Les cinq actes des tensions franco-italiennes sur l’Aquarius

aquarius

Malgré des échanges tendus entre Paris et Rome sur l’accueil de l’Aquarius, le chef du gouvernement italien viendra bien en France rencontrer Emmanuel Macron. Notre partenaire l’Ouest-France résume la crise en cinq actes. 

Accusation de cynisme, demande d’excuses officielles, coup de fil de dernière minute… Les échanges se sont tendus cette semaine entre Paris et Rome à propos de l’accueil de l’Aquarius, ce bateau qui a secouru 629 migrants en mer Méditerranée. Emmanuel Macron avait notamment dénoncé le cynisme de l’Italie refusant d’accueillir le navire. Après l’annulation d’une rencontre entre les ministres de l’Économie des deux pays, la visite de Giuseppe Conte a été remise en cause… pour finalement être confirmée le lendemain.

Acte 1. L’Italie refuse d’accueillir l’Aquarius 

Le bateau affrété par l’association SOS Méditerranée porte secours dimanche 10 juin à 629 migrants entre Malte et la Sicile. Comme à chaque fois qu’il sauve des migrants en mer, l’Aquarius demande à la marine de l’Italie, qui coordonne les secours, s’il peut débarquer ses passagers sur l’île italienne. La réponse est négative et le bateau est invité à se tourner vers Malte.

La Valette refuse à son tour et met l’Aquarius dans l’embarras, car des dizaines de migrants sont dans des conditions médicales difficiles à gérer sur un bateau de 80 mètres avec plusieurs centaines de personnes à bord. C’est finalement l’Espagne du socialiste Pedro Sanchez qui accepte lundi 11 juin de recevoir le bateau à Valence, avec l’aide d’une escorte italienne.

Acte 2. Macron se défent et attaque l’Italie 

La polémique monte en France sur le silence du gouvernement au sujet de l’accueil de l’Aquarius. Le gouvernement explique qu’il a appliqué le droit maritime. Le Président de la République va plus loin mardi 12 juin en disant qu’il aurait accepté de faire débarquer les migrants en France… s’ils avaient été plus près.

Emmanuel Macron dénonce également « la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien » après son refus d’accueillir le navire, par l’intermédiaire du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux à la sortie du Conseil des ministres. Gabriel Attal, le porte-parole du parti présidentiel, La République en marche, ajoute que la position italienne le faisait « vomir ».

En France, de nombreuses personnalités politiques dénoncent l’attitude et les justifications du gouvernement.

Acte 3. Salvini veut des excuses officielles de la France 

Les critiques du président français passent mal en Italie. Devant le Sénat mercredi, le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, appelle Emmanuel Macron à « passer de la parole aux actes ». Il lui demande même de faire preuve de « générosité », en référence aux 10 000 migrants renvoyés par la France de l’autre côté des Alpes ces dernières années.

Le chef de l’extrême droite italienne joue sur du velours. L’opinion publique italienne a encore en mémoire l’affaire des douaniers français qui avaient effectué un contrôle de migrants… sur le sol italien. Cinq agents de la brigade ferroviaire des douanes françaises, en contrôle sur un TGV Paris-Milan en mars, étaient entrés dans le local pour soumettre un Nigérian soupçonné de trafic de drogue à un dépistage urinaire dans les toilettes.

« Notre histoire de solidarité, d’humanité et de volontariat ne méritait pas d’être apostrophée dans ces termes par des représentants du gouvernement français dont j’espère qu’ils présenteront des excuses officielles dans les plus brefs délais », a ajouté le ministre de l’Intérieur italien.

La crise de l’Aquarius révèle un système de Dublin à bout de souffle

Les failles de la solidarité européenne se sont creusées avec le blocage du navire humanitaire l’Aquarius par Malte et l’Italie. Une situation qui rend encore plus urgente la réforme du système de Dublin.

Plusieurs personnalités du gouvernement italien marquent aussi leur incompréhension après les critiques venues de l’Élysée. Le ministre des affaires étrangères italien, Enzo Moavero Milanesi, est aussi en colère. L’ancien vice-secrétaire général de la Commission européenne entre 2002 et 2005 estime que « le désaccord [entre États membres de l’UE, N.D.L.R.] doit être exprimé d’une manière et dans des formes cohérentes avec un tel rapport d’amitié ».

Acte 4. Incertitude sur la visite de Conte en France

Toujours ce mercredi, le ministre italien de l’Économie, Giovanni Tria, annule, sur Twitter, sa rencontre prévue avec son homologue français Bruno Le Maire. Elle devait avoir lieu mercredi en fin d’après-midi. Bruno Le Maire a regretté cette décision.

« La visite a été annulée à la demande des Italiens et nous le regrettons », a-t-il déclaré, soulignant qu’il avait « beaucoup de sujets importants à discuter avec M. Tria en particulier dans la perspective » du sommet européen des 28 et 29 juin, où des propositions de réformes de la zone euro seront présentées.

La question du maintien du déjeuner prévu vendredi entre Emmanuel Macron et Giuseppe Conte se pose. Dans l’après-midi, le président français appelle à ne pas « céder à l’émotion que certains manipulent » sur l’affaire de l’Aquarius et assuré que la France « travaille main dans la main avec l’Italie » pour gérer les flux migratoires, en marge d’une visite à Mouchamps (Vendée). Cherchant visiblement à apaiser la crise avec Rome déclenchée par ses critiques virulentes contre le refus de l’Italie d’accueillir le bateau, le chef de l’État condamne cependant « la politique du pire qui place tout le monde sous l’empire de l’émotion ».

La France « n’a reçu aucune information de la présidence du Conseil italien sur une demande d’excuse ou sur une possible annulation de la visite de Giuseppe Conte » vendredi, a, en parallèle, fait savoir l’Élysée.

 

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