Les eurodéputés dénoncent le blocage de la Hongrie sur le post-Cotonou

EPA/OLIVIER HOSLET

Budapest bloque toujours l’adoption du mandat de négociation européen avec les pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, au grand dam des eurodéputés.

Les négociations entre l’Union européenne et les  pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sur le futur de l’accord de Cotonou sont dans l’impasse.

À l’occasion de l’adoption d’une résolution sur les négociations le 14 juin, les eurodéputés ont appelé les États membres à adopter le mandat de négociation qui permettra d’entamer les discussions avec les pays ACP.

« Les États membres statuent à l’unanimité sur le mandat de négociation. Voilà pourquoi la Hongrie a bloqué le mandat en raison d’un désaccord sur la question migratoire » a rappelé l’eurodéputée française Mireille D’Ornano (EFDD).

Citant les 27 pays de l’Union européenne ayant validé le mandat de négociation tel que présenté par la Commission, l’eurodéputé belge Charles Goerens a également pointé du doigt le blocage de Budapest.  « J’en déduis donc que c’est la Hongrie qui bloque les négociations ».

« Les ACP ont adopté leur mandat de négociation il y a quelques jours à Lomé. C’est maintenant au Conseil d’adopter le sien », a réagi Neven Mimica, le commissaire au développement.

L’horloge tourne

L’accord de Cotonou, mis en place en 2000, régit les relations commerciales, politiques, mais aussi la coopération entre l’UE et 79 pays ACP. Or, ce partenariat arrive à échéance en 2020 et devra laisser sa place à un nouvel accord de coopération.

Les gouvernements européens devaient se mettre d’accord sur le mandat pour négocier le successeur de l’accord Cotonou en mai, afin que les négociations puissent s’ouvrir le 31 mai à Lomé, au Togo, lors de la réunion des ministres de l’Union européenne et des pays ACP.

Mais Budapest a refusé de valider le mandat, opposée à la vision migratoire portée par Bruxelles. Depuis, l’horloge tourne, puisque  l’accord de Cotonou prévoit le lancement de ces négociations au plus tard en août 2018.

La Hongrie bloque le début des négociations de l'accord post-Cotonou

Faute de consensus sur l’enjeu de l’immigration, les États membres ne parviennent pas à s’accorder sur le mandat pour entamer les négociations du prochain accord global avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

 

L’accord sur le mandat de négociation est trouvé sauf sur un point », a reconnu Monika Panayotova, qui représentait la présidence bulgare lors du débat le 13 juin en plénière à Strasbourg. « La présidence continuera ses efforts pour obtenir un vote du Conseil afin que les négociations puissent commencer comme prévu. »

La présidence bulgare ne dispose cependant que de peu de temps pour finaliser les négociations, puisqu’elle doit passer le relais de la présidence tournante de l’UE à l’Autriche le 1er juillet prochain.

Question migratoire

Dans la résolution adoptée par le Parlement européen, les eurodéputés soutiennent le principe d’un futur accord, contraignant entre l’UE et les pays ACP, et rappellent que l’objectif premier du partenariat reste l’éradication de la pauvreté

Les élus européens ont par ailleurs déploré «  la proposition très déséquilibrée de la Commission sur les migrations, qui met fortement l’accent sur le retour et la réadmission, et qui contient une disposition extrêmement limitée sur la migration légale ».

L’immigration au cœur de l’accord post-Cotonou

L’UE veut mettre immigration et sécurité au centre du prochain accord avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

« Je suis un peu triste de voir qu’on ne s’adresse à ces pays qu’avec la préoccupation de la migration », a déclarés l’eurodéputée Maria Arena, rappelant les multiples défis concernant les deux partenaires (environnemental, démographique, économique, etc.)

Les élus ont également insisté sur la place du dialogue politique dans le cadre de futur accord. « Le dialogue politique est une composante essentielle de l’Accord de Cotonou et cela doit rester un pilier du futur accord », a affirmé Bogdan Brunon, rapporteur sur la négociation sur un nouvel accord de partenariat ACP-UE.

Relations commerciales

Enfin, la question des rapports commerciaux entretenus par l’Union européenne avec les pays ACP et notamment l’Afrique a fait l’objet de nombreuses critiques pendant le débat.

« Nous conditionnons notre aide à l’ouverture des marchés, nous détruisons en cela l’économie locale africaine », a affirmé l’eurodéputé frontiste Jean-Kuc Schaffauser (ENF).

« En matière de politique commerciale, l’échec a été total », a renchéri Piernicola Pedicini, qui a dénoncé les accords « néo-colonialistes » mis en place par une partie des États européens pour « placer nos produits pharmaceutiques en particulier ou nos compagnies de téléphonie mobile ».

De fait,  la moitié des États ACP figurent toujours parmi les pays les moins développés au monde. Et les 79 pays ACP réunis  représentent moins de 5 % des échanges commerciaux mondiaux et environ 2 % du PIB mondial, souligne la résolution.

 

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