Intérieur du précédent gouvernement de centre droit, Miguel Macedo, à démissionner. Au terme d’un procès qui s’est ouvert en février 2017, le tribunal de Lisbonne doit rendre en fin de journée son verdict sur les 17 personnes, dont trois ressortissants chinois, et quatre sociétés inculpées de corruption, blanchiment de capitaux ou trafic d’influence.

Selon l’accusation, l’ancien ministre, jugé pour prévarication et trafic d’influence, aurait aidé un réseau de haut fonctionnaires et d’intermédiaires du secteur immobilier à tirer profit de l’attribution de permis de séjour réservés aux investisseurs étrangers, appelés les « visas dorés ».

Les visas dorés ouvrent les portes de l’UE aux criminels

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Depuis fin 2012, quand il se trouvait sous perfusion financière de l’Union européenne et du Fonds monétaire international et recherchait des capitaux étrangers, le Portugal octroie ces « autorisations de résidence pour investissement » à des candidats prêts à débourser au moins 500 000 euros pour un achat immobilier, investir au moins un million d’euros ou encore créer dix emplois.

Les Chinois sont les plus concernés

Jusqu’à fin novembre 2018, le pays a ainsi délivré 6 800 permis de séjour à des investisseurs et 11 600 autres à leurs familles, en échange d’un montant global de 4,15 milliards d’euros investi en très grande partie dans l’immobilier.

Avec plus de 4 000 titres, les Chinois représentent le plus important contingent de ces investisseurs, devant les Brésiliens.

Dans l’affaire en jugement à Lisbonne, les prévenus auraient notamment gonflé artificiellement les prix de certains immeubles pour atteindre les seuils requis. L’ancien ministre aurait soutenu la création d’un poste de fonctionnaire de la police des frontières au sein de l’ambassade du Portugal à Pékin pour rechercher des candidats à l’attribution d’autorisations de résidence.

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Mais le Portugal est loin d’être le seul ou le plus généreux en Europe à accorder ces « visas dorés ».

D’après un rapport publié en octobre par les ONG Transparency International et Global Witness, quatre pays membres de l’Union européenne (l’Autriche, la Bulgarie, Chypre et Malte) accordent carrément la citoyenneté à des investisseurs étrangers et douze d’entre eux leur délivrent des permis de séjour spéciaux. La Bulgarie, Chypre et Malte font les deux.

« Prostitution de la citoyenneté »

« C’est un dispositif pervers et une prostitution de la citoyenneté qui, comme je le craignais depuis le début, favorise la corruption en alimentant tout un réseau d’intermédiaires », a déclaré l’eurodéputée socialiste portugaise Ana Gomes.

L’Espagne est en tête du classement du nombre de permis de séjour délivrés et du montant des capitaux engrangés, au rythme de 976 millions d’euros annuels en moyenne.

Au total, les pays européens ont attiré environ 25 milliards d’euros en accueillant plus de 6 000 nouveaux citoyens et quelque 100 000 résidents au cours des dix dernières années, toujours selon le rapport des deux ONG.

« La citoyenneté européenne et les autorisations de résidence peuvent s’acheter, comme un produit de luxe », déplorent-elles en affirmant que « la migration par l’investissement est une filière grandissante évaluée à plusieurs milliards d’euros ».

Un rapport attendu en début d’année

Pour l’eurodéputée Ana Gomes, « c’est insupportable d’entendre certains discours sécuritaires concernant les migrants et les réfugiés, puis de constater que le discours change complètement lorsqu’il s’agit d’étrangers fortunés ».

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En analysant plus en détail les cas de Chypre, de Malte et du Portugal, le rapport de Transparency International fait état dans ces trois pays de contrôles « insuffisants » et de « conflits d’intérêts » qui « ouvrent la porte de l’Europe à la corruption ».

Dans le cadre de sa lutte contre le blanchiment d’argent, la Commission européenne doit présenter « début 2019 » un rapport dressant un état des lieux sur ces dispositifs. « Il s’agira d’une étude en profondeur de la législation et des pratiques dans tous les États membres concernés », a précisé son porte-parole Christian Wigand.

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